PremiumGestion médicale

Vous avez une échéance? Le fonds aussi!

photo

Entre l'épargne du carnet de dépôt disponible à tout instant et les investissements à risque qui exigent une optique de long terme, il existe une alternative pour un placement sécurisé à moyen terme.

Guy Legrand - 18 avril 2024

Epargner et investir, ce n'est pas la même chose. Les banquiers furent nombreux à expliquer ceci à leurs clients au moment où les carnets de dépôt rapportaient vraiment trois fois rien. Ce n'est toujours pas princier, mais soit... Le message est clair: le carnet de dépôt est très sûr et très liquide, puisqu'on peut retirer son argent du jour au lendemain, quitte bien entendu à perdre la prime de fidélité. Par contre, on ne peut pas en espérer des étincelles. Pour vraiment gagner de l'argent, il faut prendre des risques, fussent-ils fort raisonnables. C'est-à-dire viser les actions, en particulier, au moins pour une partie de son patrimoine. Et pour éviter de faire de mauvais choix individuels, on conseillera un fonds bien diversifié.

Question fondamentale: à quel horizon?

Fort bien, mais... De fait, il est indispensable de connaître l'horizon de placement du candidat investisseur. Veut-il faire face à un évènement imprévu pouvant entraîner des frais? On visera alors clairement l'épargne. Même chose s'il s'agit d'acheter une voiture l'année prochaine. Car c'est à long terme que la bourse est le meilleur investissement, comme l'immobilier d'ailleurs. Elle est donc tout indiquée pour le trentenaire actif qui vise un complément de revenu à la retraite. Pour la voiture à acheter en 2025 par contre, ce serait clairement prendre un risque excessif. Sans remonter au déluge, rappelons le krach du début 2020, quand les bourses européennes perdirent un tiers de leur valeur en un mois à peine! D'autant plus vexant de devoir vendre à ce moment précis, alors que la chute était oubliée un mois plus tard. La remontée peut évidemment prendre beaucoup plus de temps: les sommets de la fin 2021 n'ont été retrouvés qu'au début 2024. Et la terrible année 2022 a rappelé, phénomène rare il est vrai, qu'un krach pouvait également concerner les obligations: certaines ont perdu près de 20% de leur valeur!

Fort bien, une fois encore, mais... Si l'achat concerne non pas une voiture mais une maison et qu'il est envisagé à échéance de cinq ans? Ne serait-il pas dommage de se contenter du carnet de dépôt? À défaut de la bourse, ne peut-on pas envisager les obligations? Et y a-t-il alors moyen d'éviter tout risque de moins-value? Oui, absolument! La solution existe: elle s'appelle le "fonds à échéance".

Ouvert d'abord, fermé ensuite

Le nom du produit est explicite: le fonds a une date d'échéance, à laquelle le souscripteur est certain de retrouver sa mise de départ. Sans moins-value, ni plus-value, en tout cas autre que les revenus annuels accumulés quand il s'agit d'un fonds de capitalisation. Un fonds à échéance a un fonctionnement un peu particulier: la souscription est généralement ouverte pendant de longs mois. C'est ce qu'on appelle la "période de montée en puissance", pendant laquelle les souscriptions recueillies sont progressivement investies. Par contre, une fois cette période terminée, on ne peut plus acheter des parts du fonds. Ce type de fonds est donc "ouvert" au début, mais "fermé" ensuite. Alors que la plupart des fonds sont en principe l'un ou l'autre.

Autre particularité: le caractère statique du portefeuille. Sauf en cas d'alerte sur un débiteur, par exemple, les obligations achetées au départ sont conservées jusqu'à leur échéance. C'est en effet le plus sûr moyen de ne pas subir de moins-value en cas de hausse des taux d'intérêt (cf. l'année 2022! ), puisque l'obligation est alors remboursée à 100%. Précisons toutefois, pour être précis, que le but est d'acheter des titres qui échoient en tout cas durant l'année d'échéance du fonds, mais pas au jour ni à la semaine près! Le délai peut être de plusieurs mois. La raison en est simple: le marché obligataire international est vaste, certes, mais le choix n'est pas infini.

