PremiumLe journal du médecin

Bien s'installer en cinq leçons

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Depuis de nombreuses années, la SSMG sert d'interlocuteur principal aux jeunes généralistes qui souhaitent s'installer. Lors de la journée dédiée aux jeunes médecins, le 9 septembre dernier, le Dr Imane Hafid, responsable de la communication au sein de la SSMG, a partagé son expérience et distillé quelques conseils pour bien commencer son activité.

21 septembre 2023

Dès le début de l'assistanat, il est utile de réfléchir au projet de l'installation. "Essayez plusieurs pratiques, en milieu rural, semi-urbain et urbain, si possible", conseille le Dr Imane Hafid à la vingtaine d'assistants venus à la Bourse de Namur assister à l'atelier dédié à l'installation. En cinq leçons, elle donne les clefs d'une installation réussie.

1. Réfléchir à son projet

" Il faut d'abord choisir son mode de travail: en solo ou en groupe? Au forfait ou à l'acte? En maison médicale ou pas?" L'ensemble des assistants présents avait d'ores et déjà posé un choix: travailler en groupe.

" Ensuite, il faut choisir où pratiquer", insiste le Dr Hafid. " Que l'on choisisse une zone en pénurie ou non, le milieu rural ou urbain, il y a des avantages et des inconvénients à prendre en considération. En zone rurale, il y a davantage d'actes techniques, et le médecin est vu comme un référent. En ville, même si la pénurie commence à sévir, le réseau est a priori plus dense, et les facilités - pharmacies, hôpitaux - plus proches." Choisir un lieu, c'est bien, mais encore faut-il savoir si l'on va travailler chez soi, louer ou acheter un cabinet.

Le lieu et le mode de travail connus, reste à choisir de se conventionner, ou non, de choisir son statut (salarié ou indépendant), de travailler en société, en ASBL ou en SRL. Et, enfin, à caser la réflexion de la durabilité dans tout ce cheminement mental, car de plus en plus de médecins estiment important de limiter leur empreinte carbone et leur impact écologique.

2. Assurer la transition de l'assistanat à l'installation

De nombreuses étapes attendent les médecins en quête d'installation. Pêle-mêle, on doit, à la fin de l'assistanat, s'inscrire à l'Ordre des médecins, demander son numéro Inami - ce qui peut prendre plusieurs mois, - s'inscrire à un guichet d'entreprise, s'affilier à une caisse sociale, s'inscrire à une mutuelle, souscrire à des assurances... Il y a de quoi se perdre!

"La première étape, à la fin de l'assistanat, est de demander l'agrément", explique le Dr Hafid. " Il faut l'attestation de l'inscription à l'Ordre des médecins qui doit être demandée trois mois avant la fin de l'assistanat. Un simple e-mail à l'Ordre des médecins suffit."

Une fois l'agrément en poche, la SSMG conseille l'accréditation. " Ce n'est pas une obligation, mais c'est idéal pour que les patients soient bien remboursés et pour maintenir ses connaissances à jour." L'accréditation peut être demandée dans les trois mois à partir de la demande d'agrément. La seule condition pour l'obtenir est d'être inscrit à un Glem. " Choisissez idéalement un Glem qui répond à vos aspirations", conseille la généraliste.

Une fois agréé, accrédité, on n'est pas encore installé. Il faut, si l'on est indépendant, s'inscrire à la Banque carrefour des entreprises (BCE), s'affilier à une caisse d'assurance sociale, et choisir un comptable. Même si ce n'est pas obligatoire. Cela permet une aide pour calculer les impôts, un budget prévisionnel, conseiller telle ou telle assurance, etc. Le plan de pension et une assurance revenu garanti sont fortement conseillés. Au même titre qu'une assurance protection juridique, en cas de conflit avec un patient, ou avec un employé.

Enfin, il faut être attentif aux modalités légales. Le médecin est notamment soumis au RGPD. À ce titre, il existe, sur le site d'e-santewallonie, un excellent rappel des implications du RGPD pour le médecin[1]. " Il est utile d'y jeter un coup d'oeil pour bien tenir à jour les dossiers patients. E-santewallonie donne également des conseils pour renforcer la sécurité informatique de son cabinet."

