Les pharmaciens hollandais font mieux que les vendeurs des drogueries
Voilà de quoi apporter de l'eau au moulin des ardents défenseurs de la place des médicaments en officine. Une étude néerlandaise a en effet démontré que les vendeurs des drogueries n'informent que très peu leurs clients sur les risques liés aux médicaments. Les pharmaciens obtiennent quant à eux un meilleur score, tout en accusant certaines lacunes.
Menée par l'Association néerlandaise de consommateurs- soit l'équivalent de notre Test-Achats national -, cette enquête poursuivait deux objectifs : d'abord mettre en lumière une différence éventuelle entre la manière dont les pharmaciens et les droguistes vendent de l'ibuprofène à leurs clients ; ensuite, déterminer dans quelle mesure ils contribuent à éviter des erreurs liées au mauvais usage des médicaments. Rappelons qu'aux Pays-Bas, les médicaments peuvent être classés dans trois catégories : ceux vendus uniquement en pharmacie, ceux vendus tant en pharmacie qu'en droguerie, et enfin ceux vendus dans n'importe quel lieu de vente.
Scénario du test
Pour cette enquête sur le terrain, le scénario établi mettait en scène un patient cardiaque prenant du carbasalate calcique et désireux d'acheter de l'ibuprofène en officine et en droguerie. Très fréquent aux Pays-Bas, le carbasalate calcique y est utilisé au même titre que nos acides acétylsalicylique et ascorbique. Les résultats de l'enquête indiquaient plusieurs tendances claires. Premier constat : 22 pharmaciens visités sur 30 demandaient spontanément à leur patient s'il prenait d'autres médicaments, contre seulement 3 droguistes sur 30. Autrement dit, presque trois patients sur dix en officine, et neuf sur dix en droguerie, auraient pu repartir avec des médicaments comportant un risque pour leur santé. Mais le scénario mis en place empêchait ce cas de figure. Le 'patient' posait en effet lui-même la question du risque éventuel d'interaction de cet ibuprofène avec son traitement actuel. Si nécessaire, il mentionnait ensuite qu'il était cardiaque.
Bien, mais peut mieux faire
Ces résultats dressent un premier bilan univoque : les drogueries affichent des scores plus que médiocres, contrairement aux pharmaciens qui décrochent de bien meilleures notes. Leur attitude davantage proactive peut notamment s'expliquer par le bon suivi du 'carnet de bord de l'officine', qui reprend les différents cas de figure au comptoir et les questions à poser. La suite du tableau est néanmoins moins positive pour les pharmaciens. Quand le client aiguille le droguiste par le biais de ses remarques et questions, seuls deux droguistes sur trente lui délivrent alors de l'ibuprofène. Du côté des pharmaciens, ils sont six - soit trois fois plus - à répondre favorablement à la demande du patient, et ce, malgré la présence démontrée d'interactions néfastes entre le carbasalate calcique et l'ibuprofène.
Justifications douteuses
Quand il s'agit de donner la raison du refus de délivrer de l'ibuprofène, un pharmacien sur trois fournit la bonne justification. Les autres pharmaciens avancent soit la survenue d'éventuels effets secondaires au niveau de l'estomac, soit une raison totalement incorrecte (les deux médicaments renforceraient réciproquement leur force d'action). Le pourcentage de ces mauvaises justifications est encore plus élevé dans le chef des droguistes.
Association de consommateurs
L'association de consommateurs estime que davantage d'attention devrait être accordée à ces interactions médicamenteuses et que le consommateur doit impérativement pouvoir faire confiance à son pharmacien et à son droguiste. L'association de pharmaciens néerlandais (KPMP) se dit quant à elle passablement satisfaite des résultats obtenus et attribue les erreurs de certains pharmaciens à un manque de connaissance des études récentes menées sur les interactions entre les deux médicaments. Le porte-parole des drogueries a pour sa part manifesté son enthousiasme par rapport au renvoi fréquent vers les médecins et pharmaciens et a estimé capital que les droguistes suivent également scrupuleusement leur propre 'carnet de bord' (fournissant de l'information pour répondre aux questions éventuelles du client).