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Les médecins gagnent-ils trop ? Débat De Maeseneer/Absym

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Certains médecins gagnent plus que le Premier ministre... Pour le Pr Jan De Maeseneer, " Il est défendable que les revenus des médecins aient une limite ". Pour l'Absym on confond brut et net et on compare des pommes et des poires. La polémique de l'été.

Carte blanche - 16 septembre 2024

" Près de 11.000 médecins facturent chaque année à notre système de santé plus que ce que gagne le Premier ministre ", a écrit le journal De Standaard fin août. Le professeur émérite Jan De Maeseneer propose d'ouvrir un large débat sociétal avec toutes les parties prenantes sur ce sujet.

L'article dans De Standaard a, comme c'est souvent le cas dans les médias à cette période de l'année, relancé un débat important. Il s'agit de savoir comment rémunérer les médecins de manière correcte, transparente et socialement juste.

Un constat récurrent dans ce débat est qu'il semble presque impossible d'obtenir une vue d'ensemble du revenu net disponible d'un médecin. Cela reste curieux pour un groupe professionnel qui est (presque exclusivement) payé avec des fonds publics.

Le manque de clarté des informations disponibles conduit également à des conclusions hâtives : l'affirmation de De Standaard selon laquelle 10 % des généralistes font enregistrer des remboursements de plus de 250 000 euros par l'Inami est probablement incorrecte. Il s'agit probablement de 5 %. Les augmentations en 2021 et 2022 sont des artefacts conjoncturels causés par les remboursements liés au Covid.

Un MG peut-il gagner autant qu'un spécialiste ?

Le débat sur les revenus des médecins soulève des questions importantes : par exemple, existe-t-il des raisons pour lesquelles un médecin généraliste ne pourrait pas gagner à peu près autant qu'un spécialiste ? L'essentiel n'est-il pas qu'ils travaillent bien ensemble ?

L'objectif général est de garder les citoyens en bonne santé et les généralistes sont tout aussi importants que les spécialistes en ce qui concerne l'activité médicale. En Norvège, les généralistes et les spécialistes comme les cardiologues sont employés et reçoivent une rémunération similaire. Car si un généraliste dans un village éloigné ou sur une île ne reconnaît pas les symptômes d'un infarctus aigu imminent et ne donne pas l'alerte, alors l'expertise du cardiologue dans un hôpital d'une ville-centre n'aura aucune utilité.

La " norme du Premier ministre " n'est peut-être pas le meilleur symbole, mais une forme de plafonnement est socialement défendable

Chaque spécialisation a sa propre complexité. Pour le généraliste, il s'agit de la reconnaissance précoce des symptômes de maladies graves (" à surveiller ou non "), de l'accompagnement à long terme des malades chroniques et de la responsabilité envers une population. Pour le chirurgien, il y a la complexité technique (lors d'une opération délicate), la complexité émotionnelle (un patient psychiatrique suicidaire) ou la complexité diagnostique (un généticien qui recherche une maladie rare).

Une discipline doit-elle pour autant être rémunérée beaucoup plus que l'autre ? Un gériatre, responsable de la qualité de vie d'une personne de plus de 80 ans souffrant de quatre ou cinq affections, est-il moins important ? Le fait que les spécialistes étudient (un peu) plus longtemps ne signifie-t-il pas qu'ils doivent ensuite être plus généreusement rémunérés ?

Les généralistes et les spécialistes ont aujourd'hui un meilleur statut pendant leur formation et sont bien mieux payés et encadrés qu'autrefois. Ce statut peut encore être adapté, afin que plus tard, pendant la carrière active, il ne soit pas nécessaire de le " compenser ". Heureusement, dans notre pays, la formation des spécialistes et des généralistes est financée par l'État. Ils n'ont donc pas besoin, comme aux États-Unis, de payer eux-mêmes des centaines de milliers de dollars pour leur formation (souvent via des prêts à long terme).

