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Pierre Wunsch : "Jusqu'ici tout va bien"

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S'exprimant récemment dans un cercle privé prestigieux basé à Bruxelles, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique Pierre Wunsch a insisté que le fait que la Belgique fait face à des défis économiques majeurs. Le déficit public se creuse dangereusement, atteignant potentiellement 5,5 % du PIB d'ici 2026, tandis que l'endettement dépasse les 110 %. Le marché du travail reste faible avec un taux d'emploi insuffisant, nécessitant des réformes urgentes. Pour rester compétitive, la Belgique doit surmonter ces défis tout en naviguant dans un climat politique fragmenté et polarisé.

Nicolas de Pape - 16 septembre 2024

Dans un monde en mutation rapide, les défis économiques pour la Belgique et l'Europe se multiplient. L'économie belge, après avoir montré des signes de vigueur en 2023 avec une croissance de 1,5 %, connaît une décélération en 2024. Les prévisions pour l'année indiquent une croissance plus modeste, avec un taux annuel estimé à 1,2 %, et une légère accélération à 1,4 % en 2026. Toutefois, malgré ces perspectives mitigées, la Belgique continue d'afficher une résilience notable, soutenue par une demande intérieure solide. Cette demande est, en grande partie, stimulée par l'indexation automatique des salaires, un mécanisme unique qui protège le pouvoir d'achat des travailleurs et des allocataires sociaux dans un contexte d'inflation galopante.

Détérioration de la compétitivité du pays

Cependant, le revers de cette dynamique réside dans la détérioration de la compétitivité du pays. La Belgique a vu ses exportations diminuer, en raison du coût croissant de la main-d'oeuvre par rapport à ses voisins européens. En effet, l'économie belge, bien que performante à court terme, fait face à des problèmes structurels profonds qui compromettent ses perspectives de croissance à long terme.

L'un des principaux enjeux est celui du déficit public. Avec un endettement qui pourrait dépasser les 110 % du PIB d'ici 2026, et un déficit budgétaire atteignant 5,5 % du PIB la même année, la Belgique risque de se retrouver en difficulté face à de futurs chocs économiques. Ce fardeau budgétaire est en partie le résultat de mesures prises pour atténuer les effets de la crise énergétique, mais aussi du vieillissement de la population, un problème chronique en Europe. Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique insiste sur la nécessité d'une réforme structurelle visant à assainir les finances publiques. Pour lui, il ne s'agit pas simplement de respecter les règles européennes, mais d'assurer que le pays dispose des moyens financiers pour réagir aux crises à venir.

Eviter l'emballement de la dette

Dans cette perspective, des choix clairs et prioritaires sont indispensables. Le système politique belge, fragmenté et souvent paralysé par des intérêts divergents, rend l'exercice difficile. Cependant, la maîtrise des finances publiques est cruciale pour garantir la stabilité économique et éviter des situations comme celle observée lors des inondations de 2021 en Wallonie, où l'État a dû intervenir massivement aux côtés des assureurs pour couvrir les dégâts.

Outre les finances publiques, un autre défi majeur est celui du marché du travail. Avec un taux d'emploi encore trop faible, la Belgique peine à atteindre l'objectif de 80 % fixé par l'Union européenne. Même en Flandre, une région proche du plein emploi, le taux d'activité reste insuffisant pour compenser les effets du vieillissement démographique. Le pays doit adopter des réformes ambitieuses pour stimuler la participation au marché du travail, notamment en facilitant l'accès à l'emploi pour les travailleurs moins qualifiés.

En ce qui concerne le potentiel de croissance, la Belgique et l'Europe en général sont confrontées à un problème de productivité.

Le gouverneur évoque également une évolution intéressante sur le front des inégalités salariales. Ces dernières se réduisent lentement, notamment grâce à une répartition plus équitable de la valeur ajoutée entre les salariés et les détenteurs de capital. Ce phénomène, observé dans plusieurs pays anglo-saxons, pourrait alléger la pression sur les finances publiques à moyen terme. Toutefois, cela ne doit pas masquer le besoin urgent de réformer le système de protection sociale pour éviter que des travailleurs soient exclus du marché du travail en raison de leur faible qualification.

