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Investissements " Healthcare " : une mauvaise réputation sans fondement

" L'innovation, c'est le mot-clé qui protège notre économie de la concurrence des pays émergents. Le secteur médical est synonyme de technologie de pointe ; il est donc important d'y investir... Et contrairement aux années 1990, le pharma et la biotechnologie sont actuellement très bon marché. " C'est ce qu'explique Rudi Van den Eynde, senior Asset manager-Equity chez Dexia Asset Management.

19 décembre 2011

Pour lui, la piètre réputation du secteur des soins de santé (Healthcare, HC) auprès des investisseurs n'est qu'une question de perception. " Globalement, le secteur a affiché ces 15 dernières années de meilleurs résultats que la bourse en général. Et, contrairement aux secteurs de l'automobile ou des matières premières, beaucoup plus cycliques, il s'agit d'un secteur défensif qui résiste à la récession. Avec 10 % des capitalisations boursières, il se profile même comme le principal secteur défensif, ce qui en fait un véritable must pour les investisseurs institutionnels qui veulent donner cette orientation à leurs portefeuilles... et les particuliers aussi peuvent en bénéficier. "

Se réinventer tous les 10 ans

Pour Rudi Van den Eynde, si le secteur a mauvaise presse, c'est surtout à cause du problème des brevets. " Les coûts de production d'un médicament ne dépassent pas 5 à 10 % du total ; c'est surtout la R&D qui engloutit des sommes colossales, de quelques centaines de millions à plus d'un milliard de dollars. Plusieurs milliers de molécules ne livreront, au final, qu'une poignée de produits commercialement intéressants, qui devront suffire à couvrir les frais. S'il était possible de vendre un médicament au prix fort durant 50 ans, ce ne serait pas très grave... mais le brevet expire après 20 ans déjà. Et lorsqu'on sait que les firmes font en outre breveter leurs molécules très tôt, dès la phase de développement, il ne reste souvent plus qu'une dizaine d'années pour les commercialiser. " Depuis 2005, de nombreux produits ont vu leur brevet expirer... et 10 ou 15 génériques apparaître sur le marché dès le lendemain. C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis, où 75 % des médicaments prescrits sont déjà des " copies " à prix cassés - et les brevets qui expireront en 2012 devraient même porter cette part à 80 % - mais en Europe aussi, les génériques gagnent du terrain... " Tout le problème est de traduire l'innovation en chiffre d'affaires et en succès commercial au cours d'une période très brève ", explique Rudi Van den Eynde. " En fait, le secteur pharmaceutique doit se réinventer complètement tous les dix ans... et c'est tout le problème des analystes boursiers car, si la date d'expiration d'un brevet est une donnée bien connue, évaluer la valeur des molécules encore dans le pipeline est autrement plus délicat. Cette insécurité pèse sur les bourses et réduit la cotation. " En comparaison avec la période phare des années '90, les molécules approuvées en phase III sont aussi moins nombreuses. " Pourtant, le temps des produits phares (blockbusters) n'est pas tout à fait révolu. L'innovation a encore de beaux jours devant elle. "

Un panier

D'autre part, il y a le secteur de la biotechnologie, avec ses médicaments ciblés, quasi personnalisés (" targeted "). La technologie génique permet de soigner des maladies orphelines qui ne touchent qu'un tout petit groupe de patients. Son coût par personne est extrêmement élevé... mais pas ses frais de commercialisation : comme le produit n'est prescrit que par quelques spécialistes, il suffit d'une poignée de délégués. En outre, plus difficile à copier, la biotechnologie est aussi moins exposée à la concurrence des génériques/biosimilaires. " Un traitement biotechnologique peut donc avoir une rentabilité importante, à condition de percer et d'avoir un réel impact sur la santé. Mais en cas d'échec, les cours peuvent complètement s'effondrer. Au vu du degré de risque, investir dans une ou deux entreprises de biotechnologie est donc à déconseiller : mieux vaut opter pour un panier ou un fonds qui a confirmé ses bons résultats sur de nombreuses années. Il existe toutefois de très grandes différences entre les fonds. "

Le moment clé

En règle générale, Dexia Asset Management n'investit dans une nouvelle molécule qu'à partir du moment où celle-ci a livré des résultats prometteurs en phase II. " Investir sur la base de recherches précliniques ou de phase I est irrationnel et trop risqué : 70 % des produits sont voués à l'échec et, même en cas de faibles valorisations, les cours tomberont irrémédiablement à zéro, ce qui est synonyme de pure perte. Ce n'est qu'à partir de la phase II que le taux de réussite augmente. " Bien sûr, plus l'investissement intervient tardivement dans la phase II - voire en phase III - plus le cours sera élevé, puisque le risque diminue. " Si tout se passe bien, vous pourrez malgré tout en retirer un joli bénéfice. Par contre, une fois que le médicament a été approuvé, il est vraiment trop tard : le cours sera déjà trop élevé. " Tout l'art est donc de choisir le bon moment durant la phase II... " Il reste toutefois nécessaire de répartir les risques sur 40 à 50 molécules/firmes, car les erreurs sont toujours possibles. " Si l'on tient compte de ce qui précède, le secteur des soins de santé est un secteur d'investissement intéressant. " Le seul danger est que le monde politique refuse à l'avenir d'accorder des prix intéressants aux médicaments innovants, mais pour l'heure, le remboursement n'est pas encore un problème. " Dexia possède deux fonds HC, l'un dans le secteur pharmaceutique classique, l'autre en biotechnologie. " Le premier, très stable et défensif, repose sur de nombreux médicaments, une répartition régionale et de grandes entreprises. Le second est plus agressif et donc plus risqué. Nous avons voulu bien séparer les deux plutôt que d'en faire un fonds hybride, qui ne permettrait pas aux clients de choisir les risques qu'ils sont prêts à prendre lorsqu'ils investissent. "

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