Les soins de santé européens en crise
Vous pensiez que seule la Belgique était confrontée à un véritable casse-tête face aux dépenses des soins de santé ? Que nous étions les seuls à devoir gratter à gauche à droite pour combler les trous ? Loin s'en faut. Les réformes n'en finissent plus de secouer notre continent. Parfois imposées par l'Europe - comme dans le cas de la Grèce et du Portugal -, souvent prises par les Etats membres pour tenter de limiter le déficit budgétaire.
Premier constat : la liste des mesures destinées à réduire les dépenses des soins de santé est loin d'être courte. Presque tous les Etats membres passent par un même cheminement : une mise en avant des génériques doublée d'une plus forte contribution des patients et du secteur pharma. Les mesures touchent les pharmaciens directement - marges plus réduites, moins de profit - et indirectement, parce que le patient a moins d'argent à dépenser.
Grèce
Evidemment, la situation en Grèce est de loin la plus inquiétante du moment. Les hôpitaux doivent faire face à une pénurie de médicaments, car le pharma a bien trop peur de ne jamais revoir la couleur de son argent. Les mutualités sont en faillite et les pharmaciens doivent parfois attendre plusieurs mois avant d'être remboursés. Certains peuvent se permettre d'attendre, mais certains médicaments sont tellement chers que même avec la meilleure volonté, il devient impossible de continuer à les délivrer. Un problème majeur qui concerne notamment les anticancéreux, pour lesquels le pharmacien doit avancer 3.000-4.000 euros. Sans compter que les autorités grecques ont également libéralisé le marché de la pharmacie. Et les choses ne risquent pas d'aller en s'améliorant. La Grèce a déjà promulgué une série de mesures pour réduire les dépenses publiques. Elles mettent fin aux allocations de santé injustifiées allouées à des citoyens en bonne santé et veulent tenter de décourager les Grecs de faire appel aux systèmes de santé public et de les mettre davantage à contribution. Mais ces mesures ont un effet pervers. La crise pèse tellement sur le citoyen qu'il se détourne du privé, des soins de santé coûteux et fait désormais appel aux soins de santé publics. Mais dans ces hôpitaux publics, un lit sur trois est passé à la trappe. Le gouvernement encourage le développement du secteur privé, mais le Grec n'en n'a plus les moyens. Depuis le début de ce mois, la DCI généralisée est venue s'ajouter à la pile des changements. Les médecins grecs doivent désormais prescrire de manière électronique et le remboursement se base sur le produit le moins cher de sa classe. Tout ce qui est plus cher est donc à charge du patient.
Portugal
L'Europe a également contraint le Portugal à prendre des mesures pour colmater les dépenses budgétaires. Tout comme le reste de l'Europe, les soins de santé doivent également se serrer la ceinture. Enfin, surtout le patient. Pour décrocher un rendez-vous dans les soins de premières lignes, le patient doit à présent payer deux fois plus qu'il y a un an. Les personnes auparavant exemptées de paiement (les bas revenus, les sans-emplois, les personnes âgées...) reçoivent moins d'avantages. Le gouvernement a donc mis la barre assez haut et touché au système de remboursement des médicaments, en augmentant la contribution du patient. Les hôpitaux n'ont d'autres choix que de fusionner ou de fermer boutique. Les prescriptions électroniques et en DCI étaient par contre déjà obligatoires.
Espagne
Dans l'Espagne voisine, la situation n'est guère plus enviable. Cette année, elle doit encore trouver 7 milliards d'euros d'économies, rien que dans le secteur des soins de santé. Les remboursements ont donc été revus et corrigés, au détriment du patient. Les Espagnols sans revenus et les pensionnés ne devaient jusqu'alors pas payer leurs soins de santé. Un privilège qui s'envole. L'Espagne est le premier pays européen à modifier le système pour les étrangers. Plus question pour eux de venir en Espagne profiter de soins de santé moins chers et de meilleure qualité. Auparavant, les membres de la famille des résidents espagnols pouvaient eux aussi bénéficier des soins des santé du pays.
Italie
En Italie, le calme relatif est illusoire. Les prix de référence pour les dispositifs médicaux, les produits pharmaceutiques et les prestations et services médicaux ne sont qu'une partie des mesures prises en 2011 par le gouvernement Berlusconi. A partir de 2014, l'addition pour les médicaments et d'autres prestations sera bien plus salée pour le patient. L'actuel président Monti a pour sa part pointé son viseur vers les pharmaciens. Pour doper la concurrence entre les pharmaciens, la libéralisation du secteur s'avère nécessaire. Monti compte ainsi sur l'ouverture de 3.000 nouvelles officines. Les médicaments non essentiels soumis à prescription (la dénommée " liste C " qui renferme entre autres les pilules contraceptives, les antidépresseurs, les anti-inflammatoires et les produits contre les troubles érectiles) peuvent aussi être vendues en dehors du canal officinal, dans les parapharmacies et les distributeurs ayant obtenu l'autorisation. Un plan qui n'a pas encore été mis en £uvre suite au mécontentement général.
Irlande
L'Europe du sud n'a pas l'apanage des budgets difficiles à boucler. L'Irlande se trouve elle aussi dans de sales draps. Les salaires des employés du secteur des soins de santé ont fortement diminué, avec de surcroît un gel des embauches. Lors de son hospitalisation, le patient est confronté à de fortes augmentations de son ticket modérateur (jusqu'à 20 % dans le secteur privé contre 17 % dans le public). Le citoyen irlandais peut heureusement compter sur une nouvelle " carte patient " qui lui permet de consulter gratuitement le médecin. Le gouvernement prévoit également une assurance maladie universelle, qui ne devrait toutefois pas entrer en vigueur prochainement.
Royaume-Uni
Nos voisins d'outre-Manche ont opté pour une réforme qui réorganise totalement le National Health System. Les médecins généralistes se voient confier une plus grande responsabilité et un plus grand contrôle dans le budget des soins de santé. Le nombre d'établissement a été revu à la baisse, la concurrence entre prestataires de soins renforcée, y compris dans le domaine privé.
Pays-Bas
Et enfin, les Pays-Bas. Nos voisins du nord avaient déjà sorti le grand jeu l'année dernière, en augmentant la contribution des patients et diminuant le package de base de l'assurance maladie. Cette année, le " formulaire enfant " devrait passer à la trappe, ce qui risque bien de déclencher une sérieuse vague de contestation. Ce formulaire enfant fait figure de standard evidence-based indépendant pour la prescription et la délivrance de médicaments aux enfants. Mais il n'y a plus de fonds pour assurer sa continuité, et sa disparation est prévue pour juillet 2012. Les mesures d'économies affectent surtout le domaine de la santé mentale. La suppression du remboursement de certains traitements pour des troubles mentaux devrait toucher non seulement les patients concernés, mais aussi entrainer la perte d'environ 5.000 jobs, rien que dans ce secteur. Du côté des officines, la situation est plus qu'alarmante. Plus de la moitié des pharmaciens hollandais connaitraient des problèmes financiers. Et un sur quatre serait déjà à la recherche d'un financement ou d'un prêt supplémentaire.