En ce qui concerne le potentiel de croissance, la Belgique et l'Europe en général sont confrontées à un problème de productivité. Le gouverneur souligne que, malgré les nombreuses initiatives lancées par l'Union européenne pour stimuler la croissance, comme le plan " Next Generation EU " ou le paquet " Fit for 55 ", l'Europe reste à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine. L'exemple le plus frappant est celui du secteur énergétique, où les prix du gaz en Europe sont beaucoup plus élevés qu'aux États-Unis. Cette différence de coût met en péril la compétitivité des industries européennes, en particulier celles à forte intensité énergétique.

Retard technologique

Le décalage entre les ambitions européennes et la réalité économique est préoccupant. L'Europe, bien qu'elle ait mis en place des plans ambitieux pour encourager l'innovation et la transition vers une économie verte, peine à rivaliser avec des géants comme les États-Unis et la Chine. Les champions de l'économie numérique, comme Tesla ou BYD, ont émergé en dehors du continent européen, et ce retard technologique risque d'entraver la capacité de l'Europe à s'imposer sur le marché mondial.

Malgré ces défis, le gouverneur reste optimiste quant à la capacité de la Belgique et de l'Europe à s'adapter aux changements économiques. Toutefois, il avertit que ces transformations seront rapides et profondes, nécessitant des réallocations importantes de main-d'oeuvre et des investissements massifs dans l'innovation. Si l'Europe veut rester compétitive, elle devra surmonter ses aversions au risque et à la disruption, des traits culturels profondément ancrés qui freinent parfois l'adoption de nouvelles technologies.

Le gouverneur met en garde contre les dangers d'une fragmentation de l'opinion publique, exacerbée par les réseaux sociaux et les tensions identitaires.

Enfin, le discours aborde des questions politiques plus larges, notamment la montée des populismes et la polarisation croissante de la société. Le gouverneur met en garde contre les dangers d'une fragmentation de l'opinion publique, exacerbée par les réseaux sociaux et les tensions identitaires. Il souligne que cette polarisation rend les réformes économiques et sociales encore plus difficiles à mettre en oeuvre, car les gouvernements peinent à obtenir un consensus sur des priorités communes.

En conclusion, le gouverneur appelle à un retour à la rationalité dans les débats publics et à une plus grande empathie entre les différents segments de la société. Pour lui, la Belgique et l'Europe disposent encore des ressources nécessaires pour surmonter les défis économiques actuels, mais cela nécessitera des choix difficiles et un engagement renouvelé en faveur de réformes structurelles. Comme l'a si bien dit Mathieu Kassovitz dans son film "La Haine" : "Jusqu'ici tout va bien". Mais pour que cette affirmation reste vraie, des actions concrètes sont nécessaires dès maintenant.

Réchauffement climatique : attention à la réalité économique

Dans son discours, Pierre Wunsch aborde la question du réchauffement climatique en soulignant l'importance de la transition énergétique pour l'Europe. Il exprime son soutien aux initiatives telles que le "Fit for 55" et aux investissements nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques, mais il avertit également que cette transition aura un coût réel. Pour lui, la transition énergétique s'apparente à un choc d'offre similaire à un choc pétrolier, qui ralentira légèrement la croissance à long terme. Il rejette l'idée que cette transition puisse se faire sans sacrifices, affirmant que nier son impact sur l'économie reviendrait à compromettre la crédibilité des politiques climatiques.

Pierre Wunsch critique également le décalage entre les grandes ambitions climatiques de l'Europe et la réalité économique. Il constate que, malgré ses aspirations à devenir un leader de la croissance verte, l'Europe est souvent distancée par les États-Unis et la Chine, notamment dans des secteurs comme les technologies vertes ou l'énergie. Il met en garde contre l'illusion que cette transition n'impliquera pas des ajustements majeurs pour les entreprises européennes, en particulier celles dépendant des énergies fossiles.

En conclusion, il estime que, bien que les efforts pour combattre le réchauffement climatique soient essentiels, ils doivent être accompagnés de réformes structurelles efficaces et d'une gestion réaliste des attentes économiques, sous peine de voir ces ambitions échouer dans un contexte mondial de plus en plus compétitif.

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