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Vandenbroucke veut recadrer le financement hospitalier

Dans un entretien exclusif, Frank Vandenbroucke explique comment il compte mieux encadrer le budget santé et plafonner les suppléments d’honoraires.

Filip Ceulemans & Erik Derycke - 17 juin 2025

Frank Vandenbroucke

JM Hospitals : L’avant-projet entend modifier la manière dont le budget des soins de santé est élaboré. Une nouveauté à cet égard est la « lettre de mission » que le gouvernement pourra envoyer, en juillet, au Comité de l’assurance et au Conseil général de l’Inami. Quelle est l’idée derrière cette lettre de mission ?

Frank Vandenbroucke : Mes collègues du MR et de la N-VA veulent plus d’implication politique dans l’élaboration du budget. Le MR voulait même se débarrasser du modèle de concertation et laisser le gouvernement fixer seul le budget.

Je comprends ce souhait mais je veux que le processus reste à l’intérieur de l’Inami. Je considère le politique comme un partenaire qui fixe le cadre général et réfléchit aux grands objectifs, mais qui ne remplace pas les acteurs.

Nous avons trouvé un compromis : la lettre de mission, qui indique les grandes lignes que la concertation doit intégrer. Je salue le travail de la Commission des objectifs de soins de santé dirigée par Erik Schokkaert, qui a formulé des priorités basées sur l’évidence scientifique et sur des experts du terrain, en dehors de la politique mais aussi un peu en dehors de la concertation traditionnelle. Et le Conseil général l’a repris.

Le débat budgétaire doit partir des acteurs eux-mêmes. Nous risquons un dépassement très important en 2026. Il faut l’éviter. Tous – Conseil général, Comité de l’assurance, organisations médicales et industrie pharmaceutique – doivent s’y atteler. Sinon, nous financerons de l’inefficacité. 

L’avant-projet de loi-cadre impose un plafond aux suppléments d’honoraires : maximum 125 % pour les patients admis à l’hôpital, 25 % pour les autres patients. La plus récente étude MAHA a mis en évidence la situation financière précaire de la plupart des hôpitaux. En limitant les suppléments d’honoraires – et donc les prélèvements que perçoivent les hôpitaux – ne les poussez-vous pas dans le rouge ?

Selon nos calculs, basés sur MAHA et d’autres échantillons, les prélèvements sur les suppléments d’honoraires représentent, en médiane, 1,15 % du financement hospitalier. J’ai lu dans les médias que les suppléments représenteraient 35 % du financement hospitalier, mais cela n’a ni queue ni tête. 1,15 %, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus insurmontable.

Plus fondamentalement : nous voulons mettre fin à tout ce système de financement dual, dans lequel les hôpitaux dépendent des prélèvements. Il faut financer correctement les hôpitaux sur la base des besoins des patients qui y séjournent. Et il faut rémunérer correctement les médecins pour le travail professionnel qu’ils accomplissent via un “honoraire pur”.

Aujourd’hui, grâce aux prélèvements, les médecins ont leur mot à dire dans la gestion des hôpitaux. Ne risquent-ils pas de perdre leur influence avec la réforme du financement hospitalier ?

C’est pour cela qu’il faut aussi revoir la gouvernance des hôpitaux. Il faut parvenir à une véritable co-gouvernance, dans laquelle les médecins ont effectivement voix au chapitre. Heureusement, la relation entre les médecins et la direction hospitalière est bonne dans de nombreux hôpitaux, mais un système basé sur la négociation des prélèvements est en fait un modèle conflictuel.

Ce dossier n’a-t-il pas aussi une dimension communautaire ? Les suppléments d’honoraires les plus élevés sont demandés dans les hôpitaux bruxellois et certains hôpitaux wallons.

On peut alors se demander comment ces hôpitaux sont gérés. S’ils ont besoin de tels suppléments, ils ne sont peut-être pas gérés de manière très efficiente.

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