L’Hôpital Citadelle lance la télé-expertise Omnidoc en cardiologie
Le service de cardiologie de l’Hôpital Citadelle (Liège) est le premier en Belgique, dans cette spécialité, à déployer la plateforme de télé-expertise médicale 'Omnidoc'. Objectif : faciliter les échanges entre médecins et accélérer les prises de décisions complexes pour, au final, améliorer la prise en charge des patients cardiaques.
Obtenir un second avis spécialisé lorsqu’on est confronté à un cas complexe, en l'occurrence en cardiologie, peut prendre du temps... Appels téléphoniques, échanges d'e-mails, consultations et déplacements, examens envoyés à part, délais parfois incompatibles avec l’urgence de la pathologie (et l’anxiété du patient...).
Pour répondre à ces enjeux, le service de cardiologie de l’Hôpital Citadelle vient de mettre en place 'Omnidoc'. Cette plateforme de télé-expertise médicale permet des échanges rapides, sécurisés et structurés entre médecins. Mais comment ça fonctionne, concrètement ? Explications avec le Dr Pierre Troisfontaines, chef du service de cardiologie de la Citadelle, à l’initiative de cette nouveauté.
Le journal du Médecin: Comment fonctionne Omnidoc ?
Dr Pierre Troisfontaines : La plateforme est, dans sa première phase, ouverte aux cardiologues de la partie francophone du pays. Seul un médecin avec un numéro INAMI peut l’utiliser. Il s’y connecte, via un système de double authentification pour assurer la sécurité des données, pour nous demander un avis sur un cas précis. Le confrère requérant peut nous envoyer des documents de façon sécurisée, cryptée, de telle manière que la société qui met la plateforme à disposition n'a pas accès aux données sensibles - c'est la grosse différence par rapport à un e-mail ou des échanges d’électrocardiogramme ou d’échographie via WhatsApp, ce qui est la réalité dans pas mal de d'hôpitaux et est clairement en infraction avec le RGPD ! Ici, les données ne restent que le temps de l’échange, et seuls les cliniciens y ont accès. Pas de risques de données sensibles qui partent aux États-Unis comme avec une adresse Gmail.
Un exemple de « second avis » ?
Une valvulopathie complexe qui nécessite une intervention soit percutanée, soit chirurgicale. Le cas sera discuté en réunion pluridisciplinaire médico-chirurgicale (Heart Team). Notre équipe pourra regarder les rapports, les échocardiographies via la plateforme Omnidoc, et rédigera une note que le médecin requérant se verra notifier via mail et qu’il pourra récupérer en se connectant sur la plateforme. Ce compte-rendu indique nominativement les personnes qui ont participé à notre réunion pluridisciplinaire. Si c'est un avis demandé à un rythmologue par exemple, l’avis apparaîtra avec le nom du médecin, les éléments sur lequel il s'est basé pour sa décision, et ce document pourra être joint au DMI.
Cela ne remplace pas une consultation ?
Non, mais ça permet un gain de temps substantiel pour avancer sur la mise au point d'un patient. Par exemple, en cas de demande d’avis sur un cas avec un tracé électrocardiographique ou un tracé d’un Holter de rythme, l'ensemble des rythmologues va pouvoir statuer et proposer un traitement, une procédure d'électrophysiologie ou l'implantation d'un pacemaker...
« On optimalise la qualité des consultations en faisant en sorte que le patient soit vu par la bonne personne, dans le bon timing. »
- Dr Pierre Troisfontaines
On gagne non seulement des étapes, mais aussi en qualité et en efficience. Lors de nos réunions avec les chirurgiens cardiaques, les cardiologues interventionnels et les échographistes, on nous réfère parfois des cas sans disposer de tous les éléments, ce qui entraîne des retards et pertes de temps... Via la plateforme, un cardiologue extérieur peut nous envoyer de façon sécurisée, en bonne qualité, toutes les boucles des échographies, les électrocardiogrammes... À la fin de notre réunion, on pourra lui transmettre un avis argumenté : “Le cas de votre patient a été vu, la décision est la suivante...”
Est-ce gratuit ?
La société qui gère la plateforme nous a contactés car elle avait constaté notre intérêt pour l'innovation. Par ailleurs, je connais des centres français, comme les CHU de Rennes et de Rouen, où cette solution est déjà bien utilisée. Nous avons fait des tests en interne, la direction de l’hôpital et notre délégué à la protection des données ont vérifié la sécurité et les normes de certification. Aujourd’hui, l’outil est mis gratuitement à disposition, la société Omnidoc a des discussions avec l'INAMI en parallèle sur un possible remboursement.
L’outil permet de renforcer les collaborations entre médecins hospitaliers, médecins en cabinet privé et entre institutions. Exemple avec notre centre de référence pour l'amylose cardiaque : si l’on reçoit le rapport, la scintigraphie osseuse, l'échographie, l'électrocardiogramme d’un patient, on peut décider des examens préalables à effectuer et, quand on le verra en consultation, on pourra accélérer la prise en charge et la mise à disposition du médicament remboursé. C’est un important gain de temps et d’efficience pour le patient. Dans un deuxième temps, l'objectif sera de pouvoir élargir l'offre à la première ligne, par exemple quand un médecin généraliste voudra un avis à propos d’un électrocardiogramme ou un cas clinique complexe.
« On optimalise la qualité des consultations en faisant en sorte que le patient soit vu par la bonne personne, dans le bon timing. »