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Les défis de la médecine générale

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Le Congrès de médecine générale a abordé diverses thématiques comme la recherche, les conditions de travail des médecins (lire page 6), la santé environnementale ou encore la garde. Autant de thématiques pour autant de défis, auxquels un débat a été consacré en clôture du congrès.

2 décembre 2024

Dans un contexte médical de plus en plus complexe, les médecins généralistes font face à de nombreux défis qui affectent directement leur façon de travailler et de prodiguer des soins. La montée en puissance des nouvelles technologies, l'essor de la pluridisciplinarité, et les évolutions sociétales marquent autant d'opportunités que de défis à relever. Les Drs Michel Meuris (président de l'Agef), Bruno Verstraete (UCLouvain), Anne Gillet (vice- présidente du GBO), Marilyn Duchêne (Association des médecins généralistes en formation, AMGF), et Naji Mokaddem (CAMG, SSMJ) sont montés sur l'estrade lors de la dernière plénière du congrès pour partager leurs impressions.

Le médecin généraliste est devenu plus rare qu'un Pokémon rare", ironise le Dr Frappé pour souligner la difficulté actuelle d'accès aux soins.

"La médecine doit être une alliance entre compétences technique et relationnelle", exprime d'abord Anne Gillet, invitée à proposer trois indicateurs de qualité en médecine générale. Pour elle, compétence, prévention et collaboration sont les clés de la médecine de demain. "La médecine doit être basée sur les faits", acquiesce Naji Mokaddem, assistant à Marche-en-Famenne, qui ajoute "le bien-être du patient et le bien-être du médecin" comme autres indicateurs.

L'IA, plus une opportunité qu'une menace

Dans le débat, aujourd'hui, impossible de taire les nouvelles technologies, dont l'IA, une thématique porteuse, mais ô combien vague et vaste. De l'avis de tous, la capacité de l'IA à remodeler la pratique médicale est immense, mais elle exige aussi une vigilance continue pour ne pas compromettre l'humanité au coeur des soins médicaux. Michel Meuris rappelle que "les outils technologiques sont merveilleux, mais ils ne doivent pas détourner le médecin de la relation humaine essentielle".

Naji Mokaddem ajoute que l'IA, bien qu'utile, doit rester un outil complémentaire. "L'intelligence artificielle doit rester un outil au service du médecin, et non pas un substitut au jugement clinique.".

Le défi majeur réside dans l'intégration harmonieuse de l'IA dans les pratiques. L'inquiétude de certains est de voir poindre des pratiques consuméristes. Dans ce contexte, une formation continue et adaptée permettra aux médecins de s'approprier ces avancées technologiques tout en préservant l'essence de la relation médecin-patient.

Vers davantage de collaboration

Autre thématique qu'il est impossible d'omettre: la collaboration. Avec des patients ayant de multiples pathologies nécessitant une approche intégrée, les médecins doivent travailler de concert avec d'autres professionnels de la santé. Anne Gillet mentionne que "la collaboration efficace nécessite de permettre à chacun d'êtreà l'aise avec ses spécificités". Elle souligne que "le respect mutuel des compétences apportées par chaque professionnel est indispensableà une pratique coordonnée et centrée sur le patient".

Cette approche requiert un remaniement constant du rôle du médecin généraliste, qui doit adapter son approche tout en jonglant avec le respect des nouvelles dynamiques de travail en groupe. Les jeunes médecins, plus enclins aux pratiques collaboratives, doivent être encouragés et formés pour assurer une transition en douceur vers un système de santé plus intégré. Les universités ont donc du pain sur la planche.

Enjeux sociétaux et environnementaux

Les médecins doivent aussi composer avec les enjeux climatiques qui occupent (ou pas) notre société. La santé et l'environnement formaient l'un des quatre axes développés lors du congrès. "La santé environnementale est un enjeu primordial pour prévenir la crise des maladies chroniques liées àl'environnement", estime Marilyn Duchêne, qui évoque l'urgence d'intégrer la démarche écologique aux pratiques médicales, par exemple en réduisant l'empreinte carbone des prescriptions (lire aussi page 8, la matinée d'étude de la FAGC).

Le Dr Bruno Verstraete souligne de son côté l'importance d'une médecine proactive, qui prend en compte les déterminants sociaux de la santé. "Prescrire avec une conscience environnementale pourrait réduire notre empreinte tout en améliorant la santé publique", dit-il, rappelant que le bien-être des patients est intrinsèquement lié à l'environnement dans lequel ils vivent.

