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Suite de la couverture

Rebond, un futur centre dédié à la préhabilitation au CHU de Liège

préhabilitation CHU Liège
© CHU de Liège

L’Institut de Cancérologie Arsène Burny (ICAB) au sein du CHU de Liège ouvrira, en juin prochain, un nouveau centre axé sur la préhabilitation des patients après un diagnostic de cancer. Très symboliquement baptisé « Rebond », il permettra, après la sidération de l’annonce du diagnostic, de rebondir grâce, notamment, à une activité physique encadrée et sur mesure, désormais intégrée au parcours de soins oncologiques.

Dans le cadre de la 4e édition de MedICAB (lire en couverture), la Dre Catherine Loly, présidente du Conseil de gouvernance de l’Institut de Cancérologie, a présenté le projet « liaison 2.0 », qui décline plusieurs nouveautés pour faciliter l’accessibilité du patient, mais aussi celle des médecins généralistes de la première ligne.

La médecin gastroentérologue a entamé sa présentation par un sourire, en se faisant l'écho d'une remarque des patients à laquelle sont rompus les médecins qui connaissent bien le (vaste) CHU et son (tout aussi grand) Institut de Cancérologie : « On y marche beaucoup, Docteur ! » Eh bien, bonne nouvelle : le parking au pied de l’hôpital (P113), naguère uniquement réservé aux patients en chimiothérapie et radiothérapie, est désormais ouvert à tous les patients oncologiques. Quelques (kilo)mètres de gagné, donc !

Par ailleurs, le CHU de Liège mettra bientôt en ligne un formulaire dit « contact patient », qui permettra aux médecins extrahospitaliers de demander une première consultation ou un second avis, avec réponse assurée dans les 24 heures. Côté patients, un call center accessible via un numéro unique leur épargnera désormais d’égrener une litanie de numéros médicaux.

Autre nouveauté à destination des médecins généralistes, « R-Doc », une réunion multidisciplinaire de gestion des douleurs oncologiques complexes pendant ou après traitement, à laquelle ils peuvent désormais participer (même pour les patients non suivis au CHU, inscription via email). Rendez-vous un vendredi par mois sur le temps de midi, en présentiel ou via Teams.

La préhabilitation, maillon manquant au cœur des soins d'excellence

En juin dernier, une étude scientique très intéressante faisait une sortie assez retentissante dans le New England Journal of Medicine (NEJM), a rappelé la Dre Catherine Loly. Cet essai (CHALLENGE) randomisé de phase 3 mené dans 55 centres (889 patients) montrait pour la première fois une nette amélioration de la survie sans récidive après résection dans le cancer du côlon, grâce à un programme d’activité physique encadré.

De plus en plus d’études soulignent l’intérêt de la préhabilitation, déjà documentée en préchirurgie (lire infra), en oncologie. Le CHU de Liège a décidé de se lancer à son tour, « pour suivre la mouvance » se réjouit Catherine Loly, et annonce l’ouverture, en juin prochain, du Centre Rebond, qui s’installera à l’entrée de l’ICAB. « En collaboration avec le service de médecine physique du Pr Jean-François Kaux, un coaching personnalisé sera proposé aux patients oncologiques, sur base de séances prescrites par les physiothérapeutes. »

Mais que recouvre au juste le concept émergent de ‘préhabilitation’ ? « L'idée est de proposer à tout patient, dès l'annonce d’un diagnostic de cancer, d'entamer une activité physique personnalisée, supervisée par un kinésithérapeute formé, et ce, jusqu'à l'entame de son premier traitement », détaille Léonore Jodogne, kinésithérapeute indépendante au CHU de Liège. Cette doctorante, assistante à l'Université de Liège, prépare une thèse sur l’intégration précoce de l’activité physique dans le parcours de soins oncologiques.

Léonore Jodogne« On ne connait jamais le temps exact dont on dispose, mais pendant ces quelques semaines, on peut avoir un impact sur les capacités physiques, et psychologiques, du patient oncologique. » - Léonore Jodogne

« Ce premier traitement peut être chirurgical ou médicamenteux », poursuit Mme Jodogne. « On ne connait jamais le temps exact dont on dispose, mais pendant ces quelques semaines, on peut avoir un impact sur les capacités physiques, et psychologiques, du patient. »

La période qui suit l’annonce d’un cancer est évidemment compliquée, marquée à la fois par le choc du diagnostic et l’incertitude face à l’avenir. « Le patient reçoit l'information de manière très passive; entamer une activité physique lui permet de passer à une posture plus 'proactive', dans un parcours de soins non plus uniquement centré sur les résultats médicaux. D'où le nom du Centre, qui s'appellera Rebond. »

Rebondir en agissant sur sa santé. « Ce message n’est pas culpabilisant », rassure Léonore Jodogne, « car il permet au patient, pendant le laps de temps où il attend sa chirurgie ou un traitement, d’avoir déjà un impact sur sa santé. Et ça, c’est très positif psychologiquement. »

150 minutes d'activité par semaine, au minimum

La préhabilitation est de plus en plus documentée dans la littérature. Pas mal d’études sont axées sur son intérêt avant chirurgie. En augmentant les capacités physiques du patient, on peut réduire les complications post-opératoires et améliorer la récupération. Et pour les traitements médicamenteux ? Le délai entre le diagnostic et une première chimiothérapie est parfois court... « Même si ce n'est qu’une à deux semaines, le patient aura entamé cette pratique d'activité physique dans l'idée de la poursuivre tout au long du trajet de soins », souligne la doctorante. La préhabilitation va utiliser cette période « creuse » pour encourager et installer, idéalement à long terme, une activité physique régulière qui, on le sait désormais, peut augmenter la tolérance au traitement, voire en potentialiser les effets.

Que le patient n'ait jamais fait de sport ou qu'il courre 10 km trois fois par semaine, la prise en charge sera toujours individualisée, en fonction de ses capacités et en commençant par un test à l'effort pour sécuriser l'entraînement. « Il ne faut pas risquer de le dégoûter avec un programme impossible et irréalisable, il faut qu'il se sente écouté et entendu », insiste Léonore Jodogne. « Les recommandations actuelles en matière d'activité physique pendant les traitements oncologiques sont de pratiquer 150 minutes par semaine minimum, en scindant en 30 minutes cinq fois par semaine, par exemple. »

Ne risque-t-on pas de se heurter à une réaction de rejet du patient, encore sidéré par l'annonce du diagnostic ? De se prendre une fin de non-recevoir, en mode ‘‘Docteur, vous ne croyez pas que j'ai autre chose à faire que d'aller faire du sport ?’’ « Peut-être », acquiesce Mme Jodogne, « mais la littérature montre que lorsque l'oncologue ou le médecin traitant explique bien à son patient, de manière positive, que pratiquer une activité physique peut avoir de nombreux impacts positifs pour lui, il a tendance à suivre son avis pour mettre toutes les choses de son côté. »

Le médecin généraliste a donc, à nouveau, un rôle majeur à jouer au cœur de cette nouvelle étape de soins complémentaire aux traitements médico-chirurgicaux.

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Écrit par Cécile Vrayenne29 janvier 2026

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