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Un nouveau marqueur précoce de la maladie de Parkinson ?

NEUROLOGIE - Une étude récente met en lumière une corrélation significative entre les altérations du sommeil paradoxal et le risque de développer la maladie de Parkinson.

Philippe Lambert - 21 mai 2026

sommeil cerveau ondesÀ l'échelle mondiale, la maladie de Parkinson, qui touche aujourd'hui quelque 40.000 personnes en Belgique, est la deuxième affection neurodégénérative la plus répandue. Sa prévalence est en constante progression. Selon les estimations, 8,5 millions de personnes en souffrent de nos jours, contre 2,5 millions en 1990. Et d'après certaines projections, le nombre de cas pourrait s'élever à plus de 25 millions en 2050.

Le vieillissement démographique est assurément la principale cause de cette véritable explosion, mais il ne fait pas cavalier seul dans la mesure où la maladie progresse plus vite que lui dans certaines régions du globe. Des facteurs environnementaux, telle l'exposition prolongée à des pesticides, à la pollution atmosphérique (particules fines), à divers solvants industriels ou à des métaux lourds sont également mis sur la sellette. Par ailleurs, une meilleure détection de la maladie contribue à la progression des chiffres.

Néanmoins, cette détection manque encore singulièrement de précocité, le diagnostic de la maladie de Parkinson n'étant généralement posé que lorsque des troubles moteurs se manifestent, c'est-à-dire à un moment où les lésions cérébrales caractéristiques de l'affection sont déjà très avancées. « La signature neuropathologique de la maladie de Parkinson consiste en des lésions visibles de la substance noire, noyau dopaminergique majeur intimement lié à la voie nigrostriée qui en constitue le prolongement direct sous la forme d'un faisceau d'axones », indique le Pr Gilles Vandewalle, directeur de recherche du FNRS et codirecteur du GIGA-CRC-Human Imaging de l'Université de Liège. « Ces lésions se présentent sous la forme d'inclusions intracellulaires d'alpha-synucléine connues sous le nom de corps de Lewy, ainsi que d'une perte neuronale. » Pour l'heure, le diagnostic de la maladie de Parkinson demeure surtout clinique car aucun examen supplémentaire, qu'il soit de laboratoire ou de neuro-imagerie, n'améliore réellement la prise en charge de l'affection.

Étude de corrélation

Les problèmes moteurs sont précédés de l'émergence de différents symptômes relatifs aux sphères de la cognition et du sommeil, lesquels pourraient permettre, selon la littérature, une détection bien plus précoce de la maladie.

« Le défi du développement de thérapies neuroprotectrices est accentué par l'étendue de la neurodégénérescence déjà présente au moment où les symptômes moteurs apparaissent et où le diagnostic est posé », souligne une équipe de neuroscientifiques de l'ULiège dans un article publié en mars 2026 [1]. Or, purement symptomatiques, les traitements pharmacologiques existants portent essentiellement sur les symptômes moteurs et sont incapables d'enrayer le processus neurodégénératif. Pour pouvoir nourrir l'espoir de prévenir, ou du moins de retarder, la phase symptomatique de la maladie via des stratégies neuroprotectrices efficaces, il s'avère primordial de réussir à en assurer une identification précoce.

C'est dans cette perspective que les auteurs de l'article susmentionné ont mené une étude de corrélation axée sur les liens entre la maladie de Parkinson, le sommeil et le risque génétique encouru par de potentiels futurs patients. La littérature a mis en exergue que certaines altérations du sommeil sont susceptibles d'être annonciatrices d'un risque accru de développer la maladie de Parkinson et d'autres, de développer la maladie d'Alzheimer. Il s'agit bien d'un risque et non d'une fatalité. Autrement dit, le regard se porte ici sur la maladie de Parkinson sporadique idiopathique, à l'exclusion des formes monogéniques, qui ne concernent que 3 à 5% des cas.

Le trouble idiopathique du comportement en sommeil paradoxal (RBD) touche généralement des individus de plus de 50 ans. Il se caractérise par une perte de l'atonie musculaire attendue dans cette phase de sommeil et par des mouvements vigoureux suggérant que les sujets vivent leurs rêves de façon intense. Il est établi que ce trouble prédit une maladie de Parkinson à l'horizon de 10 à 15 ans chez plus de 90% des personnes concernées. De surcroît, on sait qu'il existe une relation bidirectionnelle entre les altérations du sommeil et la neurodégénérescence, et que la maladie de Parkinson n'échappe pas à la règle. Dans ce cadre, sans doute faut-il mettre l'accent sur le système glymphatique qui, selon les études récentes, est une des clés de voûte, sinon la clé de voûte, de l'élimination des protéines neurotoxiques accumulées dans le système nerveux central au cours de l’éveil, dont en principe les protéines liées aux maladies neurodégénératives. Traditionnellement, la fonction glymphatique est associée au sommeil lent profond. « Cependant, il n'est pas exclu que le sommeil paradoxal (REM) puisse également jouer un rôle à ce niveau, mais ce n'est pas clair à l'heure actuelle. De même, ses liens avec les maladies neurodégénératives, en particulier avec la maladie de Parkinson, pourraient reposer sur d'autres processus physiologiques », rapporte Gilles Vandewalle.