Les obligations une fois remboursées par leur émetteur, le fonds conserve les liquidités obtenues, en principe sans les réinvestir autrement qu'à très court terme, en attendant son échéance. Le souci est toujours de ne pas subir une fluctuation de la valeur en fonction des conditions de marché. De tels fonds présentent dès lors un risque très limité. Ils seront souvent noté 2 sur une échelle allant jusqu'à 7, alors que d'autres fonds obligataires peuvent être notés 3. Les fonds d'actions, eux, recevront parfois un 4, plus souvent un 5, voire 6 s'ils sont très spéculatifs.

Un large choix d'années

C'est un 2 qui a ainsi été attribué au fonds BNP Paribas Flexi Obliselect Euro 2028 qu'on va prendre comme exemple. Il le doit largement à son échéance fixe, car il n'est pas investi uniquement en obligations souveraines (c'est-à-dire émises par des États) ou autres émissions de première qualité: il peut mettre en portefeuille jusqu'à 30% d'émissions dont la notation est inférieure à "qualité d'investissement". Celles-ci présentent un risque supérieur et, en conséquence, offrent un rendement également supérieur. On notera que la part de ces obligations un peu plus risquées a tendance à baisser dans les portefeuilles des fonds, maintenant que les rendements ne sont plus misérables pour les émissions de très bonne qualité.

Ce fonds de BNP Paribas a le statut de sicav luxembourgeoise, présente une échéance au 30 juin 2028 et vise un rendement annuel de 3%. C'est assez modeste, car le Carmignac Credit 2029, autre fonds à échéance, vise plus de 4%. Ce sont des fonds de capitalisation, qui accumulent donc les revenus (les coupons des obligations) jusqu'à l'échéance. Logique pour un tel produit: l'investisseur achetant un fonds à échéance souhaite disposer d'un capital à cette date et ne vise normalement pas un rendement annuel.

Les entreprises avant tout

Au fait, que trouve-t-on dans le portefeuille de ce fonds de BNP Paribas? Avec pour gestionnaire une banque française (via une entité luxembourgeoise créée naguère par... Fortis), le fonds détenait assez logiquement 22% d'obligations d'entreprises françaises à fin 2023, suivies par les allemandes et néerlandaises (9%) notamment. Près de trois quarts du portefeuille sont le fait d'obligations classiques, mais on relève pas moins de 22% d'obligations à taux flottant, c'est-à-dire variable. Une bonne manière de profiter de la hausse des taux d'intérêt. Toutes ces obligations ont pour émetteur une entreprise ; aucune émission d'État ne figure dans le portefeuille.

Le même émetteur a déjà lancé une obligation à échéance 2029 et ce n'est pas étonnant: comme le produit s'adresse en principe à un investisseur ayant un horizon précis, il faut offrir un choix de millésimes assez large, étant entendu que l'échéance est souvent de cinq ans, mais absolument pas de dix. Un autre gestionnaire de fonds, Rothschild & Co, propose également à la fois 2028 et 2029. Et il en existe plusieurs autres. Les fonds à échéance sont vraiment dans l'air du temps!

Mithra: la triste astuce des brevets

Certaines informations avaient filtré, mais l'essentiel était resté confiné entre initiés. Journaliste chez Trends-Tendances, Pierre-Henri Thomas a mené l'enquête et on s'en voudrait de ne pas compléter l'article paru le mois dernier en évoquant ses révélations. Le fond du problème est que pour les brevets relatifs aux produits qu'elle vendait (mais si peu...), la firme pharmaceutique liégeoise devait payer des redevances beaucoup trop élevées en regard de son niveau d'activité. Ce qui est choquant, c'est que les fondateurs de l'entreprise se sont montrés fort gourmands alors que, par un étrange concours de circonstances, ils avaient déjà touché le gros lot! Choquant aussi, et d'abord incompréhensible, le fait que Mithra devait payer des redevances... alors même qu'elle était devenue propriétaire des brevets!

