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Vers un cabinet médical éco-responsable

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DOSSIER JEUNES GÉNÉRALISTES La SSM-J a profité d'avoir une trentaine de jeunes MG réunis à la journée des jeunes généralistes ce 9 septembre pour leur proposer un atelier sur l'éco-responsabilité dans le cadre du cabinet médical. Les médicaments sont méchamment pointés du doigt pour leur empreinte carbone.

Francois Hardy - 22 septembre 2023

Quand on aborde un sujet lié à l'éco-responsabilité, il est toujours judicieux de concrétiser avec des données concrètes où se situe l'humanité dans son éco-(ir)responsabilité. C'est ce qu'a fait d'entrée de jeu le Dr Carole Lekeux de la cellule santé et environnement de la SSMG, en rappelant que six des neufs limites planétaires ont déjà été franchies. Changement climatique, érosion de la biodiversité, dérèglement du cycle de phosphore et d'azote, changements d'utilisation des sols, pollution chimique et dérèglement du cycle de l'eau douce : " lorsque ces frontières sont franchies, on entre dans une zone d'incertitude dans laquelle on ne peut plus prévoir les conséquences des activités humaines, ni l'évolution du système terre. "

Après avoir rappelé à quel point les médecins généralistes se situent en première ligne des impacts directs et indirects des changements climatiques sur la santé humaine (maladies vectorielles, stress alimentaire et hydrique, maladies respiratoires, recrudescence des phénomènes allergiques, aggravation des maladies neurologiques, troubles de santé mentale...), Carole Lekeux a mis des chiffres sur l'impact carbone du secteur des soins de santé. Aux États-Unis, il représente 10 % de l'empreinte carbone nationale. Le chiffre est équivalent en France (8 % de l'empreinte carbone nationale en 2022). Dans cette part non-négligeable, il a été évalué que la médecine générale représentait 23 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la santé.

Les médicaments, pollueurs importants

Sans surprise pour les médecins présents à la formation, c'est l'achat de médicaments qui traîne la plus lourde part d'émission de carbone (29 %). Par la micropollution de l'eau, les médicaments jetés contaminent l'environnement et posent un véritable problème de santé publique. Le maître-mot, qui ressortira plusieurs fois durant l'atelier, est la prévention. Les mesures de préservation de l'environnement sont en lien indissociable avec les mesures de promotion de la santé. C'est la notion de " co-bénéfice santé et environnement " : " Ce qui est bon pour la planète l'est aussi pour la santé de nos patients et inversement ", traduit le Dr Lekeux.

Elle aborde ensuite la notion de " prescription verte " : un geste à impact non-négligeable pour l'environnement serait de choisir, à efficacité égale, la molécule ou le dispositif médical qui a le meilleur impact environnemental. Le Comité pour les médicaments et la thérapeutique de Stockholm (CMTS), en Suède, a développé le " hazard score " pour classer les différentes molécules selon leur potentiel polluant et a publié une liste des médicaments les plus utilisés avec leur impact. Au sein d'une même classe de médicaments, le score peut varier. Pour une efficacité et des effets secondaires équivalents, l'appel est à privilégier le score le plus bas. Un moteur de recherche est disponible sur www.janusinfo.se.

L'impact du choix de la banque

Suivent directement : l'achat de dispositifs médicaux (21 %), l'alimentation (11 %), le transport des usages et des visiteurs (9 %), les combustions fixe et mobile (9 %) et les immobilisations médicales (8 %). Last but not least, le choix de la banque par un médecin pèse également très lourd dans son bilan carbone personnel. En apportant des soutiens financiers à des entreprises, projets, particuliers ou États, les banques sont responsables d'émissions de gaz à effet de serre. L'argent des médecins, mis en banque, finance des projets polluants en Belgique comme à l'international. Pour terminer avec un ordre de grandeur, une étude d'Oxfam a estimé que 10.000 euros déposés chez BNP Paribas équivalaient à six tonnes d'équivalent CO2 par an. Un chiffre démesuré, quand on sait que l'empreinte carbone moyenne individuelle est d'environ neuf tonnes d'équivalent CO2 (hors années covid-19).

Le Dr Lekeux a conclu sa formation en rappelant l'importance de ne pas s'isoler dans le vaste chantier de l'éco-responsabilité professionnelle médicale : s'entourer, sensibiliser et travailler en équipe, désigner des référents sont toutes des clés pour mener en avant le projet d'une médecine plus verte, qui, in fine, bénéficiera à la santé du patient.

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