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Quelle place pour l'homéopathie en milieu hospitalier ?

L'envisageant comme une aide thérapeutique et un complément au traitement allopathique, certains spécialistes ont recours à l'homéopathie dans leur service, afin d'améliorer la qualité de vie de leurs patients. Notamment en gynécologie, soit parce qu'il n'existe pas de médicaments allopathiques pour traiter les symptômes, soit parce que le médicament allopathique peut présenter des effets secondaires pour le fotus et la mère. Rencontre avec Marie-Claude Pierret, sage-femme en chef à la maternité du centre hospitalier des Ardennes à Libramont.

1 mars 2010

Comment en êtes-vous venue à utiliser l'homéopathie ?

Au départ, c'est un cheminement personnel et familial, avec des enfants en bas âge souffrant d'allergies. C'est un médecin qui pratiquait l'homéopathie et la pharmacienne de mon officine qui m'ont guidé vers ce choix. Le déclic ? L'allaitement. Je souhaitais apporter une solution aux problèmes des troubles de lactation : l'hypogalactie, les crevasses, les montées de lait douloureuses, pour lesquels les résultats avec l'allopathie n'étaient pas toujours satisfaisants ou bien contre-indiqués pendant l'allaitement. Depuis dix ans, l'équipe soignante s'est rendu compte que beaucoup de jeunes mamans sensibles à l'homéopathie arrivaient avec leurs tubes de granules qu'elles cachaient dans leur table de nuit. Après réflexion, l'équipe médicale s'est donc dit qu'il serait souhaitable de guider en intra-hospitalier ces patientes sensibles à l'approche homéopathique. D'où l'idée de former l'équipe.

Comment avez-vous procéder pour former le personnel soignant ?

Je pratique l'homéopathie depuis 15 ans, suite à une formation professionnelle ouverte aux sages-femmes. Plus récemment en accord avec les gynécologues de l'hôpital et avec l'aide d'un laboratoire homéopathique, nous avons organisé une formation dans l'institution avec le Dr Christelle Charvet, gynécologue-obstétricienne française qui pratique à Sainte-Colombe à Lyon. Les gynécologues ont pu suivre une conférence et les sages-femmes ont reçu deux jours de formation avec une orientation typiquement post-partum. L'équipe formée pouvait ainsi comprendre ma pratique homéopathique et être plus autonome face à la demande.

Comment s'est déroulée l'ouverture à l'homéopathie pour la pharmacie de l'hôpital ?

On ne pouvait plus demander aux pères d'aller acheter les tubes de granules à l'officine à chaque prescription. Avec l'accord de l'équipe médicale, il y a eu une intervention de la pharmacie avec la création d'un stock de base des remèdes les plus courants. Ils se font livrer par le grossiste répartiteur ou par le labo homéo en fonction de nos demandes.

Proposez-vous d'emblée l'homéopathie ou uniquement à la demande des patientes ?

Non pas d'emblée, car pour la future maman en travail avec des contractions toutes les 15 minutes, il n'est pas facile d'aborder l'homéopathie si elle n'y a jamais été sensibilisée auparavant. Par contre, lorsqu'elle arrive avec ses tubes de granules, il est plus aisé de la guider en salle de travail si le sujet a été abordé calmement à la consultation prénatale. Mais nous ne choisissons pas en premier lieu l'orientation homéopathique. Dans les contre-indications pures de péridurale, on peut le proposer. J'insiste sur le fait que l'homéopathie fait partie d'un ensemble d'accompagnement des jeunes femmes dans l'optique de démédicaliser la naissance du bébé. On utilise aussi d'autres thérapeutiques pour améliorer la position du bassin, la façon de mobiliser la maman pendant le travail (massage, acupuncture). Notre approche consiste à mettre tout en £uvre pour aider la maman, mais aussi le papa.

Lors de la consultation prénatale, soignez-vous uniquement les demandes propres à la sphère gynécologique ?

Je demande toujours au préalable un diagnostic médical car je n'ai pas la formation pour poser un diagnostic. Je propose l'homéopathie ou l'acupuncture pour les symptômes propres à la grossesse, à la mise en route de l'allaitement ou pour le post-partum. Je réponds à la demande des patientes qui sont orientées vers l'homéopathie : je guide ainsi volontiers celles qui souhaitent préparer l'accouchement avec l'homéopathie. Récemment, un pédiatre m'a par exemple demandé d'aider une patiente allaitante qui avait des crevasses.

Avec quelles dilutions homéopathiques et quelles formes travaillez-vous ?

Je travaille avec des basses dilutions. Je ne dépasse pas la dilution 9CH et j'utilise essentiellement les granules ou un complexe de gouttes dans les troubles circulatoires. Il m'arrive de donner une cure sepia en accord avec le gynécologue qui prescrit la cure chez la patiente typique à raison de 5 jours par mois pendant la grossesse. Cela donne de bons résultats.

En salle de travail, comment administrez-vous l'homéopathie ?

En fonction des réactions pendant le travail, on utilise ponctuellement certains remèdes, en plus des remèdes qui facilitent le travail ( actea racemosa, arnica, caulophyllum,...) Un stock de tubes de granules est présent au bloc. On donne ensuite le tube utilisé à la patiente après l'utilisation pendant le travail. Ce tube lui sera facturé par la pharmacie. Je demande aussi au papa d'aider la maman à prendre son homéopathie toutes les 15 minutes. En salle de travail, c'est plus difficile car on est dans le réactionnel et on ne sait jamais comment va réagir la patiente face au travail.

Lors des consultations en post-partum, dans quelles indications utilisez-vous l'homéopathie ?

Après l'accouchement, les mamans ont systématiquement un protocole antidouleur pendant 48 heures. En fonction des symptômes associés, on peut le compléter avec l'homéopathie. Les principales indications sont d'une part les douleurs liées à l'épisiotomie avec Arnica, et d'autre part, les contractions d'allaitement, les pertes de sang importantes ou la fatigue post-partum avec China. Je n'hésite pas à consulter devant les patientes la matière médicale. Un résumé des cours donnés par le Dr Charvet lors de la formation circule dans le service pour toute l'équipe formée.

Comment appréciez-vous l'efficacité des traitements homéopathiques ? Utilisez-vous des échelles d'amélioration de qualité de vie ?

Non, pas d'échelles. Mais lors de la consultation suivante, j'observe si le remède donné a amélioré les symptômes. Pour les problèmes d'allaitement, la patiente nous appelle dans les 48 heures pour nous dire s'il y a amélioration ou pas, et je corrige si nécessaire. C'est au cas par cas, des traitements individualisés. Je le note dans le dossier informatisé de la patiente ou je le signale au gynécologue. Nous travaillons toujours en équipe pour faciliter et respecter le plus possible la physiologie de la naissance.

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