PremiumLe journal du médecin

Carmen Ramlot

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'Il ne faut pas que l'on galvaude notre métier'

5 mai 2019

1. Dans le futur il y aura de moins en moins d'hospitalisations longue durée et un retour rapide à la maison, ce qui est peut-être mieux pour éviter les infections nosocomiales. Mais il faut vraiment être vigilant et ne pas laisser les gens à l'abandon, surtout dans les zones rurales : il faudra des soins de santé de qualité à la maison et être beaucoup plus proactif dans la communication avec les patients pour qu'ils comprennent pourquoi ils doivent rentrer chez eux plus vite. Si on leur explique comment ils vont évoluer de manière normale, même si c'est douloureux, ils l'acceptent plus facilement sans paniquer. Le corps médical doit donc s'y préparer en intégrant le patient.

2. Le problème des pénuries de médicaments est dramatique. Je pense que les labos ont une part de responsabilité énorme et qu'il ne s'en soucient pas parce qu'ils ne sont pas le dernier maillon de la chaîne. Même s'ils s'en rendent compte, ils sont tellement détachés du patient qu'ils ne se préoccupent pas des dégâts collatéraux. C'est toujours une question d'argent mais les patients ont du mal à le comprendre et nous sommes malheureusement démunis. Il devrait y avoir une obligation minimum, négociée au Fédéral. Je suis aussi interpellée par les différences de prix des médicaments d'un pays à l'autre. On se demande si on a bien ou mal négocié. Je sais que ce n'est pas aussi simple que cela. Il y a des règles à respecter et peut-être certaines qu'il faudrait changer, mais je parle un peu dans le vide parce que je ne connais pas toutes les obligations en cette matière.

3. Le concept de Pharmacien de référence est intéressant mais, dans notre pharmacie, nous ne poussons pas les patients parce qu'il y a une sorte de démarche commerciale un peu gênante. Ici, les gens ne le demandent pas forcément mais ils vont toujours dans la même pharmacie. Nous le faisons pour ceux qui en parlent. L'élargissement des missions du pharmacien est intéressante, mais cela doit faire l'objet de concertation. On peut être ouvert et diversifié, mais il ne faut pas que l'on galvaude notre métier et il faut qu'il y ait une plus-value, sinon ce n'est pas la peine. Il est vrai que les patients ont souvent confiance en leur pharmacien, ce serait donc peut-être une bonne chose de faire du dépistage à l'officine. Il faudrait peut-être être mieux formé sur ce plan pour mieux les aiguiller. Par exemple, le projet pilote sur le diabète mené à Neufchâteau* est une bonne chose parce que les gens ne vont pas forcément se faire dépister ou consulter. S'ils font la démarche de venir à la pharmacie pour ce test et qu'on leur explique qu'ils doivent aller voir leur médecin, en général ils le font.

*Voir Le Pharmacien du 11 février 2019

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