Vaccination par les pharmaciens: VDB tout schuss

Le ministre de la Santé se fait fort d'améliorer la couverture vaccinale contre la grippe en passant par la vaccination en pharmacie, cet automne, parallèlement à celle chez le généraliste. Un projet de loi sans concertation préalable, qui fâche le corps médical.
Frank Vandenbroucke n'en démord pas: il faut maximaliser l'effort de vaccination en Belgique, les pays européens dans lesquels les pharmaciens peuvent vacciner contre la grippe affichent une meilleure couverture vaccinale [1], c'est donc la solution. Quitte à passer en force, avec un projet de loi déjà au Conseil d'État.
"Le temps presse", a-t-il expliqué au journal du Médecin lors d'une visite de presse dans le cadre de la réforme des soins de santé mentale. "Je sais qu'il y a pas mal de discussions, qu'il y a eu des réactions", reconnaît Frank Vandenbroucke, "j'ai donc promis aux représentants des organisations syndicales des médecins d'organiser une concertation avec les pharmaciens (lire en page 4) pour voir très concrètement comment on peut s'organiser pour maximaliser les compétences existantes".
"Pour les gens sans médecin"
Parmi les inquiétudes, légitimes, des syndicats médicaux, celle de perdre de vue une population vulnérable qui vient en consultation expressément pour cette vaccination, ce qui permet au médecin traitant de faire un bilan de santé et de mettre au jour d'éventuelles pathologies sous-jacentes. "C'est absolument correct", concède le ministre de la Santé, "et dans les grandes villes, il y a aussi des patients qui n'ont pas de médecin généraliste. Évidemment, il faut essayer de remédier à cette situation sur le fond et élargir le champ d'action des généralistes en créant des liens stables entre patients et médecins, mais aussi longtemps qu'il y a des gens qui n'ont pas de généraliste ou pour qui, peut-être, le généraliste n'est pas un choix évident, mais qui entrent de temps en temps dans une pharmacie, pour ces personnes-là, je crois que la vaccination par les pharmaciens peut être un véhicule de mobilisation pour une campagne de vaccination."
Et le ministre, que certaines organisations médicales soupçonnent de céder au lobbying, au nord du pays, de pharmaciens, de poursuivre: "Je sais que les médecins sont inquiets, mais je crois vraiment qu'il faut maximaliser la couverture de la vaccination [2], tant contre la grippe que contre le covid, et particulièrement dans les groupes cibles - les personnes âgées, les personnes avec des problèmes de santé ou d'immunité. C'est absolument nécessaire pour aider les médecins et les hôpitaux, pour éviter à nouveau un grand nombre d'hospitalisations et un débordement dans la pratique des généralistes."
[1] Selon la SSMG, la vaccination par les pharmaciens en France n'a pas permis d'améliorer les taux de vaccination, l'administration en officine a juste facilité l'accès aux vaccins pour les patients sans médecin généraliste, et dans certains pays avec un haut taux, le pharmacien n'est pas impliqué.
2] La couverture vaccinale dans les groupes à risque était de moins de 50% en 2018 (dernière Enquête de santé), or l'OMS recommande d'atteindre 75%, rappelle la SSMG.