HIV Glasgow 2024 - Greffe hépatique : évolution sur le très long terme (15 à 20 ans) des patients vivant avec le VIH

Une étude rétrospective cas-témoins, menée par une équipe d'investigateurs du service d'infectiologie de l'hôpital universitaire de Barcelone, montre que sur une longue période de suivi de 15 à 20 ans, le taux de survie, tant du patient que du greffon, ainsi que la prévalence des comorbidités associées est globalement équivalent que le patient greffé soit ou non porteur du VIH. Des résultats encourageants qui supportent l'idée d'un recours à la greffe hépatique chez les personnes vivant avec le VIH lorsque cette dernière est indiquée.
Les affections hépatiques terminales ainsi que les carcinomes hépatocellulaires sont relativement fréquents chez les personnes vivant avec le VIH et coinfectées par le virus de l'hépatite C ou B (souvent en association avec la prise de drogues injectables). Ce qui, dans nombre de cas, nécessite le recours à une greffe hépatique.
Si, à ce jour, on dispose de données nombreuses et solides qui montrent que l'évolution à court ou moyen terme (survie patient et greffon) est équivalente entre patients greffés séropositifs et séronégatifs, on manque par contre de données sur le long terme, soit 15 ou 20 ans de suivi. D'où l'initiative d'une équipe de l'Université de Barcelone de mener une étude rétrospective cas-témoins incluant 96 patients (24 séropositifs et 72 séronégatifs) ayant subi une greffe hépatique entre 2003 et 2012, et suivis jusqu'en avril 2024. Notons que 96% de ces patients étaient porteurs du virus de l'hépatite C au moment de la greffe.
Premier constat : au sein du groupe des greffés séropositifs, le taux de survie des patients, après 15 ans de suivi, est de 65,2% et celui du greffon de 56,5%. Pour les patients greffés séronégatifs, les résultats sont sensiblement moins bons, puisque le taux de survie des patients est de 57,5% et celui du greffon de 54,5% (p >0.05 entre les deux groupes).
Second constat : la principale cause de décès répertoriée était une affection hépatique principalement durant la période où on ne disposait pas encore des antiviraux à action directe pour le traitement de l'hépatite C.
Troisième constat : le taux de survenue de comorbidités, de cancers ou d'évènements AIDS dépendants ou non est similaire dans les deux groupes, si ce n'est le constat d'un taux d'évolution vers une insuffisance rénale chronique plus fréquent chez les greffés séropositifs et vers un diabète de type 2 pour les greffés séronégatifs.
Quatrième constat : sur le plan virologique, le maintien d'une charge virale indétectable chez les greffés séropositifs se révélé favorable tout au long du suivi, avec une prépondérance du recours aux inhibiteurs de l'intégrase de dernière génération depuis leur mise à disposition.
Réf: Blanco S. et al. Présentation orale 046A, HIV Glasgow 2024.