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Punir la femme enceinte qui consomme des substances psychoactives?

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Une étude de l'ULB montre qu'environ 20% des étudiants en médecine sont favorables à la punition des femmes enceintes toxicomanes. Sensibiliser et former les futurs médecins semble nécessaire pour assurer des soins adéquats à cette population vulnérable.

7 mars 2024

En février 2020, une proposition de loi en vue d'instaurer une protection juridique prénatale a été déposée à la Chambre. L'objectif était de protéger l'enfant à naître d'une mère consommatrice de drogue ou d'alcool, en prenant des mesures de protection proactives dès la grossesse. À cette occasion, la Dre Lou Richelle (Unité de recherche en soins primaires, faculté de médecine, ULB) et ses collègues se sont demandé ce que pensaient les étudiants en dernière année de médecine à l'ULB (2019-2020) du fait de punir la femme enceinte consommatrice de substances.

"Les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de substances psychoactives, et en particulier les femmes enceintes, font l'objet de nombreux préjugés, ce qui peut nuire à l'accessibilité et à la qualité des soins", expliquent les auteurs de cette étude transversale. Les chercheurs ont utilisé la version courte du questionnaire "Substance Abuse Attitude Survey" et se sont concentrés sur la sanction de la consommation de drogues ou d'alcool pendant la grossesse et sa corrélation avec les stéréotypes, la moralité, le retrait forcé, le faible optimisme en matière de traitement...

Ces attitudes punitives sont contre-productives, elles ont tendance à éloigner ces femmes des soins.

Résultats?

L'enquête, qui a obtenu un bon taux de réponses (65,2%), a montré que 19,2% des étudiants étaient favorables à une punition de la femme enceinte qui continue à consommer de l'alcool ; ils étaient 15,1% en cas de consommation de drogues.

Les répondants avaient tendance à être plus favorables à la punition s'ils étaient des étudiants de sexe masculin, plus âgés, si leur mère avait un niveau d'éducation inférieur ou s'ils n'avaient pas d'antécédents personnels ou familiaux de consommation de substances psychoactives.

Les attitudes semblaient être plus punitives parmi les étudiants ayant un contact limité avec les personnes souffrant de troubles liés à l'utilisation de substances (aucun contact ou contact limité à l'hôpital). Les étudiants se spécialisant en médecine interne étaient plus favorables à la punition des femmes, alors qu'aucun de ceux se spécialisant en psychiatrie ne l'était.

Attitudes contre-productives

"Ces résultats sont interpellants parce qu'on parle de futurs soignants", souligne Lou Richelle. "Or, il est prouvé que les attitudes négatives peuvent constituer un obstacle important à la prise en charge des femmes qui consomment des substances pendant la période périnatale, ce qui entraîne un retard dans les soins, avec des conséquences sanitaires et sociales néfastes pour les mères et les nouveau-nés. La littérature sur ce sujet est limitée, mais elle montre que ces représentations ont tendance à devenir de plus en plus négatives avec le temps, l'approbation de la punition tendant à augmenter avec l'âge et la pratique clinique. De plus, ces stigma diminuent aussi l'optimisme des patientes face au traitement et à leur rétablissement."

"Ces attitudes punitives sont contre-productives, elles ont tendance à éloigner ces femmes des soins", commentent Lou Richelle et ses collègues. "En effet, des études mettent en évidence le lien entre les politiques punitives et les politiques de signalement, ce qui se traduit par une diminution du nombre de femmes enceintes suivant un traitement médicamenteux, et par une augmentation des syndromes de sevrage néonatal. Dans les politiques punitives, la consommation de substances pendant la grossesse est criminalisée, considérée comme un motif d'internement civil, ou considérée comme de la maltraitance ou de la négligence à l'égard d'un enfant. Quant aux politiques de signalement, elles rendent obligatoire le signalement aux autorités compétentes des cas présumés de consommation prénatale de substances psychoactives."

Par ailleurs, ces résultats confirment l'hypothèse des chercheurs sur la différence de perception entre la consommation d'alcool et d'autres drogues par les étudiants en médecine. Les attitudes plus négatives vis-à-vis de l'alcool sont expliquées par une plus grande familiarité des étudiants avec cette substance et parce qu'ils connaissent mieux ses effets sur les femmes et le nouveau-né. "Il est également important de noter que la consommation de substances autres que l'alcool par les femmes enceintes est très peu abordée dans le cursus universitaire, l'accent étant mis sur le syndrome d'alcoolisation foetale. Cela pourrait expliquer en partie le grand nombre de participants indécis, qui est plus marqué pour les drogues que pour l'alcool (23,5% contre 19,6%)."

Soutenir plutôt que punir

Autre constat: certains types de contacts avec des personnes souffrant de troubles liés à l'utilisation de substances réduisent ces attitudes négatives, comme les contacts dans des cliniques appropriées ou lors d'un stage auprès d'un médecin généraliste. Pour les auteurs, il s'agit donc d'encourager ces contacts positifs et de développer une sensibilisation accrue à cette question au cours de la formation universitaire "afin de promouvoir une vision et une éthique de soutien plutôt que de punition".

Dans le cadre de sa thèse qu'elle vient de présenter et qui portaient sur "L'accompagnement des personnes souffrant de troubles liés à l'usage de substances illicites en médecine générale", la Dre Lou Richelle a élaboré quatre vidéos en collaboration avec le Centre Nadja, le DMG de l'ULiège et la Cellule d'appui pédagogique de l'ULB. Ces vidéos visent à soutenir les médecins généralistes dans leur accompagnement des proches de personnes consommatrices de substances. Elles sont disponibles sur le site du Département de MG de l'ULB (https://dmgulb.be/aide-a-la-pratique/#assuetudes).

BMC Med Educ. 2022 ; 22(1): 335

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