Un des pièges du diagnostic différentiel de l'hyperandrogénie

L'hyperandrogénie, fréquente et à l'expression symptomatologique plus ou moins marquée, est connue pour se manifester notamment par de l'hirsutisme voire une alopécie androgénique, de l'acné, une irrégularité menstruelle et la virilisation comprenant généralement un approfondissement de la voix, une hypertrophie clitoridienne et une augmentation relative de la masse musculaire. Sa cause la plus courante est le syndrome des ovaires polykystiques. Plus rarement, elle peut provenir d'une hyperplasie congénitale des surrénales, d'une maladie de Cushing ou de tumeurs sécrétant des androgènes.
Milica Jovanović (Serbie) a décrit le cas d'une patiente de 17 ans, dont la ménarche s'était produite à l'âge de 13 ans, mais présentant depuis quelques mois une hyperandrogénie tellement forte qu'elle a été hospitalisée au Centre national de l'infertilité et d'endocrinologie de Belgrade pour exploration. Les signes cliniques comprenaient une aménorrhée depuis plus de sept mois avec prise de 13 kg au cours de la même période, une peau très grasse, de l'acné et un approfondissement important de la voix.
Six mois plus tôt déjà, des taux élevés de testostérone (T) et de déhydroépiandrostérone-sulfate (DHEAS), ainsi que des taux abaissés de SHBG ont été objectivés (T : 8,9 nmol/L ; DHEAS : 369,5 mcmol/L ; SHBG : 23,4 nmol/L). Au cours de l'hospitalisation, les taux étaient plus normaux (T : 1,6 nmol/L ; DHEAS : 4,8 mmol/L). Le taux de testostérone libre s'élevait à 0,9 pmol/L, celui de l'androstènedione à 1,3 ng/mL, avec une 17OH-progestérone à 1,6 nmol/L et un oestradiol à 35,7 ng/L. Tant les taux de TSH et de T4 que de prolactine étaient normaux, tout comme la cortisolémie matinale et les taux de différents marqueurs tumoraux.
Une perplexité croissante
L'examen clinique montrait une hypertrophie clitoridienne (2 cm), mais l'hypothèse d'une hyperpilosité corporelle était difficile à objectiver car la patiente avait procédé à des épilations cosmétologiques. Par ailleurs, l'échographie mammaire n'a rien montré de particulier, mais des ovaires polykystiques ont été détectés à l'écho pelvienne.
Le test de suppression androgénique à la dexaméthasone réalisé s'est révélé normal. Au bilan, il y avait de quoi perdre son latin. Placée devant ces incohérences, la jeune patiente a finalement avoué avoir fait réaliser trois injections de décanoate de nandrolone avant l'apparition de sa symptomatologie, couplées à des séances d'entraînement physique intensif au cours des mois suivants dans le but d'augmenter rapidement et fortement sa masse musculaire.
Si le cas décrit semble relever de l'anecdote, il faut garder à l'esprit qu'il n'est pas rarissime : d'après une étude épidémiologique de Sagoe et al. publiée il y a quelques années, l'abus de stéroïdes anabolisants serait pratiqué par environ 1,6 % des femmes au niveau mondial. Ce taux serait en augmentation, d'après Milica Jovanović. C'est d'autant plus alarmant que dans environ trois cas sur quatre, il s'agit de pures amatrices, qui ne participent pas à des compétitions sportives. Elles doivent savoir notamment que l'approfondissement de la voix lié à cette pratique est généralement irréversible.
Sagoe D et al. The global epidemiology of anabolic-androgenic steroid use: a meta-analysis and meta-regression analysis. Ann Epidemiol. 2014 May;24(5):383-98. doi: 10.1016/j.annepidem.2014.01.009