Cloués au pilori des réseaux sociaux

Une autre forme d'animosité envers le corps médical tend à progresser: l'agression ad hominem sur internet, avec le dénigrement - parfois violent - de médecins dont le nom est jeté en pâture sur les réseaux sociaux.
Ces attaques gratuites sont délétères pour la réputation du médecin, sa patientèle, mais aussi son équilibre psychologique. Les motifs sont identiques à ceux de la violence non virtuelle: un refus de certificat (23%) ou, dans nos sociétés où l'immédiateté fait loi, un long délai en salle d'attente (10%): "Le patient est devenu un impatient", scande le Pr Christian Mélot, vice-président de l'Ordre. Qui précise que depuis l'été dernier, le formulaire en ligne de signalement des agressions a fait peau neuve, sur base de son cousin européen, et comporte un item "atteinte à l'e-réputation". Le bashing médical sévit aussi lors de faits graves comme un décès, où une famille traite un médecin "d'assassin" sur Facebook suite à des soins palliatifs qu'elle qualifie "d'euthanasie"...
Pourquoi tant de haine? À cause d'une tendance générale à la désinhibition qui rend nos sociétés plus agressives (et la géopolitique actuelle, anxiogène, exacerbe la véhémence), avec des internautes qui se sentent intouchables derrière leur écran. Sauf que le crime ne reste pas forcément impuni.
Ne vous laissez pas intimider!
Que pouvez-vous faire si vous êtes victime d'avanies sur le web? Commencez par recueuillir des preuves avec des captures d'écran que vous pouvez faire constater par huissier. "Nous conseillons ensuite d'écrire à l'agresseur quand on le connaît - ce qui est assez souvent le cas. Demandez-lui de retirer sa publication, faute de quoi vous porterez plainte. Cela fonctionne assez bien", nous assure un médecin de Médecins en difficulté. "Sinon, portez plainte à la police, voire allez jusqu'en justice." Peur d'éventuelles représailles? La réalité montre que l'agresseur, une fois auditionné par la police, se tient souvent à carreau.
Signaler l'agression à l'Ordre et à la police permet de déposer une partie de son fardeau émotionnel (et d'en laisser une trace officielle). Par ailleurs, les plaintes constituent le seul moyen d'arriver à quantifier, à terme, la réalité de terrain et donc d'avoir une 'arme' pour négocier des solutions à mettre en place avec la police et le ministère de l'Intérieur. Pour rappel, selon Benoît Dejemeppe, président du Conseil national de l'Ordre des médecins, ancien procureur du Roi et conseiller à la Cour de cassation, on estime, dans la population générale, que moins d'une victime sur dix porte plainte. Le nombre réel d'agressions physiques envers la profession médicale avoisinerait dès lors plus de 3.000 par an, soit près de dix chaque jour... Ne vous taisez donc plus.
Sous la législature précédente, les peines pour les délits de violence envers les professionnels de la santé ont été alourdies, rappelle le cabinet du ministre Frank Vandenbroucke. "L'étape suivante est de contrôler que ce durcissement est effectif sur le terrain, cela relève du ministre de la Justice." Nous avons posé la question au cabinet Verlinden, mais nous n'avions pas reçu de réponse à l'heure de boucler cette édition.
De son côté, le ministre régional de la Santé confirme que "les violences à l'encontre des soignants sont une réalité préoccupante. Les soins prodigués ne peuvent s'exercer pleinement que dans un cadre sécurisé et serein." Yves Coppieters rappelle quelques solutions déjà en place, comme les formations de gestion de l'agressivité de Fe-bi.org et les services spécialisés de type 'Mass'. "La sécurité du personnel soignant est un enjeu primordial et une question centrale qui pourrait être approfondie, avec les acteurs de terrain, dans le cadre de la réforme de la première ligne de soins, afin d'identifier des solutions adaptées aux réalités de chaque territoire, en mettant l'accent sur la prévention des comportements violents et/ou insécurisants."