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Comment mettre un peu d'IA dans son portefeuille?

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Depuis le lancement de ChatGPT en novembre dernier, l'intelligence artificielle est de toutes les conversations. Et même si elle suscite des craintes, on en attend un développement fulgurant dans les années à venir. Plusieurs fonds permettent à l'investisseur particulier de participer à cette grande épopée. Mais faut-il en choisir un spécifiquement dédié ou pas?

24 mai 2023

Le lancement de ChatGPT, un agent conversationnel (chatbot) très sophistiqué, par la société OpenAI (largement financée par Microsoft) reste aujourd'hui encore un des évènements les plus médiatisés. Et ceci à divers niveaux, de la réaction des entreprises concurrentes aux inquiétudes fondamentales que suscite une intelligence artificielle pouvant échapper au contrôle de l'être humain. Y compris de la part d'un des fondateurs d'OpenAI (ayant quitté la scène depuis), à savoir Elon Musk, le patron de Tesla et SpaceX: il demandait fin mars une pause dans les développements, en compagnie de 1.300 patrons et universitaires. Il est vrai que Sam Altman, le patron d'OpenAI, a de son côté évoqué l'époque où les programmes "seront plus intelligents que les humains en général"! Faut-il par ailleurs rappeler les monstrueuses pertes d'emplois rapidement évoquées dans divers métiers?

Meilleur que les hackers

Sans aller jusqu'à envisager la prise de pouvoir par la machine au détriment de l'homme, certains ont lancé des mises en garde à d'autres niveaux, plus prosaïques. Le site spécialisé Numerama a ainsi expérimenté la rédaction d'une fausse annonce venant d'Amazon et en conclut que "ChatGPT est meilleur que des hackers pour rédiger des arnaques". Il évoque également l'opinion d'un confrère, suivant lequel GPT-4, la version lancée en mars, est encore pire que ChatGPT en matière de désinformation: ce troisième logiciel ne refuse pas de créer des fake news, ni ne met en garde contre elles. À noter que ChatGPT refuse par contre de rédiger des messages d'hameçonnage (phishing), a également observé Numerama.

Par-delà ces réticences et avertissements qu'on ne saurait ignorer, nul ne doute que l'intelligence artificielle, abrégée par IA en français et AI (artificial intelligence) en anglais, soit promise à un avenir radieux. Les gestionnaires d'actifs n'ont évidemment pas raté le coche et ils n'ont d'ailleurs pas attendu novembre dernier: parmi les fonds spécifiquement axés sur l'IA, le plus ancien date déjà de 2016. Quels sont-ils et qu'ont-ils dans le ventre? Et cette spécialisation en vaut-elle la peine par rapport à un fonds technologique plus classique? Réponse par l'analyse de quatre fonds.

Fameusement chahutés!

À tout seigneur, tout honneur: créé en 2016 déjà, le fonds Global Artificial Intelligence de l'assureur allemand Allianz est le vétéran et le géant du secteur IA: il pèse aujourd'hui pas loin de 6 milliards. Après une performance exceptionnelle en 2020 (+84,7%, contre +36% pour le secteur technologique en général), il est rentré dans le rang en 2021 (+18,5% contre +22,5%) et a bu la tasse l'an dernier, davantage que les valeurs techno dans leur ensemble: -41,6%, contre -32%. Profil assez semblable pour le fonds AI du gestionnaire français Echiquier: +78,9% en 2020, puis +7,6% en 2021, ce qui est plus faible, et une super catastrophe l'an dernier, avec -54,2%! Troisième exemple: le fonds Invest AI du gestionnaire allemand DWS, naguère filiale de Deutsche Bank. Il fut beaucoup moins chahuté, tout en accentuant légèrement la performance du marché technologique. C'est une première leçon et non des moindres: les fonds se réclamant spécifiquement de l'intelligence artificielle sont particulièrement secoués, tout en ayant au total franchement sous-performé ces dernières années.

Sam Altman, le fondateur d'OpenAI, était auditionné le 16 mai par le Sénat américain sur l'avenir de l'intelligence artificielle.
Sam Altman, le fondateur d'OpenAI, était auditionné le 16 mai par le Sénat américain sur l'avenir de l'intelligence artificielle.© Getty Images via AFP

C'est d'autant plus vexant que leurs principales participations sont assez semblables à celles des fonds technologiques plus larges. Prenons pour référence le BNP Paribas Disruptive Technology, un fonds important (3,3 milliards) et aux performances plutôt enviables: 12,2% par an sur les trois dernières années et pas moins de 17,4% sur dix ans. Ici comme là, on retrouve des actions telles que Microsoft, Alphabet (Google), ou encore Taiwan Semiconductor... Une spécificité cependant: les trois fonds AI évoqués plus haut placent le titre Nvidia en ordre très utile dans leur portefeuille ; il est même numéro 1 chez Allianz. Assez logique quand on sait que ce concepteur américain de puces et processeurs graphiques est devenu incontournable dans l'IA grâce à ses cartes graphiques. Ceci lui vaut d'ailleurs une appréciation boursière de plus de 60% sur les 12 derniers mois! Pas suffisante pour que ces fonds fassent des étincelles...

