Troubles de la concentration
On perd jusqu'à 5h par semaine à force d'être multisollicité
Un email, un message sur Teams, un WhatsApp, un appel téléphonique, un SMS, un collègue qui demande une info... Une étude Tempo-Team/KU Leuven montre qu'au boulot, nous sommes "perturbés" jusqu'à huit fois par jour en moyenne, ce qui trouble nos capacités cognitives, notamment de concentration. Et il nous faut en moyenne 7,5 minutes pour retrouver le fil de nos idées.
Vous avez l'impression que de plus en plus de vos patients - voire vos collègues autour de vous ou vous-même - se plaignent de troubles de la concentration, de perte du fil de leurs idées ou de "brouillard cérébral" ? Et si nos modes de vie professionnelle actuels étaient en cause ? Nous sommes en effet de plus en plus sollicités par les différents canaux de communication qui se sont multipliés ces dernières années.
Le multitasking, ou comment jongler entre les différentes sollicitations
Là où il n'y avait jadis que le passage d'un collègue au bureau qui sollicitait brièvement notre avis ou la sonnerie du téléphone (ou, pour les moins jeunes, le crépitement de l'arrivée d'un fax...), nous devons désormais également décliner boîte(s) emails, messagerie Teams ou appels Zoom, SMS et messages WhatsApp ou Messenger, pointeuse en ligne née avec le télétravail, applis et agents IA de productivité...
Un flux continu d'interruptions et de distractions qui découpent notre temps de travail en autant de pièces de puzzle qui exigent plusieurs minutes pour essayer de les rassembler. Et si ce multitasking (multitâches) était délétère pour notre cerveau?
Concentration et productivité mises à mal
Les interruptions, majoritairement dues aux flux numériques, font partie du quotidien professionnel. Une enquête de Tempo-Team en collaboration avec la Pre Anja Van den Broeck de la KU Leuven (département Work and Organisation Studies) révèle qu'en 2026, 43% des salariés éprouvent souvent des difficultés à se concentrer au bureau.
Avec huit "perturbations" par jour en moyenne et à raison de 7,5 minutes pour retrouver le fil de ses idées, le temps de travail ainsi perdu peut atteindre jusqu'à cinq heures par semaine. "Un constat d’autant plus marqué chez les jeunes actifs", souligne l'enquête, "la moitié des moins de 35 ans affirment en effet éprouver régulièrement des difficultés à se concentrer, contre 42% des 35-54 ans et 30% des plus de 55 ans."
78% des sondés estiment que le multitasking nuit à leur productivité.
On est nettement plus efficace lorsqu'on peut travailler sans interruption. Si 47% des sondés déclarent avoir du mal à se replonger dans le boulot après avoir été interrompus, plus de trois quarts estiment que le multitasking nuit à leur productivité.
Fatigue et stress
Cette hyperconnexion n'est pas sans risque: "L'utilisation des outils de communication numériques permet aux collègues de s'interpeller mutuellement à tout moment et en tout lieu", souligne la Pre Van den Broeck. "Le temps passé au bureau est largement consacré aux contacts sociaux mais même en télétravail, nous restons en permanence joignables via courriel, téléphone ou messagerie instantanée."
Et de poursuivre: "On veut rester coopératif, mais son propre travail en pâtit. Si cela se produit trop souvent, cela peut générer fatigue, stress et insatisfaction."
Chacun sa solution pour rester concentré
Chaque travailleur y va donc de sa petite solution perso pour essayer de garder ses neurones concentrés:
- 54% évitent parfois délibérément leurs e-mails et messages;
- 52% indiquent clairement lorsqu'ils ne veulent pas être dérangés;
- 47% se déconnectent parfois temporairement pendant les heures de travail afin d'avancer sur d'autres tâches;
- 18% utilisent un casque ou des écouteurs pour se couper des sources de distraction environnantes et mieux se concentrer.
Des règles claires peuvent aider, conseillent les responsables de ce sondage:
- Fixer des ‘golden hours’: des plages horaires fixes sans interruptions pour permettre le travail de fond;
- Prévoir des moments de concertation plutôt que des réunions improvisées;
- Clarifier les rôles/responsabilités pour limiter les sollicitations inutiles ou peu urgentes.
- Regrouper les questions pour ne les aborder qu'une fois;
- Essayer de trouver soi-même une solution avant de déranger les autres...