La pénalisation des médecins ne résoudra pas le problème du chômage de longue durée

Le journal De Tijd, dans son édition du 1er mars 2025, consacre trois pages au phénomène du chômage de longue durée en Belgique. Le pays compte 526.000 chômeurs de longue durée, dont plus de 200.000 sont sans emploi depuis plus de dix ans. En 2023, les allocations versées à ces personnes ont atteint 11,7 milliards d'euros, dont 9,1 milliards pour celles en incapacité de travail depuis plus d'un an. Pour mettre ce chiffre en perspective, le budget total des soins médicaux pour l'ensemble des Belges en 2025 est estimé à 11,6 milliards d'euros pour 11,5 millions d'habitants (Par Stan Politis).
Face à ce problème, le ministre Frank Vandenbroucke propose une solution radicale : responsabiliser financièrement les médecins qui octroient des certificats d'incapacité de travail. Une "ligne de dénonciation" sera même mise en place pour que les employeurs puissent signaler les médecins jugés trop laxistes.
Le chômage de longue durée est ainsi réduit à un problème médical, pour lequel les médecins deviennent les boucs émissaires. Pourtant, les contrôles des médecins-conseils des mutuelles révèlent que plus de 90 % des certificats sont validés, ce qui remet en question la pertinence d'une pénalisation.
Une approche inadaptée
Des experts comme le Pr Bart Morlion (spécialiste en médecine de la douleur, KU Leuven) et le Pr Lode Godderis (médecin du travail, KU Leuven) distinguent deux phases dans la gestion du chômage de longue durée et des maladies chroniques :
Une phase aiguë, où le patient est suivi par son médecin traitant.
Une phase chronique, où la réintégration devient plus difficile.
Le véritable débat est politique et social, et non médical.
Une approche plus efficace consisterait à mettre en place deux équipes distinctes : une équipe médicale de phase aiguë et une équipe spécialisée en réintégration, composée de médecins du travail et d'experts en accompagnement vers l'emploi.
L'impact des politiques sociales
La question du chômage de longue durée ne relève pas uniquement des médecins. Elle est également liée à la politique sociale et économique du pays.
L'Inami assume deux missions : assurer des soins médicaux aux patients et corriger les inégalités sociales. Depuis 2014, la population bénéficiaire des aides a explosé, le nombre de patients sous intervention majorée passant de 900.000 à plus de 2,3 millions en 2026.
Selon Le Monde, la majorité des bénéficiaires d'allocations sociales souhaitent retrouver un emploi, mais sont souvent freinés par des contraintes structurelles (absence de solutions de garde, précarité familiale, charges d'aidants proches).
Une approche plus équilibrée
Une étude menée par Hanna Brock sur les jeunes patients atteints d'un cancer montre que 88,8 % d'entre eux ont pu retrouver un emploi, à condition d'aménager leur temps de travail (temps partiel, flexibilité, réintégration progressive). Le problème du chômage de longue durée ne peut donc être réduit à une simple question médicale. Il faut aussi tenir compte du contexte social et des réalités du marché du travail. Pénaliser les médecins reviendrait à sanctionner des policiers pour ne pas avoir dressé autant d'amendes que leurs collègues. En conclusion, le médecin traitant doit accompagner le patient vers la guérison, sans être entravé par des contraintes administratives. Le véritable débat est politique et social, et non médical.
Dr Stan Politis, président du GBS-VBS