Une association significative

Pour mener à bien leur étude sur la possibilité d'utiliser des altérations du sommeil paradoxal comme marqueur d'identification de la maladie de Parkinson à un stade présymptomatique et/ou comme marqueur d'un risque élevé d'en être atteint un jour, l'équipe du Pr Vandewalle a examiné l'association entre le score de risque polygénique (PRS) pour cette affection et la variabilité de l'électrophysiologie du sommeil REM chez 518 individus sains : 433 jeunes âgés de 18 à 31 ans et 85 adultes de 50 à 69 ans.

L'étude réalisée par les chercheurs de l'ULiège laisse entrevoir la possibilité d'une détection très précoce de la maladie de Parkinson par le biais de mesures quantitatives du sommeil.

En s'appuyant sur les études GWAS (Genome Wide Association Studies), les chercheurs ont pris en considération plusieurs millions de nucléotides et leurs variations dans la population, certaines d'entre elles étant associées à un risque légèrement accru de maladie de Parkinson et d'autres, à un risque légèrement diminué. Le rapport entre ces deux ensembles constitués respectivement des « microrisques » et des « microprotections » inhérents au patrimoine génétique d'un sujet fournit le PRS de ce dernier pour la maladie de Parkinson, en l'occurrence une évaluation de son risque génétique global de souffrir un jour de cette pathologie. Après prélèvement d'échantillons sanguins chez les 518 participants à l'expérience, l'analyse de l'ADN de chacun d'eux a permis d'évaluer sa prédisposition génétique à développer l'affection. Dans leur article, les neuroscientifiques de l'ULiège précisent que « le risque génétique pour la maladie de Parkinson résulte de l'effet synergique de nombreuses variantes communes à faible risque, en plus des influences environnementales ».

Récemment, des travaux ont montré une association entre le PRS pour la maladie de Parkinson et des troubles de l'odorat, des atteintes au niveau de l'intégrité structurelle de la rétine et des déficits cognitifs. Mais qu'en est-il des altérations du sommeil paradoxal ? Pour le savoir, Gilles Vandewalle et son équipe confrontèrent le PRS de chacun des participants à leurs recherches avec les enregistrements EEG de son sommeil. Résultat ? Une association significative entre, d'une part, le score de risque polygénique et, d'autre part, la durée du sommeil REM ainsi que son intensité dont l'« énergie thêta » (l'amplitude des ondes cérébrales oscillant entre 4 et 8 hertz) est la traduction.

Une différence majeure se dévoile cependant entre les caractéristiques du sommeil paradoxal des individus génétiquement à risque de maladie de Parkinson suivant qu'ils appartiennent au groupe des 18-31 ans ou à celui des 50-69 ans. Dans le premier groupe, on observe qu'un sommeil REM de plus longue durée et d'intensité plus forte va de pair avec un score plus élevé de risque polygénique. Il s'agit donc, chez ces sujets jeunes, d'un indice d'augmentation de la probabilité de se voir poser un jour le diagnostic de maladie de Parkinson. En revanche, chez les individus du second groupe, la corrélation change de sens. En effet, chez les seniors, c'est un sommeil paradoxal plus court et moins intense qui représente un facteur de risque accru par rapport à la maladie.

Radicaux libres et protéines alpha-synucléine

Une question brûle les lèvres. Pourquoi une telle inversion ? Aujourd'hui, la réponse demeure hypothétique. Deux explications potentielles, qui se réfèrent à des modifications intracérébrales, sont avancées. La première fait appel aux radicaux libres. « Le sommeil paradoxal », avancent les auteurs de l'article publié dans Annals of Neurology, « impose un métabolisme oxydatif élevé et une forte activité catécholaminergique [qui peut elle-même entraîner un stress oxydatif]. De petites structures du tronc cérébral, comme la substance noire et le locus coeruleus, sont particulièrement sensibles aux attaques oxydatives. Nous spéculons sur le fait que les jeunes individus ayant un haut PRS, qui est associé à une durée et une intensité de sommeil élevées, pourraient subir une altération plus rapide de ces structures, menant par la suite à une réduction progressive du sommeil paradoxal. »

La seconde hypothèse met en lumière une conséquence similaire, mais en se fondant cette fois sur l'accumulation de protéines alpha-synucléine. D'après le Pr Vandewalle, un sommeil paradoxal plus intense pourrait être annonciateur d'une activité cérébrale globale plus intense également, laquelle favoriserait la production et l'accumulation de telles protéines. « Nous suggérons que ces agrégats dans le locus coeruleus ou l'aire tegmentale ventrale contribuent à la réduction de la durée du sommeil et de l'énergie thêta observée chez les seniors », peut-on lire en outre dans l'article évoqué ci-dessus.

L'étude réalisée par les chercheurs de l'ULiège laisse entrevoir la possibilité d'une détection très précoce de la maladie de Parkinson par le biais de mesures quantitatives du sommeil. Elle entrouvre ainsi la perspective d'interventions thérapeutiques ciblées afin de retarder, voire de prévenir, la survenue de l'affection.

Référence
1. Puneet Talwar et al. Age-Related Differences in the Association between REM Sleep and the Polygenic Risk for Parkinson's Disease. Annals of Neurology, 2026;99(4):922-934. doi : 10.1002/ana.78112

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