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Gibbis: ce qui permet est aussi ce qui empêche

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Gibbis, la Fédération des institutions de soins des secteurs public et privé associatif de la Région de Bruxelles-Capitale, publiait, le 21 novembre dernier, son mémorandum en vue des élections 2024. Gibbis en a profité pour convier quelques stakeholders à débattre au Parlement bruxellois de la place de Bruxelles dans les soins de santé belges (et européens) et de la nécessité (ou non) de faire une énième réforme des soins de santé.

30 novembre 2023

Philippe Close, bourgmestre (PS) de Bruxelles (au centre sur la photo) a rappelé le potentiel énorme de la capitale de l'Europe en termes de nombre de lits hospitaliers par habitant, tout en soulignant en tant que vice-président de Solidaris le risque permanent de désengagement financier au niveau de ces mêmes hôpitaux et la difficile articulation avec les autres lignes de soins (la première en particulier). Une majorité de ces lits résident dans trois hôpitaux universitaires, lieu de création de confiance avec le citoyen-patient, comme l'ont démontré les réflexes des gens face à la pandémie covid-19. L'enseignement reste toutefois l'enjeu majeur de toute politique de soins face aux pénuries de soignants, estime l'éminence socialiste, citant la création d'une troisième école de technologues des soins à la Haute-École Prigogine.

Les réformes s'accompagnent trop rarement d'une stratégie de croissance.

Cette présentation idyllique est cependant entachée de fortes inégalités en santé dans la capitale avec notamment la hausse exponentielle des sans-abris, a relativisé Elisabeth Degryse (Les Engagés). Ce qu'a confirmé Marc Van Noppen, CEO de l'UZ Brussel, rappelant la problématique pandémique dans la zone du canal. En outre, "un tiers des patients à l'UZ Brussel ne sont pas bruxellois", a-t-il précisé.

Pas de formule magique

Face à la pénurie de soignants et médecins, "il n'y a pas de formule magique. Le temps long est de notre côté. Il est urgent de mener des politiques de réhabilitation des métiers des soins", précise Mme Degryse, soulignant le bien-fondé de défiscaliser les heures supplémentaires et mieux rémunérer les stages. En matière de médecine générale, le régulateur du numerus clausus devra encore plus revoir ses calculs par rapport à un système qui a 20 ans. S'il manque des gynécologues, c'est peut-être parce que certains de leurs actes pourraient être repris par des MG, a-t-on entendu. La pénurie de dermatologues serait due au fait qu'un tiers d'entre eux se spécialisent dans l'injection de botox en cliniques privées... Pour Marc Van Noppen, former un spécialiste en 12 ans, c'est trop long. La Belgique est relativement mal placée dans l'OCDE en matière de durée de carrière des médecins. Dans une ville où vivent 200 nationalités différentes, il manque également des soignants polyglottes et pas seulement FR/NL...

Philippe Close regrette le retard de Bruxelles en matière de dépistage par rapport à la Flandre, par exemple. Les mutuelles pourraient sans doute y pallier face à des maisons médicales toujours sous quota.

Marc Van Noppen rappelle, lui, le manque de punch de notre médecine de crise, son absence de vitesse de réaction due peut-être à une forme trop poussée de perfectionnisme. "Il faut se préparer déjà à une possible nouvelle pandémie", fait observer Elisabeth Degryse. "Déjà, on ne se lave plus les mains régulièrement. La santé en silo et le faible investissement dans la prévention (2,5% du budget) fait le reste. On n'a pas appris des attentats de 2016, les recommandations émises à l'époque n'ont pas eu de suivi puissant." Philippe Close: "On n'a pas suffisamment évalué la crise covid (...) Bruxelles est riche en PIB/habitant, mais pauvre en richesse/habitant..." Degryse nous octroie trois fois sept ans (21 ans) pour parfaire l'éducation à la santé et la prévention.

