Les trajets de soins vus des officines
Christian Elsen, fraichement élu président de l'Association pharmaceutique belge (APB), assaisonne de quelques commentaires interrogateurs un autre modèle bien connu de travail pluridisciplinaire autour du patient : les trajets de soins (TdS).
Un projet auquel les pharmaciens ont, déplore-t-il, été associés fort tardivement : début 2009, alors que le lancement était (initialement) prévu au printemps. Ils ont néanmoins estimé ne pas pouvoir rester à quai alors que s'ébauchait un concept nouveau de soins partagés, à orientation disease management. Ils distribuent donc gratuitement au patient - en distillant conseils de bon usage et motivation à l'observance, et en assurant la maintenance - glucomètre et tigettes dans le diabète(1), et tensiomètre calibré dans l'insuffisance rénale. Pour Christian Elsen, les deux professions de santé les plus en contact avec la population renforcent ainsi leur complémentarité autour du chronique. Pas de nuages à l'horizon ? Le démarrage du système est lent, la base se méfie de la charge administrative et l'intérêt financier est marginal, nuance le président de l'APB. " C'est une première, le pharmacien ne touche aucune marge sur les produits, la rémunération se fait exclusivement sur le service : il perçoit un honoraire, mais les montants ne sont pas exorbitants. 5, 83 euros, par exemple, ce n'est pas cher payé pour s'occuper trois ans d'un glucomètre. "
À la même enseigne ?
Par ailleurs, les pharmaciens s'interrogent sur leur mise en concurrence avec d'autres canaux de distribution du matériel, comme les associations de patients mais surtout les magasins pour soins à domicile [souvent d'obédience mutualiste, ndlr]. Sur 93 % des officines ouvertes au public, de septembre à décembre 2009, si l'on additionne trajets de soins et programmes dits "d'éducation et autogestion", l'APB relève quelque 1.390 honoraires liés à la remise de matériel diabète, dont 90 % en Flandre(2) " Cela reste très bas au regard de la cible potentielle des 72.500 malades ". Christian Elsen a l'intention de réclamer à l'Inami le total officiel global, tous circuits confondus, sur la période. " Nous pouvons admettre qu'il existe d'autres canaux mais il serait logique qu'ils remplissent les mêmes obligations et engagements que nous ", explique-t-il en pointant le risque de confusion des genres. " Que l'on respecte les sphères d'activité et de compétence. Un pharmacien ne revendique pas d'être un éducateur, mais on ne peut être éducateur et distributeur. "