Microsoft, tout simplement...

Le fonds de BNPP ratisse assez large avec des participations dans Visa et Booking, importants utilisateurs de l'IA, ainsi que dans AMD et ASML, fabricants respectivement de puces et de matériel pour les produire. Les fonds dédiés à l'IA essaient de viser quelques entreprises moins emblématiques, avec par exemple ON Semiconductor et Enphase Energy (technologies énergétiques) pour Allianz, ou encore Arista Networks (matériel de réseau informatique) et Synopsys (logiciels axés sur les circuits intégrés) pour DWS Invest. C'est le fonds de l'Echiquier qui se démarque le plus à cet égard, ses actions (beaucoup) moins connues pesant plus lourd dans son portefeuille et sortant davantage de l'ordinaire: ServiceNow (connections à l'intérieur de l'entreprise), Crowdstrike (cybersécurité en lien avec le cloud), ou encore MercadoLibre, entreprise argentine de vente sur internet! Une participation inattendue et un excellent choix, puisque le cours a doublé en un an.

Ce surcroît d'imagination des fonds spécifiquement axés sur l'intelligence artificielle ne leur a, comme on l'a vu, pas permis de mieux performer qu'un fonds plus global, bien au contraire. En sera-t-il différemment à l'avenir? Il est vrai que la tâche est ardue car ce sont aujourd'hui "tout simplement" les géants de la techno qui semblent les plus prometteurs. Ainsi les analystes de JP Morgan ont-ils récemment désigné Microsoft ("parrain" d'OpenAI, rappelons-le) comme étant "le premier bénéficiaire de l'IA pour sa capacité à mettre des produits d'IA sur le marché et en raison de son vaste portefeuille de produits pouvant bénéficier d'une intégration de l'IA".

Ils ont confiance

Une enquête menée à l'automne dernier dans quelques pays par KPMG révèle que c'est en Inde que le public a le plus confiance dans l'IA: 75%. Ce pays est suivi par la Chine (67%), l'Afrique du Sud (57%) et le Brésil (56%). Les États-Unis se situent à 40% et l'Allemagne à 35%.

De la banque à la médecine

L'intelligence artificielle est utilisée depuis plusieurs années dans des domaines très divers, fut-ce sous des formes beaucoup moins sophistiquées que pour ChatGPT. Elle est présente dans les logiciels de recrutement par exemple, tout comme dans ceux qui animent les réseaux sociaux. Dans le secteur bancaire, on y fait appel pour identifier les transactions suspectes et ainsi prévenir les fraudes. M. Dupont vient de transférer plusieurs milliers d'euros sur un compte d'une banque bulgare, a-t-on observé. Est-ce bien normal, alors qu'il n'a jamais rien fait de semblable? C'est la question que va se poser le logiciel d'IA, y répondant par la négative et bloquant la transaction, sous réserve de confirmation par le client.

Un autre usage déjà assez répandu de l'IA concerne les diagnostics médicaux. Le premier évènement marquant en ce domaine est souvent présenté comme remontant à 2017, quand une équipe de l'Université de Stanford a conçu un algorithme d'analyse d'images de lésions prise par dermatoscopie. Sa détection du mélanome malin était correcte à 95%, contre 89% pour les dermatologues. C'est du moins ainsi que l'on présente cette expérience historique...

Régulons, régulons!

Tant à Bruxelles qu'à Washington, on s'inquiète des dérives possibles de l'intelligence artificielle. Le 4 avril, le président Biden en avait discuté avec ses conseillers en technologie. Et le 4 mai, la Maison-Blanche a convié à une réunion les patrons des entreprises Anthropic (qui vient de lancer l'assistant AI Claude), Google, Microsoft (qui est l'actionnaire de référence d'OpenAI) et OpenAI. But exprimé dans l'invitation: "Notre objectif est d'avoir une discussion franche sur les risques que nous percevons dans les développements de l'IA".

Une semaine plus tard exactement, après deux ans de négociation, les députés européens votaient un projet de législation régissant l'usage de l'IA. Il sera soumis au vote en séance plénière au mois de juin, avant de faire l'objet de discussions sur les termes définitifs entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Ce 11 mai, les eurodéputés se sont en particulier accordés à interdire l'utilisation de la reconnaissance faciale dans les espaces publics et à imposer des mesures de transparence pour l'usage d'IA générative du genre ChatGPT.

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