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Les syndicats posent leurs garde-fous

Mobilisation inédite sur les réseaux, réunions tendues et main tendue du ministre : pour Gilbert Bejjani (Absym-Bruxelles) et Lawrence Cuvelier (GBO), l’avant-projet de réforme Santé marque un tournant. Ils avertissent : sans propositions concrètes du terrain, « le politique imposera ses règles ».

Laurent Zanella & Nicolas de Pape - 17 juin 2025

Lawrence Cuvelier
Lawrence Cuvelier © CV

L’avant-projet de loi-cadre n’a pas seulement animé les réseaux sociaux, il a déclenché une réaction importante. « Le signal est grave. Il fallait que le ministre entende cela », réagit le Dr Gilbert Bejjani (Absym-Bruxelles) après la réunion des syndicats médicaux au cabinet Vandenbroucke.

Pour le président de l’Absym-Bruxelles, cette mobilisation numérique traduit une potentielle rupture : « C’est l’ouvrier qui lâche ses outils et descend dans la rue. Aujourd’hui, la rue, ce sont les réseaux. C’est une forme moderne de manifestation. Et c’est ce message-là que nous, en tant que syndicats médicaux, avons voulu faire passer au ministre : ce genre de mobilisation rend la grève possible. Et cela signifie que le ministre perd la main. »

Propositions et lignes rouges

Les syndicats reconnaissent aussi leurs propres blocages internes. Le Dr Bejjani l’admet : « Moi, je n’ai pas signé de pétitions. Mais j’en comprends l’utilité. Elles ont permis de faire passer un message politique : ‘Attention, Monsieur le ministre, vous allez trop loin.’ Et sa réponse a été claire : ‘Où sont vos propositions concrètes ?’ Et sur ce point, je reconnais qu’à l’Absym, nous avons parfois adopté une posture de refus systématique. »

De son côté, Lawrence Cuvelier, président du GBO, salue une discussion « ouverte, constructive » mais reste lucide : « Ce qu’on a souligné d’entrée de jeu, c’est qu’il y a une inquiétude réelle chez les médecins généralistes. On le sent, on le perçoit tous les jours dans les appels, les retours de terrain. L’avantage, c’est que les syndicats ont pu mettre ces inquiétudes sur la table. »

Pour le Dr Bejjani, la crispation sur les numéros Inami et les suppléments reste le cœur du malaise. Même si le ministre a clarifié certains points. À commencer par les numéros Inami. « L’idée est d’éviter qu’un médecin qui est sanctionné (par un retrait de visa) puisse continuer à pratiquer en dehors du système. En ce qui concerne les suppléments, le ministre a fixé l’entrée en vigueur de cette disposition au 1er janvier 2028, justement pour qu’elle soit appliquée après les grandes réformes de la nomenclature. Et c’est là que se cristallise l’inquiétude du corps médical : il n’est pas normal de fixer une date sans la conditionner à la fin des réformes. »

Gilbert Bejjani
Gilbert Bejjani © DR

De son côté, le Dr Cuvelier insiste sur la nécessité d’éviter un effet boomerang sur le conventionnement : « Le ministre veut aller vers un système plus homogène, voire supprimer le conventionnement partiel. Pour nous, il faut au minimum maintenir une certaine souplesse. Par exemple, des médecins qui sont conventionnés dans leur institution de travail mais qui ne le sont pas en dehors doivent pouvoir garder cette possibilité. L’enjeu, c’est que les règles soient claires et respectées. »

Éviter l’immobilisme

La balle était, jusqu'au 20 juin, dans le camp des syndicats : « Pour moi, le message du ministre était une tentative de reprise en main. Il est venu dire : ‘Je tends la main, à vous de faire des propositions.’ », exprime Gilbert Bejjani. « Le ministre nous a donné jusqu’au 20 juin pour faire des propositions. À nous maintenant de saisir cette chance. » 

Qu'en est-il sorti? Impossible de le prédire à l'heure d'écrire ces lignes. Mais Gilbert Bejjani prévenait, en conclusion: « Le vrai danger, c’est l’immobilisme. À force de ne rien proposer, le politique finit par imposer ses règles. Et ensuite, on lui reproche son autoritarisme. Ce schéma-là, il faut en sortir. Le monde bouge. La médecine aussi. Si nous ne voulons pas subir les réformes, il faut les co-construire. Maintenant. »

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