Carnet de bord d'un itinéraire interrompu
Passionnant, le portefeuille. Bien trop courte, cette législature... Laurette Onkelinx dit rester sur sa faim, des petits et grands projets plein les cartons, coupée dans son élan par les législatives anticipées. Après avoir laissé s'exprimer différents acteurs dans les pages précédentes, la parole est laissée à la défense, en quelque sorte...
Le Pharmacien : En comparant les résultats de nos deux éditions, il ressort assez clairement que vos notes sont moins bonnes au nord qu'au sud du pays.
Laurette Onkelinx : C'est une réalité, la culture est différente. Des conceptions, donc des attentes, divergent entre nord et sud, et on l'a noté plus particulièrement en médecine générale. Nous avons quasi 50 % de collaborateurs néerlandophones dans ce cabinet. Ce n'est pas comme ça partout. Cela reflète notre souci d'essayer de bien comprendre l'autre communauté. "
Est-ce que les trajets de soins (diabète et insuffisance rénale), dont les chiffres indiquent qu'ils ne décollent pas au sud, vont survivre à leur évaluation programmée ?
Ils vont progresser côté francophone, j'en suis persuadée ! Les Flamands partent en général bille en tête sur les nouveautés, et plus collectivement. C'est le même scénario qu'avec le Dossier Médical Global (DMG) : on a ramé pour que le concept prenne à Bruxelles et en Wallonie, mais maintenant, la courbe ascendante est très nette. Les trajets de soins, c'est de toute façon une alternative à l'échelonnement pur et dur...
Mais pourquoi une alternative, au lieu d'appliquer celui-ci ?
Ce n'est pas dans la mentalité du pays. Les trajets de soins, c'est un échelonnement intelligent, puisque le généraliste est au c£ur du dispositif, mais qui n'effraie pas. On travaille la collaboration.
Repartir de l'échelonnement soft de Rudy Demotte et ne plus se limiter à une ristourne une fois l'an chez certains spécialistes, mais récompenser financièrement les patients qui suivent la filière de la 1e ligne vers la 2e, ce ne serait pas une piste ?
Si, probablement. Mais il y a en Belgique des mots qui sont à eux seuls des freins. L'échelonnement en fait partie. On peut arriver à un résultat similaire par des voies différentes, un travail incitatif et les trajets de soins. Le médecin généraliste (MG) sera davantage au centre des process dans quelques années. Nous étions occupés à peaufiner une grande réforme de la santé mentale, pour désinstitutionnaliser les malades. Elle repose sur des collaborations extra-muros dont le généraliste fera partie intégrante ; des formations " référent démence " se mettront en place...
La FEB vient de réitérer ses critiques contre la norme de croissance de 4,5 %...
Un vieux leitmotiv. Outre qu'il faut anticiper l'impact du vieillissement sur les soins de santé, cette norme, on l'a gérée sans qu'on puisse nous taxer d'irresponsabilité. Elle représente environ un milliard en 2010 et 2011. On en a utilisé presque 700 millions en 2010 - et 800 millions en 2011 - pour, d'une part, aider les autres secteurs de la sécurité sociale face à la crise, de l'autre, alimenter le fonds d'avenir et la provision de stabilité. 4,5 %, c'est une sécurité. On ne dépense que ce dont on a besoin, impérativement. La plus grande part est consacrée à équilibrer la sécurité sociale dans son ensemble et à mettre de côté.
Vous avez poussé la prescription " moins chère ". Etes-vous satisfaite du résultat ?
Absolument. La prescription en DCI, par exemple, monte et atteint 7 % pour les médicaments avec alternative générique. On peut toujours faire mieux car c'est tout bénéfice pour le patient. La méthode consensuelle avec les médecins fonctionne - les 80 % de bon marché à l'entame d'un traitement ont été définis avec eux. Le bon marché, dans un budget non extensible, c'est la façon la plus adéquate de dégager des moyens pour rembourser l'innovation. Au fait, je vous signale que j'ai maintenu mon " non " quand les pharmaciens m'ont reparlé substitution.
Quand ont-ils formulé cette demande ?
A chaque fois que je les vois ! Mais la substitution n'est pas dans la culture belge, pas plus que l'échelonnement.
Le transfert de médicaments vers le chapitre II, à poursuivre ?
Oui. Nous venons de mettre en place deux groupes tripartites, où les médecins sont associés en amont à la définition des indications remboursées en chapitre II. Ils se penchent sur les statines et les IPP. C'est un engagement au dialogue tenu. Le statut de malade chronique - on y travaillait, mais c'est lent car très complexe, d'autant que je ne suis pas toujours d'accord avec l'Inami... - devrait aussi constituer une réelle simplification, sans plus obliger ceux qui ont une pathologie incurable ou dégénérative à être examinés parfois tous les 3 mois pour obtenir un renouvellement... Une violence inutile.
Quelles sont selon vous vos plus grandes réussites ?
Le plan cancer ; le programme malades chroniques, même s'il n'en est qu'à ses prémisses ; la gestion concertée de la crise A/H1N1, et des avancées pour la simplification administrative et pour la garde. Le no fault aussi, et la création de 9.000 emplois dans le secteur infirmier...
Quel score vous attribuez-vous ?
Les notes obtenues dans vos pages ne sont pas à la hauteur de l'énorme travail effectué par mon équipe en une demi-législature. Cela méritait bien un 7,5. Je vous parie qu'avec un an et demi de plus, on aurait fait mieux.