La contraception chez l'homme : où en est-on, et où va-t-on ?

Un congrès de gynécologie où l'on parle de contraception masculine, cela a-t-il du sens ? Certainement, dans la mesure où cela peut décharger (au moins en grande partie) la femme de cette responsabilité pas toujours évidente à porter. Le point avec David Serfaty, gynécologue à Paris et membre de l'ICMC (International Consortium for Male Contraception).
Actuellement, les hommes souhaitant contrôler leur fertilité ne peuvent que s'appuyer sur la contraception de leurs partenaires sexuels ou sur le choix qu'ils peuvent faire entre l'abstinence, le coït interrompu, le préservatif et la vasectomie. Au niveau mondial, une méthode contraceptive n'est utilisée que par 28% des hommes : 21% optent pour le préservatif, 5% pour le coït interrompu, et 2% pour la vasectomie. Chacune de ces méthodes est faillible, y compris la vasectomie, qui connaît entre 0,5% et 2% d'échecs pour cause de vérification insuffisante (pas de spermogramme réalisé à 3 mois minimum) ou de recanalisation. Quoiqu'il en soit, sa pratique reste insuffisamment répandue, ce qui tient en bonne partie à un manque de connaissances - y compris dans le chef des médecins.
Au final, le taux de grossesses non désirées à un an s'élève à 0,1 % avec la vasectomie, à 2 % avec le préservatif et à 4% avec le coït interrompu. Il est donc temps d'aboutir à des méthodes plus efficaces et sûres.
Trois études sur des méthodes contraceptives hormonales pour l'homme sont actuellement en cours :
- un gel transdermique contenant de la Nestorone® (un progestatif non androgénique puissant) et une petite dose de testostérone pour éviter la perte de libido et de masse musculaire, à application quotidienne. Au stade intermédiaire de cette étude de phase III, l'efficacité paraît élevée, tout comme l'acceptabilité et la réversibilité.
- En phase I, deux pilules contenant des androgènes modifiés, qui présentent une activité progestative : le DMAU (diméthandrolone undécanoate) et la 11βMNTDC (11β-méthyl-19-nortestostérone dodécylcarbonate).
- Le DMAU sous forme injectable, au stade de la recherche du bon dosage.
Quant à la contraception pharmacologique non hormonale, trois possibilités sont actuellement à l'étude :
- La pilule à base d'YCT-529, un antagoniste sélectif du récepteur α de l'acide rétinoïque, capable d'inhiber par cette voie la spermatogenèse (phase I).
- En développement, un inhibiteur de la sAC (adénylyl-cyclase soluble), qui est impliquée dans la maturation et la mobilité des spermatozoïdes.
- Au stade des études précliniques, un EPPIN (inhibiteur de la protéase épididymaire, une protéine de surface du spermatozoïde impliqué dans sa mobilité).
En alternative non pharmacologique, une contraception mécanique et aisément réversible pourrait tenir dans deux méthodes d'occlusion des canaux déférents :
- Testée actuellement au Québec et appelée Plan A, la première consiste à injecter dans les canaux déférents des polymères pouvant être dissous par une autre injection lorsque le retour à la fertilité est souhaité.
- Adam est un gel étudié en phase I, et qui est biodégradable au bout de 6 à 24 mois.
Enfin, la contraception masculine réversible pourrait tenir dans l'inhibition thermique de la spermatogenèse : des slips particuliers, par exemple, peuvent agir en maintenant la température à 37°C au niveau des canaux inguinaux, à condition d'être portés au moins 15 heures par jour.
Le quatrième congrès de l'ICMC se déroulera à New York le 6 juin prochain. www.ic-mc.info