Le 200 mètres se transforme en saut d'obstacles
Nous ne voudrions bien sûr pas décourager les futurs pharmaciens. Mais force est de constater que la législation belge encadrant leur exercice conduit parfois à des situations pour le moins particulières. L'ouverture d'une officine peut ainsi se transformer en véritable parcours du combattant...
1992. Un petit village quelque part en Flandre. Une pharmacienne a déniché un bâtiment le long d'une route fréquentée pour y ouvrir son officine. Le dossier plonge aussitôt dans un profond sommeil de plus de dix ans. En 2006, la pharmacienne fait alors savoir que l'emplacement initialement prévu est devenu entretemps indisponible et que la pharmacie se déplacera 18 numéros plus loin - soit 200 mètres. Les nombreuses instances officielles donnent toutes leur accord : l'inspecteur pharmaceutique, l'Agence fédérale des Médicaments et des Produits de la Santé (AFMPS), à nouveau l'inspection pharmaceutique et la Commission provinciale de Médecine. Mais l'APB, les cercles locaux de pharmaciens et l'Association des coopératives de pharmacies rendent un avis négatif.
Manque à gagner
Pour étayer leur argumentation, les plaignants ont fait une simulation de la perte de revenus conséquente à l'ouverture d'une nouvelle officine. Une perte non négligeable. Pour le premier pharmacien, la perte se chiffrerait à 1,7 million d'euros à l'âge de la pension. Pour le second, elle atteindrait les 2,3 millions d'euros. Un troisième parle quant à lui de quelque 800.000 euros. Et ces estimations seraient en outre plutôt optimistes. Cerise sur le gâteau, les pharmaciens 'menacés' affirment qu'en cas d'ouverture d'une nouvelle officine, ils se verraient contraints de licencier une partie de leur personnel. Ils auraient donc moins de temps pour s'occuper de leurs patients, lesquels devraient attendre plus longtemps pour obtenir leurs préparations (magistrales). Les pharmaciens demandent donc l'annulation de la décision antérieure, ainsi que sa suspension dans l'attente du jugement sur le fond rendu par le Conseil d'Etat.
Une route sans fin
L'affaire est-elle enfin bouclée ? Pas vraiment. L'affaire doit encore recevoir son jugement sur le fond. Autrement dit, la pharmacie peut bel et bien ouvrir ses portes, mais sans garantie de devoir peut-être fermer ses portes dans 20 ans. Le Conseil peut très bien décider au final que l'autorisation ne doit pas être accordée. Mais nous n'en sommes pas là. Avant que la procédure n'arrive à son terme, la route peut encore durer plusieurs années...