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Préférer le vapotage au tabagisme: oui, mais...

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Il y a quelques mois, le CSS a émis un nouvel avis sur la cigarette électronique, faisant suite à celui publié en 2015. Dans les grandes lignes, on n'y observe pas de grands changements mais des incertitudes persistent, amenant le Conseil à émettre certaines recommandations [1].

Claude Leroy - 31 mai 2023

Au sein du SPF Santé publique, la cellule "tabac" du Service inspection produits de consommation s'est inquiétée face à plusieurs événements. Ainsi, aux États-Unis, des pneumopathies graves ont entraîné de nombreux décès liés à la consommation d'e-cigarettes dont la cartouche contenait du THC et de l'acétate de vitamine E. En Belgique, il y a trois ans, un jeune homme est décédé suite à des problèmes pulmonaires après avoir consommé une e-cigarette.

Une liste "positive" à créer?

Comme le rappelle le CSS, la législation actuellement en vigueur dans notre pays fait porter la responsabilité des ingrédients sur les fabricants. À ce jour, près de 2.000 substances différentes ont été notifiées et sont de facto autorisées. Le Conseil estime que cette situation devrait être éclaircie, notamment par la création d'une liste positive (et limitée), ne comprenant que des ingrédients dont la sécurité d'utilisation "a été raisonnablement démontrée et dont la présence peut être autorisée dans les e-cigarettes. (...) Il est important que les substances susceptibles d'avoir des propriétés de perturbation endocrinienne, génotoxiques, cancérigènes ou favorisant le cancer" ne soient pas incluses dans la liste. Mais le CSS va plus loin encore, en suggérant que cette liste soit ensuite gelée.

À la différence du CSS, certaines sociétés estiment que les preuves scientifiques manquent pour considérer que l'e-cigarette peut être vraiment utile dans le sevrage tabagique.

L'avis évoque les systèmes de dosettes appelés Pods, où il arrive que des sels de nicotine (lactate, benzoate, salicylate, tartrate...) soient utilisés à la place de nicotine libre. Il a été démontré que ces formes sont responsables d'une absorption plus rapide et plus élevée de la nicotine [2]. Par ailleurs, ils sont plus agréables à inhaler car limitant la sensation de gorge irritée, permettant la production de produits fortement concentrés en nicotine (60 mg/ml), avec un risque accru de développement d'une dépendance nicotinique. On en trouve notamment aux États-Unis. Ils sont interdits dans l'Union européenne, mais il n'est pas très compliqué de s'en procurer discrètement par internet.

Un DIY douteux

L'établissement d'une liste pourrait être compliqué par le fait que de nombreuses données font défaut, "notamment en ce qui concerne la toxicité par inhalation et le chauffage des produits chimiques." Sans compter que la pratique "do it yourself" de certains consommateurs compliquent encore la donne car ils ajoutent parfois des produits non initialement destinés à la consommation par inhalation. L'interdiction de telles pratiques serait sans doute compliquée à mettre en oeuvre, et il faut espérer qu'au moins une bonne (et régulière) communication sur leurs dangers sera mise sur pied.

En clair, pour le CSS, qu'elle contienne ou non de la nicotine, l'e-cigarette n'est pas sans risque. Elle est même potentiellement dangereuse. L'avis du Conseil reprend d'ailleurs en annexe un état des lieux des positions ou visions de différentes institutions et d'organismes nationaux ou internationaux, au vu de la diversité importante des compositions et des appareillages.

Le CSS approuve, l'ERS est sceptique

Il n'empêche que l'opinion globalement admise jusqu'ici reste partagée par le CSS: la e-cigarette peut être considérée comme nettement moins nocive que les cigarettes classiques. Et de reconnaître qu'elle "constitue une meilleure alternative au tabac pour les fumeurs, [pouvant] être utilisée comme aide au sevrage tabagique." Une affirmation du Conseil qui est sans surprise bien relayée par certains sites web et dans les réseaux sociaux, tout en balayant d'un revers de la main les autres éléments développés dans l'avis, tels que celui-ci: "La e-cigarette doit être considérée comme un moyen temporaire d'arrêter de fumer et, de préférence, d'arrêter ensuite de vapoter (sauf s'il y a un risque de recommencer à fumer)."

À noter que certaines sociétés comme l'ERS (European respiratory society) estiment que les preuves scientifiques manquent actuellement pour considérer que l'e-cigarette peut être vraiment utile dans le sevrage tabagique - certaines études allant même jusqu'à montrer un taux de dépendance à l'e-cigarette allant jusqu'à 80% [3].

L'avis du CSS évoque aussi la problématique du tabagisme global chez les personnes en état de vulnérabilité sociale, estimant que l'e-cigarette pourrait les aider (à condition d'arrêter de fumer du tabac) à réduire significativement les risques pour leur santé.

Pas vraiment des bonbons

Le Conseil aborde également la question de l'emballage des produits: doit-il être neutre, avec des photos avertissant sur les risques? Il n'est pas favorable à une mesure aussi extrême, mais bien à un emballage et à un étiquetage qui pourraient tout de même décourager les mineurs et les non-fumeurs. Le CSS suggère donc l'interdiction de couleurs vives et de "l'utilisation de personnages de dessins animés et de noms attractifs tels que gummy bear" faisant penser aux célèbres bonbons de la marque Haribo. Là encore, une mesure qui ne serait pas simple à mettre en oeuvre, tant elle implique beaucoup de subjectivité.

1. Cigarette électronique: évolution. CSS 2022. Avis 9549, téléchargeable sur www.css-hgr.be

2. Gholap VV et al. Nicotine forms: why and how do they matter in nicotine delivery from electronic cigarettes? Expert Opin Drug Deliv. 2020 Dec ; 17(12): 1727-1736. doi: 10.1080/17425247.2020.1814736

3. McAlinden KD et al. European Respiratory Journal 2021 57: 2100022. doi: 10.1183/13993003.00022-2021

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