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Taux et raisons de changement de traitement antirétroviral

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Selon une étude menée au Royaume-Uni, les personnes vivant avec le VIH modifient leur traitement antirétroviral deux fois plus souvent qu'il y a dix ans, une augmentation qui n'a rien d'inquiétant, bien au contraire, puisqu'elle reflète d'une part la disponibilité de multiples et meilleures options thérapeutiques, plus efficaces, plus sûres et plus commodes et, d'autre part, la volonté des cliniciens d'adapter au mieux les schémas thérapeutiques aux besoins individuels de chaque personne.

Dr Jean-Luc Schouveller - 9 novembre 2023

En 10 ans, le taux de changement de traitement a doublé.

En examinant en profondeur les données médicales collectées auprès de 10.905 patients pris en charge au sein de quatre cliniques de l'agglomération londonienne, les investigateurs de la présente étude ont dénombré 984 changements de schéma thérapeutique antirétroviral intervenus entre août 2021 et janvier 2022, ce qui représente un taux annuel de changement de 18 %. Plus qu'un doublement en dix ans, puisque ce taux de changement était estimé à 8 % en 2011.

Mais pour quelles raisons les cliniciens et/ou les patients décident-ils de passer à un autre schéma antirétroviral ?

L'intolérance, principale cause d'un changement de schéma thérapeutique

Avec 37 % des changements observés, l'intolérance médicamenteuse se révèle la principale raison de modification du schéma de traitement. Cependant, et c'est tout ce qui fait le sel de cette étude anglaise, les taux d'intolérance n'étaient pas répartis de manière égale entre les différentes molécules.

Ainsi, l'éfavirenz arrive en tête, représentant 25 % de tous les changements liés à l'intolérance. Sans surprise, 75 % de toutes les intolérances liées à l'éfavirenz étaient dues à des troubles du système nerveux central et à des effets secondaires neuropsychiatriques, et 13 % à des problèmes cardiovasculaires.

En seconde position des changements liés à l'intolérance, on trouve le TDF, présent dans plusieurs schémas thérapeutiques à comprimé unique, et représentant 23 % des changements, les principales raisons étant les effets négatifs sur la santé osseuse (39 %) et sur la fonction rénale (57 %), deux effets indésirables bien connus liés au TDF. Le taux élevé de personnes abandonnant le TDF peut également s'expliquer du fait de la disponibilité d'une alternative potentiellement plus sûre : le TAF.

Le dolutégravir, pour sa part, arrive en troisième position des molécules les plus remplacés en raison d'une intolérance, avec 13 % de tous les changements observés. Dans 60 % des cas, l'arrêt est motivé par des effets secondaires neuropsychiatriques et pour 17 %, en raison d'une prise de poids.

Les autres médicaments les plus fréquemment abandonnés en raison d'une intolérance étaient l'abacavir (12 %), la doravirine (5 %) et le TAF (5 %).

Sur la base de ces taux de changement dus à l'intolérance, les investigateurs ont calculé le taux de changement pour chaque molécule en raison de la toxicité. Pour 1.000 personnes prenant de l'éfavirenz chaque année, 87 personnes ont arrêté de le prendre. De même, chaque année, 57 personnes sur 1.000 ont abandonné l'abacavir, 33 personnes sur 1.000 ont abandonné le dolutégravir et 23 personnes sur 1.000 ont abandonné la doravirine. Pour tous les autres médicaments, le taux de changement ne dépassait pas 20 pour .000 personnes par an.

Seuls 3 % des changements en lien avec un manque d'efficacité

La seconde raison de changement la plus courante, et représentant 33 % de tous les changements observés au sein de cette cohorte, était les interactions médicamenteuses à mettre en lien, selon les investigateurs, avec le vieillissement des personnes vivant avec le VIH. Avec l'avancée en âge, le traitement d'autres problèmes chroniques de santé se fait jour et la polymédication qu'il implique peut augmenter le risque d'interactions médicamenteuses. Un exemple parmi tant d'autres est la capacité du ritonavir et du cobicistat à augmenter les concentrations de nombreux autres médicaments.

Heureusement, la plupart des nouveaux antirétroviraux entraînent bien moins d'interactions. La simplification du traitement était la troisième raison la plus courante, représentant 17 % de tous les changements. La simplification la plus fréquemment observée au cours de l'étude était le passage d'une trithérapie classique associant dolutégravir, lamivudine et abacavir à une thérapie duale n'associant plus que les deux premières molécules et exempte d'abacavir. Il est, enfin, très encourageant de constater que la raison la moins fréquente du changement de traitement était l'inefficacité virologique, laquelle ne représentait que 3 % de tous les changements.

Réf : Corteville S. et al. Abstract RA2.08, EACS 2023, Varsovie.

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