Tournés vers l'avenir

Le débat s'est clos sur l'importance de s'engager dans des réformes et d'adopter des pratiques innovantes tout en respectant les fondements éthiques de la profession médicale. "Qui aurait cru, il y a 20 ans, qu'un tel congrès soit possible? On a vu, pendant deux jours, des médecins généralistes développer des expertises, les partager, se rencontrer avec enthousiasme, de manière décomplexée. Ce qui se passe est très positif", conclut le Dr Verstraete, applaudi.

"Cet engagement donne du sens à notre métier", estime Anne Gillet, "il faut prendre le temps, prendre du recul par rapport à nos pratiques." Naji Mokkadem d'embrayer: "L'engagement pour la santé, pour le bien commun, c'est une opportunité non seulement d'améliorer notre pratique, mais aussi d'enrichir notre relation avec les patients."

"Je suis optimiste", conclut le Dr Meuris, réagissant aux mots de son jeune confrère. "Je fais confiance dans la jeune génération. Il y a un engouement que l'on a pas toujours connu. Je serai là pour les pousser, pour défendre la première ligne."

Les défis de la médecine générale

Vu de France

Plus tôt dans la journée, le Dr Paul Frappé, président du Collège de médecine générale français, a exposé peu ou prou les mêmes enjeux en mettant en lumière les réalités complexes auxquelles sont confrontés les médecins en France. Il y a quelques leçons à en tirer.

Une complexité croissante

Avec une population vieillissante et un nombre toujours plus élevé de comorbidités, les médecins généralistes se retrouvent souvent en première ligne face à des patients polypathologiques. Selon le Dr Frappé, 40% des patients ont au moins deux maladies chroniques, et 28% en ont au moins trois. Cela rend l'application stricte des recommandations cliniques souvent irréaliste, à cause du volume et de la diversité des interventions nécessaires. "L'empilement des recommandations n'est pas tenable", souligne le généraliste français.

Cette complexité s'accompagne de problèmes socio-économiques qui créent des inégalités d'accès aux soins. Les populations précaires et les personnes âgées, souvent polypathologiques, trouvent plus difficilement un médecin traitant, exacerbant ainsi l'inégalité des soins. "Le médecin généraliste est devenu plus rare qu'un Pokémon rare", ironise le Dr Frappé pour souligner la difficulté actuelle d'accès aux soins.

Il estime que la gestion des maladies chroniques relève davantage de la discussion que de l'exécution mécanique de recommandations.

Recherche et nouvelles technologies

La recherche représente une autre colonne vertébrale de la médecine générale, essentielle pour le développement et l'intégration de nouvelles technologies. L'intelligence artificielle (IA), par exemple, commence à transformer des pratiques comme le diagnostic, la thérapeutique et même la gestion administrative. Pour le Dr Frappé, comme pour les autres intervenants du congrès, "l'IA ne doit pas être vue comme une menace, mais comme une opportunité qui, bien intégrée, peut enrichir notre pratique."

Cependant, il a aussi mis en garde contre un emploi inconsidéré des nouvelles technologies, soulignant la nécessité de discriminer les outils réellement utiles de ceux qui ne sont que des effets de mode. La recherche en médecine générale doit explorer non seulement les bénéfices thérapeutiques innovants mais également se concentrer sur les interventions non pharmacologiques et questionner les pratiques de déprescription.

L'organisation de la garde

Le Dr Guy Delrée, président de la FAGW, était présent pour poser des questions sur l'organisation de la garde, "un élément crucial de la continuité des soins". Il a posé les défis de la garde de nuit, qui "impacte les performances professionnelles des médecins les jours qui suivent les nuits noires".

Le Dr Frappé suggère que l'organisation territoriale, telle qu'implémentée en France via les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), pourrait offrir des pistes de solutions en Wallonie. "Ces structures facilitent l'accès aux soins de manière coordonnée et intègrent différents professionnels de santé, ce qui allège la charge des médecins généralistes et maximise l'utilisation des ressources disponibles."

Vers un nouveau paradigme de soins

Toutes ces réflexions signalent la nécessité d'un changement de paradigme en médecine générale. "Cela implique non seulement d'adapter les pratiques médicales à des contextes évolutifs mais surtout de renforcer la collaboration entre les professionnels de la santé", estime le Dr Frappé, qui n'est pas loin des réalités belges. Prônant un "nouveau contrat social" entre médecins généralistes et patients, il considère vital de "restaurer la confiance entre les praticiens et le système de santé pour relever efficacement ces défis".

"Gardons nos métiers avec le sens qui les distingue, relevons ces défis pour mériter la confiance de nos patients et pour garantir l'avenir de notre profession", conclut le médecin français. "La médecine générale doit évoluer sans renoncer à l'essentiel de sa mission."

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