Ressources limitées

Étant donné que les ressources de la société sont limitées, il est défendable que les revenus des médecins aient également une limite. La " norme du Premier ministre " n'est peut-être pas le meilleur symbole, mais une forme de plafonnement est socialement défendable, couplée à une réduction des écarts de revenus entre les spécialités, d'un rapport de un à six ou huit (comme aujourd'hui) à un rapport de un à deux ou deux et demi (comme aux États-Unis, où le spécialiste le mieux rémunéré, l'orthopédiste, gagne 2,4 fois plus que le pédiatre, le moins rémunéré).

Les travaux autour de la révision de la nomenclature devront, entre autres, veiller à réduire considérablement ces écarts de revenus si nous voulons rendre le système durable.

Les médecins doivent avoir un bon revenu, mais ils n'ont pas besoin d'être des super-riches comme une petite poignée de footballeurs ou de PDG de multinationales (qui ne sont pas payés avec des fonds publics).

Ce débat est également pertinent dans le cadre de l'augmentation des besoins de soins. Entre 2030 et 2060, les baby-boomers vieilliront et nous serons confrontés à une vague de vieillissement sans précédent, accompagnée de besoins de soins croissants.

Enfin, de plus en plus de médecins choisiraient eux-mêmes de travailler sous contrat de travail. Les jeunes en particulier sont plus ouverts à cette idée. Il serait bon que tous les hôpitaux offrent cette possibilité aux jeunes spécialistes.

Pr émérite Jan De Maeseneer

Absym : " Comparer le chiffre d'affaires brut des médecins avec le salaire brut du Premier ministre, c'est comme comparer des pommes et des poires "

L'Absym ne comprend pas la comparaison faite dans De Standaard entre le revenu brut des médecins et le salaire brut du Premier ministre. Cette comparaison n'a aucun sens.

Pour obtenir le revenu brut du médecin, De Standaard divise les dépenses par discipline médicale par le nombre de médecins qui exercent cette discipline. Il s'agit-là d'une approche plutôt simpliste.

Le résultat d'un tel calcul peut tout au plus refléter le chiffre d'affaires brut. Après déduction des retenues de l'hôpital, de toutes sortes de frais (personnel, infrastructure, matériel) et des impôts, un médecin perçoit en moyenne un quart de ce revenu que l'on peut considérer comme net.

Certains spécialistes se font prélever jusqu'à 80 % de leurs honoraires par l'hôpital. Les médecins spécialistes ne peuvent commencer leur carrière qu'après l'âge de trente ans, parfois même plus tard. Comme indépendants, ils doivent se constituer leur propre pension, n'ont droit ni aux prestations d'incapacité de travail ni aux indemnités de chômage.

De nombreux médecins doivent investir de manière conséquente pour créer leur cabinet. En outre, une assurance responsabilité civile coûteuse est indispensable car, contrairement au Premier ministre, les médecins peuvent être tenus personnellement responsables des erreurs. De nombreux médecins indépendants emploient également du personnel qu'ils financent par leurs propres ressources.

L'article de De Standaard compare des pommes et des poires. En plus de son salaire, un Premier ministre bénéficie d'avantages supplémentaires comme un chauffeur avec une voiture, une résidence officielle, une augmentation de salaire avec l'ancienneté, une pension généreuse et des indemnités de retraite.

Par ailleurs depuis des années, l'Absym est favorable à une réforme de la nomenclature des médecins et y travaille activement. Cette réforme entraînera des modifications dans les tarifs des disciplines médicales afin qu'il y ait plus d'équité entre les différentes disciplines. A condition bien entendu que les acteurs de ce débat, à savoir les médecins, soient écoutés.

Il n'y a pas de " surplus " dans la catégorie des honoraires des médecins, comme tente de nous le faire croire De Standaard. Au contraire, année après année, le monde médical doit faire face à un budget inférieur à celui qui devrait correspondre à la demande de plus en plus croissante de soins. Confondre le montant de la facture des soins médicaux avec le revenu net du médecin ne reflète pas la réalité.

Dr Johan Blanckaert,

Président de l'Absym

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