Syndicats médicaux absents d'Iriscare

Lors des questions du public, Paul De Munck, président du GBO, s'est demandé pourquoi les syndicats médicaux n'étaient pas présents à Iriscare (l'Inami bruxellois), alors qu'ils le sont bien à l'Aviq (Agence wallonne pour une vie de qualité). Étonné de l'entendre, Philippe Close lui a répondu assez vertement que les médecins (spécialistes) étaient très réactifs et particulièrement assertifs dans les conseils d'administration des hôpitaux bruxellois. Quant à l'évitement de la médecine générale par un tiers des patients bruxellois, Elisabeth Degryse n'a pas éludé le tabou culturel: en Afrique et en Europe de l'Est, la MG est relativement inexistante. Close a souligné que l'appel au dentiste souffrait parfois du même réflexe d'évitement (global dans ce cas).

Ne réforme-t-on pas un peu trop? Ne vaut-il pas mieux moins réformer pour mieux réformer? À cette question, Pedro Facon, administrateur général-adjoint de l'Inami, a répondu avec force par l'affirmative, soulignant le nombre (invraisemblable, ajouterions-nous) d'initiatives en tout genre qui atterrissent à l'Inami.

Réfomes = économies

Caroline Franckx, directrice générale du CHU Brugmann, regrette surtout que les réformes s'accompagnent trop rarement d'une stratégie de croissance, plus souvent de mesures d'économies. Pour Joël Van Cauter (Itinera Institute), le système de soins belge est bon mais le système de santé l'est moins, soulignant le fossé grandissant entre l'espérance de vie en bonne santé qui stagne et l'espérance de vie qui augmente sans cesse (ce qui signifie que l'espérance de vie en mauvaise santé croît sans cesse). L'obésité touche 20% des Belges (bientôt 30%) et coûterait 600 millions par an, tandis que les plus de 500.000 malades de longue durée absorberaient 21 milliards chaque année. De quoi faire quelques réformes d'envergure, comme en Finlande, louée pour sa politique de prévention des maladies cardiovasculaires.

La réponse dans la recherche de talents? C'est ce que croit Caroline Franckx, qui met l'accent sur le fait que dans la kyrielle de réformes menées par Frank Vandenbroucke manque sans doute le thème de la simplification. Elle plaide pour un P4Transformation et un P4Innovation. "Pourquoi chaque institution de soins ne recevrait-elle pas une enveloppe, libre à elle d'implémenter les réformes comme elle l'entend? Je suis bien sûr favorable aux postes médicaux de garde dans l'hôpital mais ce faisant, je coupe un peu la branche sur laquelle je suis assise", faisant référence au manque à gagner de patients qui évitent, du coup, l'hôpital, la faute à une approche en silo qui, si elle était abandonnée, permettrait, selon Joël Van Cauter, d'utiliser 25% de personnel en moins... À quand un DPI (dossier patient informatisé) généralisé, tellement plus simple? Pourquoi ne pas dégager un marché public pour tous les hôpitaux afin d'acheter les médicaments moins chers? Et Pedro Facon de proposer un déplacement des budgets vers la première ligne au sein d'une stabilité financière...

Comme le disait Vladimir Jankélévich, "ce qui permet, c'est aussi ce qui empêche"...

Un mémorandum Gibbis en quatre axes

1. Assurer à chaque citoyen un accès facile à des soins appropriés et de qualité ;

2. Avoir suffisamment de personnel soignant qui soit satisfait et valorisé ;

3. Garantir un mécanisme de financement durable, abordable et flexible ;

4. Répondre aux objectifs de durabilité de la société.

"Le Mémorandum Gibbis incarne notre engagement résolu envers l'avenir des soins de santé belges et bruxellois. Avec une vision ambitieuse et des solutions concrètes, nous visons à placer Bruxelles parmi les leaders européens en matière d'innovation, d'accessibilité et de durabilité des soins de santé. Ensemble, avec l'ensemble des acteurs du secteur de la santé et un engagement fort du monde politique, nous pouvons construire un avenir plus solide et plus résilient pour la santé de tous, en Belgique et à Bruxelles.", explique Karel Van De Sompel, directeur général de Gibbis.

Mémorandum Gibbis disponible sur: www.gibbis.be.

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