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" Il n'existe pas de frontière pédophile en Europe "

En tant que pédopsychiatre, Peter Adriaenssens estimait ne pas vraiment être à sa place à la tête de la Commission portant son nom. Même s'il n'était alors question que de traiter quelques dossiers par an. Après l'affaire Dutroux, l'homme accepte donc de travailler sur les statuts de la première commission, celle de Godelieve Halsberghe. Avant que les événements ne prennent au final une toute autre tournure...

10 janvier 2011

En ce début 2011, Peter Adriaenssens éprouve toujours beaucoup de mal à replonger dans les souvenirs de l'année écoulée. Il est vrai que 2010 ne fut pas de tout repos pour le pédopsychiatre belge. 365 jours particulièrement laborieux qui lui ont d'ailleurs valu d'être élu 'homme de l'année' par le magazine Knack - pendant néerlandophone du Vif L'Express. Le Pharmacien a donc profité de l'occasion pour accompagner ses confrères et rencontrer le professeur fraîchement auréolé. Le connaissant depuis près de 20 ans, nous remarquons d'emblée combien toute cette affaire a profondément marqué les traits de l'homme.

Simple bénévolat

" Cela ne devait être au départ qu'une sorte de bénévolat, à raison de deux-trois dossiers par an. J'avais alors pensé pouvoir m'acquitter de ma tâche après mes heures de travail. Mais quand l'affaire Vangheluwe a éclaté en avril, je me suis retrouvé une semaine plus tard avec une pile de 200 nouveaux dossiers à traiter. Je trouvais assez paradoxal qu'une commission qui n'avait à première vue aucun lien avec les enfants ait fait appel à mes services. Pourtant, j'ai été fort surpris de voir encore autant d'enfants vivre dans le corps de ces adultes. J'ai énormément appris des témoignages de ces victimes. "

Wallonie-Flandre

" Les dossiers ont déferlé en Flandre. Du côté de la Wallonie, il y en avait 'à peine' une quarantaine. En France quasi pas ; en Espagne, en Italie pratiquement pas non plus. Aux Pays-Bas et en Allemagne, on comptait une centaine de dossiers. Il serait tout bonnement insensé de dire qu'il existe une sorte de frontière pédophile en Europe. Nous n'avons aucune explication scientifique à ce phénomène. Je pense qu'il existe un lien avec la richesse de la Wallonie à une certaine époque, durant la première moitié du 20e siècle. Les plaintes déposées émanent en effet de personnes nées durant cette période. Fortement laïcisée, la Wallonie comptait moins d'internats catholiques que la Flandre, plus pauvre. De nombreux récits de victimes remontent à leur 12e anniversaire, l'âge auquel ils se voyaient confier au pasteur par leurs parents. Talentueux, ce fils 'élu' était souvent le seul des cinq ou six enfants de la famille qui pouvait nourrir l'espoir de poursuivre ses études. L'église veillait aux grains et l'enfant entrait dans un internat catholique. Loin de ses parents, de ses frères et s£urs, il se retrouvait tout d'un coup livré à son propre sort pendant trois semaines. En France, on avait d'un côté le pasteur, et de l'autre le bourgmestre socialiste. Ces pouvoirs formaient des pôles contraires que n'a pas connus la Flandre. "

Relation d'autorité

" Nous ne pouvons pas regarder le problème avec des oeillères. Les abus sexuels surviennent dans toute relation d'autorité. Je trouve donc juste que la nouvelle commission ait élargi sa dénomination pour englober l'abus sexuel dans le cadre de relations d'autorité. Prenons par exemple ce professeur de Louvain qui affirmait déjà il y a quinze ans que 15 % des étudiants de première année en éducation physique étaient victimes d'abus sexuels ! Cet homme avait alors supplié qu'on fasse quelque chose de ces chiffres, mais personne - ni l'UEFA ni l'université - ne s'y est intéressé. Ce qui arrive maintenant ne tombe donc pas du ciel. Peut-être est-ce là le début d'une phase constructive. L'histoire de l'église doit être résolue, mais on doit se demander où se commettent les abus aujourd'hui ? "

Centre de crise de pédopsychiatrie

Alors que Peter Adriaenssens tentait de digérer l'issue de la Commission, avec ses perquisitions, ses querelles juridiques et les drames des victimes, un vieux rêve en profitait néanmoins pour devenir réalité : l'ouverture à Louvain du premier centre de crise belge de pédopsychiatrie. Un bien joli contrepoids porteur d'espoir. " Je trouve particulièrement douloureux que des jeunes se trouvant aujourd'hui dans la difficulté ne puissent, dans le meilleur des cas, ne recevoir de l'aide que durant quelques semaines. Et ce, alors que nous savons parfaitement qu'il est préférable d'intervenir dans les moments les plus graves. C'était donc mon rêve de voir des enfants en situation de crise pouvant être rapidement pris en charge, au plus tard cinq jours après le début du problème. Comment aider l'enfant et sa famille pour qu'ils puissent surmonter au mieux cette épreuve ? Tout parent sait qu'un enfant se comporte généralement mieux hors de chez lui et peut se montrer plus positif. Nous pouvons saisir cette opportunité pour conclure une sorte de trêve. Les parents qui viennent ici sont souvent physiquement au bout du rouleau. L'espace de quelques nuits, ils peuvent à nouveau dormir normalement, se rafraîchir les idées et retrouver un second souffle. "

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