Petit résumé de cette étrange saga. Fondée en 1999, Mithra se révèle rapidement rentable, ce qu'il n'est pas indifférent de relever. C'est en 2010 que le ver est introduit dans le fruit, avec la création d'Uteron Pharma, dont les actionnaires sont les fondateurs de Mithra, à savoir François Fornieri et le professeur Jean-Michel Foidart, associés à la famille Van Rompay. Ce trio sera rejoint par plusieurs autres actionnaires, publics et privés. Le but: loger dans Uteron les brevets et la recherche, dont la prometteuse pilule Estelle, pour protéger Mithra, société cotée, d'une OPA hostile. Voilà en tout cas pour la théorie...

... d'autant plus douteuse que, deux ans plus tard à peine, Uteron Pharma est vendu au groupe américain Actavis. Pour quelque 150 millions de dollars, un montant pouvant doubler en fonction de la réussite des projets en cours. Il apparaît toutefois qu'Actavis a raté le développement de l'Estelle et n'est plus guère intéressée par Uteron. En janvier 2015, alors qu'elle va entrer en bourse, la société Mithra reprend les projets d'Uteron, dont l'Estelle... pour un euro symbolique. Les actionnaires d'Uteron avaient en effet négocié ce droit avec Actavis. Est-ce pour les remercier de leur habileté que Mithra va les rémunérer? Quand on sait que les personnes concernées sont en partie les mêmes du côté d'Uteron et de Mithra, comment s'étonner que Christian Homsy, éphémère président de l'entreprise l'an dernier, évoque "un cas d'école en matière de conflit d'intérêts"?

D'autant que les redevances sont lourdes! Selon les estimations de Mithra, si les ventes d'Estelle se passent bien, la facture serait de 662 millions d'euros. Cette note potentiellement salée sera renégociée à la baisse... mais de manière très désavantageuse. Elle est abaissée à 250 millions, mais ne dépend plus du niveau des ventes. C'est donc une société Mithra au chiffre d'affaire n'arrivant pas à décoller qui ploie sous un endettement proportionnellement monstrueux. Il reste en théorie 185 millions à régler...

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles

Articles connexes

Désimplifier les régimes à comprimé unique, une option efficace et économique, mais uniquement sur base volontaire

Même si le passage volontaire d'un régime à prise unique vers la prise de plusieurs comprimés chaque jour s'est avéré acceptable pour les personnes vivant avec le VIH aux Pays-Bas, un passage forcé, exigé par certains organismes assureurs pour économiser de l'argent, s'est, par contre, avéré inacceptable, et a même conduit à une augmentation paradoxale des coûts après un an d'application.

Bénéfique, tant pour le patient que pour le prestataire de soins

"La divulgation ouverte s'inscrit parfaitement dans le cadre de la qualité des soins", déclare le Pr Kris Vanhaecht, du Leuvens Instituut voor Gezondheidszorgbeleid (LIGB). En tant que professeur de qualité et de sécurité des patients, il est bien placé pour présenter ce concept encore récent.

L'obligation d'informer existe déjà, mais elle pourrait être plus claire

Le Pr Steven Lierman enseigne le droit médical à la KULeuven et dirige également le département juridique du Leuvens Instituut voor Gezondheidszorgbeleid (LIGB). Nous lui avons demandé d'expliquer la base juridique de la divulgation ouverte dans les soins (hospitaliers).

Donnez-vous de l'espace, au patient et à vous-même

La divulgation ouverte est nécessaire, mais elle est également difficile. Ce type de communication a reçu trop peu d'attention dans la formation des médecins. Walter Rombouts est spécialisé en communication dans les situations difficiles, et formateur en communication.

Des nouvelles à partager ?

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
02 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine