Intelligence artificielle
OpenEvidence, l’outsider
Citée par diverses sources médicales influentes et concordantes dans notre pays, utilisée par plus de 40 % des médecins américains, intégrée dans plus de 10.000 établissements hospitaliers et totalisant à l’heure actuelle 18 millions de consultations mensuelles, OpenEvidence s'est rapidement imposée comme une plateforme médicale d'intelligence artificielle de référence aux États-Unis, et le devient chez nous.
Dr Carl Vanwelde
Bien plus qu'une simple banque de données telle que l’inamovible PubMed, OpenEvidence ne joue pas non plus dans la même cour que les chatbox grand public telles que ChatGPT ou CoPilot : pas de consultations ni de conseils psy, pas de photomontages amusants ni de créations vidéo surprenantes, pas d’aide à la rédaction de discours pour anniversaire ou pot de départ.
Ni ChatGPT ni Pubmed
Créée en 2023 par Daniel Nadler (MIT et Harvard) et Zachary Ziegler (Harvard), OpenEvidence se positionne uniquement comme un assistant clinique de recherche et de synthèse de références issues de sources médicales validées par la communauté scientifique : le New England Journal of Medicine, le réseau JAMA, le NCCN® (National Comprehensive Cancer Networket), la Mayo Clinic Platform Accelerate et d'autres revues evidence-based. La plateforme fonctionne en circuit fermé, éliminant les réponses provenant du web générique qui pourraient contenir des biais ou des informations douteuses, ces nombreuses « hallucinations » redoutées par les scientifiques, de plus en plus fréquentes sur les fenêtres conversationnelles grand public en raison d’une utilisation débridée des outils de création de textes, d’images et de vidéos de fantaisie. Chaque réponse fournie par OpenEvidence est accompagnée d’une citation des sources scientifiques qui la soutiennent. Le médecin peut donc tracer l'origine de chaque affirmation, vérifiant lui-même la validité de la recommandation.
Couvrant plus de 160 spécialités médicales et environ 1.000 pathologies, la plateforme permet de poser des questions diagnostiques, thérapeutiques, épidémiologiques ou organisationnelles. Lors de chaque interrogation, l’assistant IA permet d’identifier le choix thérapeutique le plus approprié, les interactions médicamenteuses pertinentes, ou les protocoles les plus récents.
Un accès sécurisé et un modèle financier innovant
Répondant aux craintes d’intégration de données confidentielles dans le corpus des grands moteurs d’IA, l'accès à OpenEvidence est en principe réservé aux seuls professionnels de santé attestés (mais les critères pour prouver ce statut ne sont guère exigeants). Cette approche rejette catégoriquement le modèle « accessible à tous » des outils IA génériques. Respectant les exigences réglementaires en matière de protection des données, cruciales en Belgique et dans l’Union européenne, le système traite les renseignements introduits de manière confidentielle et sécurisée , ne stockant jamais les données cliniques personnelles des patients.
« La plateforme fonctionne en circuit fermé, éliminant les réponses provenant du web générique qui pourraient contenir des biais ou des informations douteuses. »
La plateforme offre un accès gratuit pour les professionnels de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens, etc.). Cette décision stratégique supprime une barrière économique majeure, argument de poids face à son principal concurrent UpToDate dont l’utilisation annuelle est payante, de l’ordre de 500 euros par médecin et par an. OpenEvidence finance cette gratuité par un modèle innovant où les revenus proviennent de partenariats institutionnels tels les hôpitaux, les établissements de santé et les associations médicales professionnelles.
Un outsider pour UpToDate
OpenEvidence se positionne ainsi comme un redoutable outsider pour UpToDate, considéré jusqu’ici comme l’ assistant clinique de recherche et de synthèse de référence par les experts. Le contenu d’UpToDate est supervisé par des experts humains, structuré en chapitres (physiopathologie, diagnostic, traitement, suivi, aspects pratiques), avec une relecture éditoriale systématique. Plus de 100 études indépendantes ont démontré les bénéfices de son usage, le corrélant à une réduction de la mortalité hospitalière, de la durée de séjour et des erreurs diagnostiques, ce qui en fait l’un des rares outils d’aide à la décision avec un impact clinique documenté. Associant arbres décisionnels, schémas, fiches patient, recommandations d’ajustement de posologie, l’outil couvre de manière exhaustive tout le parcours de soins. À relever néanmoins, une actualisation légèrement ralentie entre la parution d'une étude majeure et son intégration, inconvénient lié à la relecture humaine, mais qui en accroît la fiabilité. Intégré dans les hôpitaux et structures d’enseignement via des licences institutionnelles, il ne permet un accès sans coût individuel qu’aux médecins qui en font partie.
Ousider dans le domaine, OpenEvidence ne manque néanmoins pas d’atouts par une complémentarité évidente avec UpToDate et par une extrême souplesse d’utilisation en situation clinique face au patient. Permettant une interrogation en langage naturel (français ou anglais) à partir d’un cas clinique complet, avec des réponses contextuelles, l’outil se comportera comme un résident virtuel expérimenté, disponible en permanence et offrant une aide quasi instantanée. Face à cela, UpToDate restera le professeur émérite fiable, exhaustif, un peu plus lent à la détente mais délivrant ensuite une réponse plus encyclopédique, exhaustive, illustrée, validée et référencée.
Sans être déterminant, le coût d’utilisation des deux programmes demeure un argument pour OpenEvidence. Actuellement gratuit pour les cliniciens vérifiés, cela pourrait faire pencher la balance en sa faveur auprès de praticiens solo ou de petites structures.
Combat de chefs ou coexistence pacifique ?
L’issue de cette compétition n’est pas pliée, tant les profils des deux outils se complètent. En pratique, un usage combiné se révèle souvent pertinent : OpenEvidence pour une question rapide en consultation, UpToDate pour valider une décision, rédiger un article scientifique ou un protocole argumenté, moyennant une moindre fluidité si le programme est interrogé en langage naturel pour une problématique clinique à forte composante contextuelle.
Outil encore jeune, d’une efficacité surprenante pour une synthèse IA, OpenEvidence ne dispose que de peu d’études quant à l'impact sur la morbi‑mortalité ou les erreurs de diagnostic, contrairement à son rival UpToDate. Les recherches déjà ciblées au préalable sur un titre, un auteur, une guideline officielle, une recommandation précise sont plus lentes et moins adaptée que ce que propose UpToDate, qui dispose en outre d’arbres décisionnels, de schémas et d'illustrations intégrés dans l'interface. L’absence d'images directement affichables limite par ailleurs pour l'instant l'usage d’OpenEvidence pour des questions de dermatologie, radiologie ou éducation du patient. Il est prévisible néanmoins que l’évolution extrêmement rapide de tous ces outils rende cette appréciation obsolète dans un avenir proche.
Un exercice pratique
« Une patiente de 85 ans vivant seule à son domicile et ne se déplaçant guère à l'extérieur présente des accès épisodiques de fibrillation auriculaire paroxystique avec une dilatation modérée de l'oreillette. Quels sont les critères d'anticoagulation par rapport à une abstention, et que conseiller comme anticoagulant ? »
Comparez les réponses fournies. La structure proposée par Perplexity Pro nous apparaît comme étant la plus proche de celle de UpToDate.
https://www.openevidence.com (gratuit sur inscription)
https://www.uptodate.com/login (uniquement sur accès payant)
https://www.perplexity.ai/pro (accès gratuit à la version professionnelles si usager Proximus)