Bien trop de psychotropes...
Les psychotropes sont beaucoup trop prescrits dans notre pays, ce qui n'est pas sans conséquences pour le patient et pour la société. En 2008, l'Inami a consacré 159.389.771 euros au remboursement des antidépresseurs - seuls les hypocholestérolémiants parvenaient à faire " mieux " - et 93.305.673 euros à celui des antipsychotiques. Des montants d'autant plus faramineux que ces substances font de plus en plus l'objet d'une polémique... Une dizaine de spécialistes se sont réunis pour mettre sur papier une vision commune de cette problématique, assortie de conclusions claires et de recommandations. |
Dix spécialistes de la KULeuven se sont réunis au sein du groupe de travail Metaforum, une cellule de réflexion interdisciplinaire créée au sein de l'université. Fruit de leurs cogitations : un document de 24 pages qui dresse un état des lieux clair du phénomène, aligne les pour et les contre et réunit les preuves scientifiques (ou non), afin d'en tirer une série de conclusions et de recommandations. Premier constat : le nombre de médicaments prescrits est bien trop élevé. Entre 1997 et 2008, le nombre de DDD délivrés en officine a plus que doublé, passant de 109 à 251 millions de doses.
Une utilité galvaudée
Si personne ne remet en cause l'utilité de ces psychotropes, il importe de prendre conscience que ces classes de médicaments sont trop souvent prescrites à mauvais escient (donc inutilement). Les patients tirent aujourd'hui plus souvent et plus rapidement la sonnette d'alarme. Quant à savoir comment répondre à leur demande, c'est évidemment une toute autre histoire... et à ce niveau, il reste une marge d'amélioration. L'utilisation croissante de médicaments psychotropes est symptomatique de problèmes dont la responsabilité incombe non seulement à l'individu, mais également à la société.
Recommandations
Au final, le groupe de travail a formulé six grandes recommandations basées sur les données scientifiques, l'expérience de terrain et la situation propre à notre pays. Premier point soulevé par les experts : il faut pouvoir rappeler à l'ordre les médecins dont le profil révèle une surprescription - tout en tenant également compte du profil de leur patientèle. Débuter un traitement par psychotropes chez les enfants et adolescents doit rester l'apanage du pédopsychiatre et du neurologue pédiatrique. Enfin, pour freiner l'usage délirant des psychotropes au sein de la population âgée, les scientifiques recommandent de lancer des actions de prévention et d'améliorer la formation des prestataires de soin travaillant dans ce secteur.
Reconnaissance du titre
Autre changement prescrit par le groupe de travail : protéger - enfin - le titre de psychothérapeute, en établissant une différence entre les thérapeutes professionnels formés et les " conseillers ". En première ligne, une période de surveillance vigilante est souvent préférable avant d'intervenir, même si les experts sont conscients que le médecin (généraliste) n'est pas, à l'heure actuelle, suffisamment formé pour ce faire. Et de suggérer la mise en place d'une sorte de " téléphone rouge " entre les généralistes et une assistance psychiatrique, qui permettrait aux premiers de fixer très rapidement une consultation pour leur patient, voire même de demander un avis téléphonique. u