Économies tous azimuts

Le budget des soins de santé pour 2025 repose sur une série de mesures d'économies, touchant principalement les honoraires médicaux, les médicaments et les implants. Ces ajustements visent à maîtriser les dépenses "tout en maintenant un haut niveau de qualité des soins pour les patients". Une collaboration étroite entre les acteurs des soins de santé sera indispensable. Ce lundi 21, le Conseil général devait approuver l'épure du Comité de l'assurance.
En raison d'une situation budgétaire tendue, les autorités sanitaires doivent trouver des solutions pour maintenir l'équilibre financier des soins de santé. Le Comité de l'assurance souligne que, pour l'année 2025, il est essentiel de contrôler les dépenses tout en garantissant l'accès à des soins de qualité, notamment en ce qui concerne l'indexation des honoraires des médecins et l'évolution des dépenses liées aux médicaments.
Le contexte politique actuel, marqué par un gouvernement en affaires courantes, complique la mise en place de réformes ambitieuses. Dès lors, les mesures proposées pour le budget 2025 visent à éviter de nouveaux dépassements budgétaires. Selon les estimations techniques, un déficit de 216,8 millions d'euros est prévu pour 2025, "nécessitant des ajustements importants dans plusieurs secteurs".
Impact sur les médecins généralistes et spécialistes
Les dépenses liées aux téléconsultations, qui avaient explosé depuis leur introduction en 2020, sont un point de discussion majeur. Le Comité propose de suspendre la téléconsultation à partir du 1er janvier 2025, dans le cadre des économies à réaliser. Cette suspension pourrait permettre de réduire les coûts de 68,4 millions d'euros. L'Absym s'en émeut (lire encadré).
Toutefois, les consultations en présentiel ou par vidéoconférence continueront d'être prises en charge, sous réserve d'une meilleure définition des conditions et de guidelines. Le rapport note que l'absence de cadre clair pour la téléconsultation a entraîné des excès, ce qui justifie la décision de mettre fin à cette pratique sous sa forme actuelle.
Les honoraires des médecins spécialistes font également l'objet de réductions. Certaines interventions médicales, comme l'angiographie cérébrale, les examens duplex couleur ou encore les échographies urinaires complètes, verront leurs remboursements diminuer. Ces coupes budgétaires, détaillées dans le rapport, visent à maîtriser les coûts sans affecter directement la qualité des soins.
D'autres mesures touchent également des procédures chirurgicales, notamment l'appendicectomie, dont les remboursements seront également réduits. Ces ajustements devraient permettre de réaliser une économie globale de 73,38 millions d'euros dans le secteur des honoraires médicaux.
Consultation et simplification administrative
Le rapport insiste sur la nécessité d'une simplification administrative pour alléger la charge des professionnels de santé. Cela pourrait se traduire par une réduction de la paperasse liée aux prestations médicales et une meilleure utilisation des outils numériques, tels que les dossiers patients électroniques. Le Comité encourage également une réflexion sur les soins intégrés et orientés vers des objectifs clairs pour les patients, afin de renforcer la collaboration entre les prestataires de soins et de favoriser une approche centrée sur le patient.
Le secteur des médicaments est l'un des plus surveillés en termes de dépenses. En 2025, les estimations révèlent que le budget des médicaments sera dépassé de 547,9 millions d'euros. Quatre secteurs (honoraires médicaux, dentistes, spécialités pharmaceutiques et implants) sont responsables de 92% de ce dépassement à hauteur d'un montant de 501,4 millions.
Par ailleurs, des mesures pour lutter contre la surprescription de certains médicaments, comme le sémaglutide (Ozempic), souvent utilisé à des fins non médicalement justifiées (comme la perte de poids), sont également prévues. Une "mini Task Force" sera créée pour encadrer ces prescriptions et assurer une meilleure rationalisation des dépenses.
