Le pharmacien désigné comme principal responsable
En cas d'erreur médicale dans la prise d'un traitement médicamenteux, chaque maillon de la chaine doit en porter les responsabilités. Si le pharmacien endosse la part du lion, le patient doit lui aussi payer en partie les pots cassés. Une décision surprenante rendue par un juge de Tongres.
Les faits sont les suivants : en avril 2005, Linda S., originaire de Lanaken, reçoit de son médecin traitant une nouvelle prescription de méthotrexate. Cette banquière souffre de graves douleurs articulaires et son traitement habituel de trois comprimés par semaine ne suffit plus à la soulager. Son médecin décide alors de modifier la posologie et de passer à six comprimés par semaine. Mais, distrait, il se trompe et inscrit sur la prescription 'six comprimés par jour'.
Partage des responsabilités
Qui donc doit endosser la responsabilité dans ce genre d'erreur médicale ? Pour le juge de Tongres en charge du dossier, les trois parties. Le médecin qui s'est trompé dans sa prescription, la pharmacienne - considérée comme experte du médicament - qui n'a pas remarqué l'évidente erreur de posologie et ses conséquences pour la patient, sans oublier la patiente elle-même, qui n'a pas réagi à ce passage soudain à une dose 14 fois plus élevée. Le juge a estimé que la plus grosse part de responsabilité incombait à la pharmacienne, qui doit donc payer la moitié des dommages et intérêts. Quant au médecin et à la patiente, ils se partagent tout deux l'autre moitié des responsabilités - soit chacun un quart des 4.627 euros réclamés.
Une répartition discutable
La part de responsabilité de la pharmacienne n'a pas été contestée, ni par l'Ordre des Pharmaciens, ni par l'APB. Après les nombreux efforts réalisés pour valoriser la profession, les représentants des pharmaciens ne pouvaient que défendre le jugement rendu. " Le pharmacien n'est pas qu'un simple distributeur de médicaments ", affirme Willy Baeyens de l'Ordre des Pharmaciens. " Il est légalement tenu de vérifier si la posologie correspond bien à ce que la notice scientifique indique. Au moindre doute, il doit contacter le médecin. Il s'agit là de la responsabilité du pharmacien et ce dernier doit la prendre. Ce jugement, en ce qui concerne le pharmacien, nous semble donc plus que juste. "
Un patient autonome
Jan Depoorter, secrétaire-général néerlandophone de l'APB, ne trouve pas l'équation aussi simple. S'il partage totalement l'avis de l'Ordre sur le niveau de responsabilité attribuée à la pharmacienne, il adopte un autre point de vue pour le cas de la patiente. Tout comme le juge, il estime ainsi que certains patients devraient pouvoir assumer leur part de responsabilités. " Ces 25 % restent bien sûr une interprétation du juge. Mais je trouve quand même que le patient doit pouvoir réfléchir à son traitement. Quelqu'un disposant d'un certain niveau intellectuel peut tout à fait tenir un raisonnement logique et trouver suspect le fait de passer subitement de trois comprimés par semaine à six par jour. Le patient est plus autonome et ce n'est pas un mal. Mais être autonome signifie aussi prendre ses responsabilités. Je le répète ici : le pharmacien endosse la responsabilité principale et on ne peut attendre de chaque patient qu'il réfléchisse. Quand on revendique des droits, on reçoit en retour des obligations. Je peux donc tout à fait suivre le juge dans son raisonnement. "