Pfizer voudrait élever le débat
On ne présente plus le géant américain Pfizer, leader mondial du pharma, dont on égrène en chapelet, sans forcer, les spécialités-vedettes : Amlor, Lipitor, Viagra, Celebrex, Champix, Lyrica... Et être numéro un, c'est s'investir comme partenaire responsable dans les soins de santé, un secteur qui gagnerait par ailleurs à être piloté avec plus de vision que de précipitation, estime le Dr Kris Westelinck, l'administrateur délégué de Pfizer Belgique.
Administrateur délégué, une fonction qui a mué avec la révision de l'architecture de la firme, amorcée début 2009. " Nous sommes à présent structurés en business units ", explique l'intéressé, " qui se concentrent sur un domaine déterminé : primary care, specialty care, oncology - la plus petite des entités, mais qui absorbe plus d'un quart du budget R&D -, established products [voir ci-dessous], marchés émergents... Chacune possède une autonomie de décision et rapporte directement à l'international. Il incombe à l'administrateur, désormais, de veiller à ce que la sauce prenne entre ces silos verticaux. Notre business model classique était sous pression. Cette réorganisation stratégique, orientée long terme, nous arme pour mieux affronter l'avenir. "
Une mariée bien vaccinée
" Pour se révéler un partenaire à part entière dans la santé, on ne peut se cantonner à la seule thérapeutique. Il faut s'inscrire dans un continuum des soins, où s'enchaînent le préventif, le diagnostic, le curatif, le palliatif... avec une attention soutenue portée à la lame de fond des maladies chroniques ", développe le Dr Westelinck. La récente absorption du compatriote Wyeth relève de cette philosophie. Il l'admet, cette fusion, qui s'est concrétisée "physiquement" début mai par l'emménagement d'une équipe Wyeth comprimée au siège central ixellois du repreneur, a été socialement plus rude que les précédentes. " Mais notre choix était savamment étudié. Wyeth est très fort dans les vaccins, et il nous apporte tout son savoir-faire ", résume Kris Westelinck, se félicitant que Pfizer ait trouvé si belle chaussure complémentaire à son pied. " Cela nous permet d'être plus solides, en élargissant notre assise sur des segments neufs. Et c'est également une façon de répartir le risque. La R&D devient plus ardue et hasardeuse, avec des échecs, donc des coûts à digérer. "
Les limites du budget driven system
Rappelant que le pharma, avec ses quelque 30.000 emplois, est la tête de pont du secteur chimique, Kris Westelinck aspire à une concertation industrie-gouvernement dans un cadre pluriannuel, gage de stabilité et de prévisibilité. Et de se demander où les autorités espèrent arriver en ânonnant 'il-faut-garder-le-budget-en-équilibre', en niant que les restrictions écornent la qualité. " C'est précisément dans les périodes économiques troubles qu'il faut poser des choix avisés, sur les branches qu'on soutient ", embraie-t-il. Or, la Belgique a d'après lui la gâchette facile quand il s'agit d'atomiser Big Pharma - qui rapporte pourtant plus en cotisations et taxes qu'il ne coûte en remboursements. " Notre pays peut faire mieux, mais manque de vision et d'ambition sur le plan de la santé. On manque, par exemple, d'objectifs de santé publique suffisamment définis. " Quant à la concertation made in Inami, elle relève du " partage de tarte budgétaire ". " Il faut élever le débat ! Notre pays passe pour avoir un bon système de soins, mais c'est plus en accessibilité qu'en qualité, un paramètre qui n'est que trop peu mesuré. On devrait davantage travailler dans une logique EBM, pas exclusivement pour les médicaments, mais aussi pour les actes, pour gagner en efficience ". Pfizer soutient ainsi la recherche sur les " itinéraires cliniques " - à ne pas confondre avec les trajets de soins. On parle ici de prise en charge organisée et planifiée de A à Z, par pathologie, impliquant différents dispensateurs bien rodés à leur tâche spécifique, avec mesure de l'impact de cette fine mécanique. " Bien sûr, la rémunération doit être adaptée - il faut par exemple honorer la coordination de ces interventions par le généraliste. Mais cette approche systématisée et transmurale pourrait permettre des économies sur les ressources mobilisées. Avec à la clef une réallocation de moyens dans l'innovation, la prévention, les avancées technologiques... "