Priorité au suivi thérapeutique
Quel médicament (cher) doit-il bénéficier du remboursement et pour qui ? Une question à nouveau relancée par l'action aussi 'généreuse' que contestée de cardiologues anversois ayant décidé de payer de leur propre poche une opération non-remboursée. Un thème également largement débattu lors de la journée pharmacologique postuniversitaire pour pharmaciens et médecins diplômés de la KULeuven.
A côté des aspects purement économiques régulant ce débat, se posent aussi naturellement des questions humaines. La vie n'a certes pas de prix ; un constat purement théorique lui aussi. Même en bénéficiant d'un remboursement, les médicaments chers posent un sérieux problème. Aussi efficace qu'il peut l'être, le médicament doit remplir une condition sine qua non pour traduire cette efficacité : être pris régulièrement par le patient. Une mauvaise observance se répercute surtout sur la santé du patient. Et dans le cas d'un médicament cher, la société en porte aussi le poids. C'est en effet elle qui doit opérer les choix, décider d'investir dans un traitement particulier et voir les effets de ce traitement réduits à néant à cause d'un manque de suivi thérapeutique.
Une nonchalance onéreuse
Une problématique mise en avant lors de cette journée postuniversitaire par Birgit Tans, pharmacienne hospitalière à l'UZ Gasthuisberg. Si le suivi thérapeutique est bien sous contrôle à l'hôpital, le problème se pose lors du retour à domicile du patient où de nombreux médicaments doivent être pris. Les actions de sensibilisation représentent certes une étape dans la bonne direction, mais ont un impact limité et insuffisant. Qu'est-ce qui pousse donc les patients à ne pas suivre leur traitement à la lettre ? Trois grandes raisons peuvent expliquer ce phénomène : les effets secondaires, l'oubli et la nonchalance. Un test mené auprès de dix patients devant prendre 2x400mg de sorafénib par jour a montré que seul 20 % d'entre eux prenaient leur traitement correctement. Quand on sait que la société doit débourser 140 euros pour ce médicament, on comprend aisément l'ampleur de cette épineuse problématique.
Vieillissement de la population
" Nous devons faire face au vieillissement de la population, ce qui joue également un rôle dans l'oubli des médicaments ", poursuit Birgit Tans, précisant dans la foulée que beaucoup de fabricants de médicaments font très peu d'efforts pour tenter d'améliorer le suivi thérapeutique. Les médicaments très chers sont en effet emballés dans des grandes boîtes, au lieu de réfléchir par exemple à des boîtes qui indiqueraient le jour et l'heure de la prise du médicament. Les petits blisters dotés d'une telle puce intelligente peuvent réduire l'échec, mais ne suffisent pas non plus. Même avec un tel dispositif, 17 % des patients ne respectent déjà plus le dosage correct dès de le deuxième mois de traitement.