De la poudre aux yeux des patients
Un jeune Canadien de 22 ans va devoir comparaitre devant la justice pour avoir vendu du dichloroacétate (DCA) sur Internet. Enfin, du soi-disant DCA, qui n'était en réalité qu'un bien inoffensif mélange de lait en poudre, de sucre, d'amidon, de talc et d'édulcorant.
Connu depuis longtemps déjà, le dichloroacétate a signé ces dernières années un retour assez inattendu au devant de la scène médicale. Une subite notoriété due à son utilisation par un médecin canadien de l'université d'Alberta comme traitement contre le cancer. Jusqu'à ce jour, aucune preuve scientifique ni aucune étude clinique n'ont pourtant pu démontrer clairement ce nouveau champ d'action de ce DCA. Ce qui n'a pas empêché deux patients belges atteints d'un cancer de l'intestin d'expérimenter avec succès le produit et d'attirer ainsi l'attention des médias. Et celle du tout récent projet Reliable Cancer Therapies (RCT) qui - précisément à cause de ce manque de preuves scientifiques - a décidé de financer des études cliniques aux Etats-Unis dans l'espoir de voir enfin obtenir des preuves de l'efficacité de ce produit bon marché, et pour tenter de convaincre un laboratoire de s'engager dans la partie. Pour beaucoup de patients, le DCA fait donc figure de médicament miracle. Problème : il n'est pas vendu dans notre pays et n'est disponible qu'en gros à l'étranger. Pour être consommé en respectant les bons dosages, il doit donc être encapsulé. Ce qui sème évidemment la confusion dans l'esprit de nombreux pharmaciens qui se demandent si un tel acte est bel et bien autorisé. Et ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à s'inquiéter. Ces derniers mois, le cas du DCA a interpelé de nombreuses instances professionnelles, voyant d'un oeil craintif de plus en plus de patients se tourner vers le net pour passer commande à l'étranger.
DCadvice. com
Pour obtenir leur dichloroacétate, des dizaines de patients désespérés - surtout des Européens - ont ainsi fait appel au site www.DCadvice.com. Aux manettes de ce site de vente, Hazim Gaber, un jeune Canadien de 22 ans, alléché par l'appât lucratif d'une telle activité. D'autant plus lucrative que le malhonnête propriétaire ne vendait absolument pas du dichloroacétate, mais bien du simple amidon ou encore du lait en poudre. Prix pratiqué pour 100 grammes de cette fausse poudre : 125,26 dollars (soit un peu moins de 100 euros). C'est l'alerte d'un patient qui a heureusement permis de mettre un terme à ce commerce frauduleux. Le manège du jeune Canadien a été déjoué par une Américaine sous traitement de DCA depuis plusieurs années. Ne pouvant plus acheter son produit aux Etats-Unis, cette patiente décide alors de commander son traitement sur un site internet canadien. Ses soupçons sont éveillés dès réception du colis : le produit envoyé ne ressemble en aucune manière à celui qu'elle avait pour habitude de consommer. Une analyse dévoile rapidement le pot aux roses et l'Américaine dépose alors une plainte contre le malfaiteur en novembre 2007.
Procès en vue
Il faudra pourtant attendre juin 2009 - et beaucoup d'autres patients trompés - pour que la police allemande parvienne enfin à mettre la main sur le malfaiteur à l'aéroport de Francfort, avant de l'extrader vers les Etats-Unis. Au total, la police a reçu quelque 67 plaintes émanant à la fois de la Belgique, des Pays-Bas, des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni. Actuellement incarcéré à la prison de Phoenix, Hazim Gaber comparaitra en juin prochain. Il risque une peine de prison de 20 ans. Dans leur réquisitoire, les plaignants insistent principalement sur le fait que de nombreux patients atteints du cancer ont, malgré eux, mis entre parenthèses leur traitement. u