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Femmes et incapacité de travail : des inégalités qui font mal

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En Belgique, la hausse du nombre de femmes en incapacité de travail ne cesse d'inquiéter. Un rapport croisé des Mutualités libres s'attarde sur les causes de cette réalité, en se penchant à la fois sur les explications internes (santé reproductive, mentale) et externes (charge sociale, conditions de travail). Un état des lieux qui propose des pistes concrètes pour agir.

Nicolas de Pape - 9 octobre 2024

Le nombre de personnes en incapacité de travail ne cesse d'augmenter en Belgique. Mais ce que l'on souligne moins, c'est l'augmentation significative de l'incapacité de longue durée chez les femmes par rapport aux hommes : +345 % chez les femmes entre 1996 et 2022, contre " seulement " +71 % chez les hommes, a calculé l'Union nationale des mutualités libres. Pourtant, cette inégalité de genre reste peu abordée. Le pourcentage de personnes en invalidité (y compris les chômeurs) augmente également. Alors, pourquoi les femmes sont-elles si touchées ? Pour répondre, il faut explorer les facteurs internes (santé et biologie) et externes (sociaux et professionnels).

Quand le corps féminin s'en mêle

Les femmes, davantage que les hommes, sont confrontées à des maladies chroniques durant leurs années d'activité. En Belgique, 28 % des femmes âgées de 15 ans et plus souffrent de problèmes de santé chroniques, contre 23 % des hommes. Les femmes sont plus touchées par des troubles tels que l'anxiété, la dépression, les troubles musculo-squelettiques, la démence, et la maladie d'Alzheimer. Pourquoi ? Les causes sont multiples : fluctuations hormonales, rôles sociaux, pressions culturelles, et bien sûr, des facteurs biologiques propres aux femmes.

Des affections spécifiques telles que l'endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) sont souvent sous-estimées ou diagnostiquées tardivement, ce qui aggrave leur impact sur l'incapacité de travail. De plus, parler de douleurs menstruelles, de problèmes du plancher pelvien, ou de la périménopause reste apparemment tabou dans le monde du travail.

La ménopause est un autre fardeau : 29 % des femmes sont ménopausées, et 87,6 % d'entre elles ont déjà ressenti des symptômes, selon une étude menée auprès d'un échantillon de 2.400 femmes salariées par à l'Université de Gand et Securex. Insomnie, épuisement, ostéoporose, dépression... autant de symptômes qui pèsent lourdement sur la vie professionnelle.

Santé mentale : les femmes en première ligne

Les problèmes de santé mentale touchent davantage les femmes, ce qui contribue fortement à l'augmentation de l'incapacité due aux troubles mentaux comme l'épuisement professionnel et la dépression. Depuis 2013-2014, les cas de suicides chez les jeunes femmes sont en nette hausse, sans explication claire.

Les femmes sollicitent davantage les services de santé mentale, mais souvent, leurs besoins restent insatisfaits. Elles sont soumises à une pression sociale, jonglent avec de multiples responsabilités, et disposent de moins de mécanismes d'adaptation. Elles sont également plus exposées au stress lié aux attentes sociétales, ce qui amplifie leurs troubles.

Les femmes assument également l'essentiel des responsabilités d'aide et de soins informels : deux tiers des aidants proches sont des femmes. Ce fardeau social les expose à un plus grand risque de pauvreté et d'exclusion, surtout dans les familles monoparentales, où elles sont généralement le parent unique.

Le rôle d'aidant-proche double leur risque d'invalidité et rend la réintégration professionnelle complexe. Résultat ? Une perte financière inévitable. Les femmes aidantes de moins de 60 ans sont également plus susceptibles d'être hospitalisées et de développer des maladies chroniques. La prévalence des troubles mentaux y est deux fois plus élevée que dans la population générale.

Inégalités face à la vie professionnelle

Les femmes restent sous-représentées sur le marché du travail et occupent plus souvent des postes faiblement rémunérés, malgré une proportion plus élevée de diplômées universitaires. Elles travaillent fréquemment à temps partiel (38 % des femmes, contre seulement 10 % des hommes), un reflet des rôles sociaux persistants. Cette situation amplifie l'écart salarial entre hommes et femmes, ce qui se répercute sur les prestations d'invalidité.

De plus, certains secteurs féminisés, comme les titres-services et la santé, sont marqués par la précarité : conditions de travail difficiles, horaires décalés, manque de flexibilité... Tout cela pèse sur la santé des femmes et explique leur surreprésentation dans les statistiques de l'incapacité.

Conclusion

Les femmes sont plus touchées par l'incapacité de travail en Belgique. Ce constat s'explique par une multitude de facteurs : santé reproductive, charge mentale, vie sociale, et inégalités professionnelles. Des actions concrètes et une analyse approfondie des données sont indispensables pour adresser ces inégalités et améliorer la qualité de vie des femmes au travail.

Principales recommandations

Pour inverser la tendance, voici les recommandations principales du rapport des Mutualités libres :

Informer sur la périménopause : Intensifier les campagnes d'information sur la périménopause et les affections spécifiques aux femmes, comme l'endométriose.

Soutenir les employeurs : Inciter les entreprises à adopter des politiques d'égalité de genre, en créant un environnement professionnel plus inclusif.

Promouvoir l'égalité des genres : Intégrer la lutte contre les inégalités de genre dans toutes les politiques, et renforcer la mise en oeuvre du Plan national contre la violence liée au genre.

Équilibrer vie professionnelle et privée : Adopter des mesures pour un meilleur équilibre, comme des congés parentaux adaptés et des horaires de travail flexibles.

Investir dans la recherche : Encourager la recherche sur les pathologies féminines, leur impact sur l'incapacité de travail, et les facteurs sociaux qui les influencent.

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