3. Préparer le démarrage

La première chose à faire est d'avoir un DMI. "Vous pouvez retrouver, toujours via e-santewallonie, un comparatif de tous les DMI disponibles sur le marché[2]. Il est important que le logiciel soit labélisé. C'est un choix à effectuer selon l'organisation de la pratique, avec des paramédicaux ou non, mais aussi en fonction du matériel informatique dont vous disposez. Tous les logiciels ne fonctionnent pas sur un Mac par exemple, ou fonctionnent moins bien sur tablette."

Vient ensuite un point sans doute plus ludique: l'aménagement du cabinet. Bureau, ordinateur, matériel médical, table...Il faut que tout soit prêt pour le premier jour de travail. Ensuite, il faut songer à la salle d'attente. " Tout dépend de la taille, de l'envie. Est-ce que j'aménage un coin enfants, avec des jouets ou non (privilégier dans ce cas les jouets sans perturbateurs endocriniens)? Est-ce que je mets de la documentation à l'attention des patients? Est-ce que je traduis les documents en plusieurs langues?"

4. Travailler

Vient le moment de travailler. Seul, on est indépendant, on n'a pas de conflit à gérer. Il faut cependant veiller à la continuité des soins avec les collègues alentour. En groupe, il y a différentes manières de s'associer. Heureusement, de la documentation existe. La SSMG propose un guide détaillant les différents types d'association.

Il faut, dans tous les cas, s'assurer de mettre noir sur blanc, dans un règlement d'ordre intérieur, le modus vivendi et le modus operandi de la pratique. Cela permet d'éviter des conflits inutiles au niveau des vacances, de la continuité des soins, des horaires, de la garde, de la gestion matérielle...

Bon à savoir, il n'est plus obligatoire de soumettre toute demande de collaboration à l'Ordre. "Cela vaut toujours la peine, cependant, de demander leur avis si une collaboration vous paraît inéquitable, par exemple. Le plus important est de partager le travail avec quelqu'un qui a la même vision du métier", conseille le Dr Hafid. "Dès le départ, il faut s'accorder pour travailler tous plus ou moins de la même manière. Il faut cependant garder une autonomie pour conserver la liberté de soins que l'on prodigue aux patients."

Il faut ensuite se faire connaître. Mais un médecin ne peut pas faire de publicité. " Pour se faire connaître dans un quartier, rien de tel que de se présenter au cercle local, d'aller voir les autres généralistes installés qui ne prennent plus de patients, et de savoir où les patients se rendent quand leur généraliste est absent."

Enfin, il faut mentionner que des primes à l'installation existent. Impulseo I est une prime à l'installation en zone de pénurie (voir sur notre site la carte interactive des communes en pénurie en Wallonie, avec le montant des primes dédiées[3]). Elle est disponible dans les cinq ans de l'installation. Impulseo II et III sont des primes permettant d'alléger le poids des frais de télésecrétariat et des charges salariales. La SSMG et les syndicats médicaux peuvent aider les médecins à constituer leurs dossiers pour demander ces primes.

5. Gérer la charge mentale

Imane Hafid conseille, dans cette dernière leçon, de varier la pratique. " Faire un peu d'ONE, de planning, de Fedasil...Il y a plein de champs à investir et qui permettent de changer le quotidien du médecin."

La généraliste conseille également de cadrer les patients dès le départ, de gérer ses remplacements et savoir qui fait les tâches administratives au sein de la pratique.

Toutes les informations se retrouvent sur le site de la SSM-J. Un e-learning est également en cours de préparation. Plus d'informations sur https://www.ssmg.be/installation/

[1] https://e-santewallonie.be/rgpd/

[2] https://e-santewallonie.be/document_item/etat-des-lieux-logiciels-de-la-premiere-ligne-de-soins/

[3] https://www.lejournaldumedecin.com/actualite/carte-interactive-la-penurie-de-generalistes-s-aggrave-en-wallonie-le-luxembourg-particulierement-touche/article-normal-69743. html

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