La guerre des médicaments déchaîne la Grèce
Vilain petit canard de la crise économique qui secoue l'Europe, la Grèce doit revoir sérieusement ses comptes si elle veut parvenir à sortir la tête hors de l'eau. Le secteur de la santé et celui des médicaments n'échappent ainsi pas à ses plans d'austérité budgétaire. Certaines entreprises pharma encaissent d'ailleurs plutôt mal la décision de baisser de 25 % le prix des médicaments.
Face à la crise qui frappe son pays, le gouvernement grec a pris une série de mesures économiques. Avec forcément des répercussions au niveau de la santé publique, notamment la décision de baisser de 25 % le prix des médicaments. Cette baisse de prix imposée par les autorités grecques est sensée dégager un milliard d'euros. Une obligation qui a évidemment du mal à passer du côté du secteur pharma, et ce, pour deux raisons. Pour les entreprises, les prix appliqués en Grèce sont déjà relativement bas et cette mesure ne fera que les affaiblir encore par rapport aux autres pays européens. Par ailleurs, les labos admettent craindre que la Grèce ne crée, par le biais de cette mesure, un précédent pour les autres Etats membres, lesquels pourraient envisager également de diminuer leurs prix.
L'insuline se retire
Des conséquences au niveau de la distribution médicamenteuse se sont d'ailleurs déjà fait sentir. Un laboratoire danois a ainsi annoncé qu'il diminuerait bel et bien le prix de ses anciennes formes d'insuline, mais qu'il ne comptait pas appliquer cette diminution à ses nouveaux produits. D'autres labos ne devraient pas tarder à emboiter le pas à l'exemple danois. Le mécontentement est plus que palpable au sein de la population grecque et de ses patients qui se sentent tout bonnement lâchés par les autorités. Les associations de patient diabétiques parlent de grave violation de la responsabilité sociale des laboratoires.
Une marge limitée
Cette obligation de baisser le prix des médicaments n'est qu'une mesure parmi tant d'autres affectant le système des soins de santé du pays. Et les quelque 9.300 pharmaciens grecs risquent bien de trembler devant leurs calculettes. Ces mesures diminuent en effet leur marge de 20 à 27 %, sans aucune forme compensatoire en retour. Autre menace à l'horizon : la pénurie de certains médicaments, avec un impact immédiat sur l'état de santé du patient. Ces mesures destinées à épargner pourraient donc conduire précisément à l'effet inverse et provoquer des dépenses supplémentaires, les patients ne recevant plus les soins nécessaires.
Les critiques fusent
Les distributeurs ne sont guère da-vantage épargnés. Non seulement leur marge a été revue à la baisse, mais le gouvernement les a aussi contraints de retirer de leur offre quelque 90 médicaments affichant un prix égal ou supérieur à 1.000 euros. Les critiques sont unanimes, tant du côté des pharmaciens que des distributeurs. Ils se disent tout à fait prêts à épargner, mais sans néanmoins mettre en péril leur travail et leur gagne-pain, comme c'est le cas avec les mesures d'économies prévues. D'autant qu'un autre phénomène se fait de plus en plus sentir : un ralentissement dans le remboursement des médicaments par l'assurance maladie. Là où les labos - et les grossistes - doivent payer dans un délai de 30 jours, l'assurance maladie attend jusqu'à six mois pour effectuer le remboursement. Ajoutons à cela les prix revus et corrigés (soit 25 % plus bas) par le gouvernement et l'augmentation de la TVA à 23 % -qui risque même de grimper à 25 %.-, la Grèce semble décidément loin de refaire surface.