Sous le sceau de la collaboration entre hommes et femmes

Une opinion du GBO à l'occasion de la Journée de la femme du 8 mars.
La vulnérabilité dans nos consultations, seulement une question de genre? Nous sommes inquiets pour nos patients et nos patientes les plus vulnérables. Nous savons que le genre peut être un facteur de vulnérabilité. (...) Le genre subit l'influence des mutations sociales, parfois défini en fonction de l'âge, du niveau d'instruction, de l'origine sociale, de la religion. Aujourd'hui encore, les femmes paient un lourd tribut à la "ségrégation" qui les touche. Une femme ayant des douleurs thoraciques a plus de risque de recevoir un anxiolytique qu'un homme dans les mêmes circonstances qui sera plus rapidement envoyé chez un cardiologue. (...)
- La place des femmes à l'université
Quand on parle de la place des femmes et des hommes à l'université, on évoque en général la proportion d'étudiants/étudiantes et de professeurs/professeures dans les filières scientifiques... Mais on oublie trop souvent de s'interroger sur le contenu même de l'enseignement. Quand on pose la question de l'excellence à l'université, pose-t-on la question de l'excellence à quoi? Le but n'est pas seulement d'intégrer les femmes et les minorités dans le cursus, mais aussi d'apprendre à voir avec des yeux nouveaux, de questionner la notion même de normes... Il est question surtout de tenir compte de toutes les formes d'intelligence: rationnelle, émotive, intrapersonnelle, interpersonnelle, existentielle... Si en Belgique la réussite des femmes à l'université est supérieure à celle des hommes depuis l'introduction de la mixité dans le secondaire, les femmes continuent à avoir un salaire moindre et une retraite inférieure du fait des maternités et d'un parcours professionnel plus incomplet.
- La place des femmes dans la pratique médicale
Assurer l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, n'est-ce qu'une revendication typiquement féminine ou, plus largement, cette revendication est-elle portée par tous les médecins, hommes et femmes, jeunes et vieux? Cet équilibre est une nécessité 'de santé publique' comme gage de qualité des soins, et pour promouvoir avec crédibilité l'équilibre des patients et de la société. (...) Nous savons aussi que l'équilibre individuel des médecins est en forte interaction avec d'autres équilibres plus collectifs dans l'organisation du système des soins de santé, dans les modes de financements des prestataires, dans l'organisation des pratiques.
- Entre interaction participative et fermeté directive
Certaines études relèvent que les femmes se focalisent plus que leurs confrères masculins sur la prévention, l'information et l'éducation à la santé... Mais l'université a trop peu développé la formation à ces trois pôles. Ces mêmes études révèlent que le mode de relation patient/soignant développant "l'interaction participative" est plus typiquement féminin. Or, ouvrir la porte à la participation demande une maîtrise plus approfondie de la relation: les études universitaires ont là aussi trop peu développé l'apprentissage à cette relation. Et sans formation suffisante, ce mode de relation est plus difficile à assumer, et la souffrance du soignant menace plus volontiers. Est-ce une des raisons des départs prématurés de la profession chez les femmes? Trouver un équilibre entre féminité et masculinité dans nos attitudes thérapeutiques a toute sa pertinence, entre interaction participative et fermeté directive, entre souci de l'individu et souci du collectif.

- Former des médecins "universels", mission de l'université
Les médecins doivent être formés à accueillir tous les patients et patientes, et leur garantir une approche compétente scientifiquement, subtile, respectueuse, compréhensive, tolérante, juste. Pour éviter que ne s'installent des lieux où l'homme consulte le praticien homme, la femme la femme, le LGBTQIA+ le LGBTQIA+, le musulman le musulman, ce qui risque d'appauvrir le nécessaire questionnement social et sociétal dans nos contacts thérapeutiques. S'ouvrir aux particularités de chacun sans l'enfermer dans sa culture, son genre, son sexe, sa religion lui permet de créer des passerelles entre les différents aspects de sa personnalité, de concilier les différents pôles de son histoire tissée de mélanges et de contradictions.
- "Le féminisme au masculin"
L'évolution des rapports entre médecins et patients/patientes s'est effectuée par leur mise en question philosophique, politique, sociale et éthique. Les médecins tentent aujourd'hui de se positionner plus volontiers en tant que partenaires (...). Ce changement d'attitude n'est pas un apanage féminin. Les hommes ont contribué à cette évolution. Je pense que les mises en question du rapport dominant de la médecine ne doivent pas se faire dans une logique de genre. Et les femmes auraient tort de se priver des apports masculins comme les hommes ont pu le faire pendant des siècles avec les femmes.
Dans son livre sur "Le féminisme au masculin", Benoîte Groult rend hommage aux hommes qui comme Nicolas de Condorcet, Stuart Mill ou Fourier, ont eu la liberté de pensée et la force de dénoncer la prétendue infériorité de la femme comme le résultat d'un abus de pouvoir. (...)
- L'installation progressive des femmes médecins dans un système pénurique de soins
Nous héritons d'un système de soins de santé ayant valorisé la technologie au détriment de la réflexion intellectuelle et de la relation, l'hôpital comme lieu privilégié des soins au détriment de la pratique généraliste, la spécialisation des praticiens au détriment des visions globales spécifiques aux soins primaires, l'acte curatif au détriment de l'acte préventif, où a été trop peu organisée la collaboration entre prestataires des différentes lignes de soins. C'est dans ce contexte qu'apparaissent certaines pénuries, préjudiciables à la qualité des soins et préjudiciables aux femmes sur qui le métier va reposer principalement, vu leur nombre croissant dans l'exercice de la médecine générale.
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