Implication des pharmaciens
Les pharmaciens jouent un rôle crucial dans la gestion des prescriptions. Le rapport propose de renforcer la collaboration entre médecins et pharmaciens, notamment pour encourager la déprescription de médicaments dans certains cas, comme pour les hypolipémiants chez les personnes âgées. Cette approche pourrait contribuer à une réduction des volumes prescrits et à une utilisation plus appropriée des traitements.
Le rapport mentionne également plusieurs autres initiatives visant à améliorer le système de soins de santé: le Comité souhaite notamment poursuivre le financement de parcours de soins pour certaines catégories de patients, notamment les personnes souffrant de problèmes psychiatriques ou les patients nécessitant une réadaptation pulmonaire.
Enfin, un budget est alloué pour renforcer la protection contre les cyberattaques, un enjeu crucial pour la continuité des soins dans un monde de plus en plus numérique.
L'Absym opposée à la suspension de la téléconsultation
L'Absym (Association belge des syndicats médicaux) exprime son opposition à la suspension de la téléconsultation, qui doit prendre effet à partir du 1er janvier 2025 tel que discuté au Comité de l'assurance.
Cette suspension, approuvée par le Comité de l'assurance de l'Inami et qui sera sans doute entérinée par le Conseil général (qui se tenait ce lundi 21 avant de boucler ce numéro), vise à réaliser des économies de 68,4 millions d'euros sur les honoraires médicaux, car la téléconsultation, introduite en 2020, devait être "budgétairement neutre." Cependant, un dépassement budgétaire, attribué à un petit nombre d'exceptions, a été constaté.
L'Absym, malgré cette décision, continuera de défendre le financement de la téléconsultation. Elle critique aussi l'AADM, proche de Domus Medica, notamment pour avoir soutenu une solution forfaitaire proposée par les mutualités, qu'elle juge défavorable aux médecins. Une proposition alternative pour continuer à financer la téléconsultation sera présentée lors de la prochaine médico-mut après l'examen de la proposition d'économies par le Conseil général le 21 octobre.
Téléconsultations utiles, mais évitons les abus (GBO)
Lawrence Cuvelier, président du GBO, tient à la téléconsultation qui a des avantages indéniables et compte négocier pour son maintien. Il reconnaît cependant que certains médecins généralistes (une minorité) abusaient quelque peu du système.
La téléconsultation présente des avantages notables, notamment en termes d'efficacité et de confort pour les patients qui n'ont pas besoin de se déplacer en cabinet, pointe le Dr Cuvelier. "Elle contribue également à réduire l'empreinte carbone. Toutefois, une minorité de médecins généralistes (environ 10%) en fait un usage intensif, jusqu'à quatre par jour, ce qui pèse lourdement sur le budget."
La qualité des soins en téléconsultation n'atteint pas toujours celle des consultations physiques, certains diagnostics nécessitant une visite en personne après une consultation à distance, reconnaît le GBO. "Malgré tout, la téléconsultation a permis des gains en efficacité, comme observé dans une étude parue dans le New England Journal of Medicine. Il arrive fréquemment que les téléconsultations aboutissent à des consultations physiques, ce qui réduit l'intérêt initial de ce service."
Il est recommandé d'utiliser la téléconsultation dans un cadre thérapeutique bien défini, lorsqu'il y a un suivi régulier du patient, estime le Dr Cuvelier. "En revanche, l'utilisation excessive pour des consultations rapides et de moindre qualité est à éviter, car elle dévalorise la pratique 'physique' de la médecine générale."
En matière de dépenses de santé, les dépassements budgétaires liés aux médicaments, comme l'Ozempic ou les traitements coûteux pour des maladies telles que la maladie de Crohn ou l'arthrite psoriasique, représentent un fardeau considérable, reconnaît le GBO. "Ces médicaments, bien qu'efficaces, engendrent des coûts très élevés, enrichissant principalement certaines entreprises pharmaceutiques."
Enfin, des ambiguïtés subsistent dans les discussions avec les assureurs, en particulier concernant la suppression possible de certains services. L'absence de gouvernement complique également la prise de décisions concrètes dans cette période d'incertitude.