Sevrage tabagique : cessons d'être monolithiques, adaptons nos traitements

Modifier un traitement médicamenteux selon de premiers résultats obtenus est de pratique courante dans de nombreux domaines de la médecine, la finalité étant d'atteindre l'objectif fixé. Une équipe de Caroline du Nord a testé cette façon de faire [traitement adaptatif] dans le cadre d'un essai randomisé contrôlé chez des sujets désirant arrêter de fumer.
Dans cet essai, les participants choisissaient librement le type de traitement qu'ils allaient utiliser pour leur sevrage (varénicline ou patch nicotinique), puis étaient randomisé vers un bras traitement adaptatif (TA) ou un bras traitement standard (TS).
Le traitement débutait quatre semaines avant la date sélectionnée pour l'arrêt total, et une évaluation intermédiaire avait lieu deux semaines après le début de ce traitement pré-arrêt. Lors de cette évaluation, les participants TA n'ayant pas diminué leur consommation quotidienne de cigarettes d'au moins 50 % (non-répondeurs) ont reçu du bupropion en plus du médicament qu'ils avaient choisi. Les participants TA ayant diminué leur consommation quotidienne de cigarettes d'au moins 50 % (répondeurs), ainsi que les participants TS, ont reçu le placebo du bupropion en plus du médicament qu'ils avaient choisi. L'administration du bupropion ou de son placebo a débuté une semaine avant la date d'arrêt sélectionnée et les traitements ont ensuite été continués tels quels jusqu'à 12 semaines après la date d'arrêt sélectionnée. Tous les participants ont reçu un bref soutien comportemental.
Le critère principal d'évaluation était le taux d'abstinence complète continue de fumer pendant 30 jours (vérification du taux expiré de CO) 12 semaines après la date d'arrêt sélectionnée. Sur les 300 participants prévus, seulement 188 (âge moyen 49±13 ans; 54 % de femmes; 15±7 cigarettes/j) ont pu être recrutés (arrêt de l'essai en raison de la pandémie de covid-19). Au total, 127 participants avaient choisi d'utiliser la varénicline, (dont 64 randomisés vers le bras TA et 63 vers le bras TS), et 61 avaient choisi d'utiliser des patchs nicotiniques (dont 31 randomisés vers le bras TA et 30 vers le bras TS).
Le tableau reprend les taux confirmés d'abstinence selon le type de traitement (TA ou TS) et selon le choix du médicament.
| Taux confirmés d'abstinence complète continue sur 30 j12 semaines après l'arrêt des cigarettes | |||
| TA | TS | Odds ratio (IC 95 %) | |
| Ensemble des participants | n=23/95 (24%) | n=8/93 (9%) | 3,38 (1,43-7,99) |
| Choix varenicline | n=18/64 (28%) | n=5/63 (8%) | 4,54 (1,57-13,2) |
| Choix patchs nicotiniques | n=5/31 (16%) | n=3/30 (10%) | 1,73 (0,38-7,99 |
Globalement, les traitements ont été bien supportés. Il n'y avait pas de différences significatives entre l'incidence des événements indésirables entre les groupes TA et TS, à l'exception de problèmes de sommeil, plus fréquents chez les participants TA varénicline que chez les participants TS varénicline (risque relatif 1,74; IC95 % 1,18-2,58 ; p= 0,03).
Tous les détails dans l'article du JAMA Network Open en accès libre et gratuit (https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2809121).