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Un gaz qui ne fait pas rire tout le monde

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Le protoxyde d'azote n'est plus l'apanage des anesthésistes. Disponible dans n'importe quel supermarché sous forme de bombonne, ce gaz est utilisé pour son effet euphorisant, majoritairement par les jeunes. Professionnels de la santé et politiques s'inquiètent de ce phénomène.

13 octobre 2019

Il s'agit d'une drogue en vogue chez les écoliers et étudiants : le protoxyde d'azote, aussi communément appelé gaz hilarant par ceux qui le consomment. Légales et au prix modique d'un euro, les cartouches de protoxyde d'azote utilisées dans le siphon à chantilly sont détournées de leur fonction première pour provoquer chez le consommateur une sensation de bien-être et des fous rires.

Au cours des derniers mois, plusieurs associations et organismes de santé ont noté une hausse des traces de consommation récréative du gaz hilarant dans les espaces publics. Dans certaines villes, il n'est plus rare de retrouver des bombonnes de gaz vides le long des trottoirs. Selon l'asbl Eurotox, observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles, il est cependant difficile d'évaluer l'ampleur du phénomène : " On a peu d'informations sur l'étendue de la situation. Les outils épidémiologiques sont peu adaptés et il est donc difficile de dire s'il existe une augmentation importante de la consommation récréative du protoxyde d'azote."

Des risques multiples

La consommation de gaz hilarant n'est pas sans risques. De nombreux professionnels de la santé et associations mettent les consommateurs en garde : perte de connaissance, risque d'hypoxie, endommagement du système nerveux... les dangers sont multiples.

Face à ces risques, les autorités commencent à prendre des mesures. Malines interdit d'ores et déjà la consommation de ce gaz dans les espaces publics. Pour l'asbl Fedito bxl qui agit pour l'information et la prévention relatives à la consommation de substances psychoactives, ces interdictions ne sont pas la solution. " C'est une fuite en avant (...) Ce n'est pas en posant un nouvel interdit que l'on va régler les risques sanitaires (...) Prohiber le produit n'a pas de sens. " Une opinion partagée par l'asbl Eurotox. " Il faudrait plutôt s'interroger sur les raisons de cette consommation, informer les citoyens et sur la marche à suivre pour les réduire un maximum. "

Le Dr Matthieu Clanet, anesthésiste à l'hôpital Delta, connaît bien ce gaz qu'il utilise de manière quotidienne lors de ses opérations. Si la consommation récréative du protoxyde d'azote devient moins courante au cours des 19e et 20e siècles, " elle réapparait dans les années 1980 aux États-Unis et dans les années 2000 en Europe ", détaille le médecin.

" L'administration même du produit peut présenter un risque ", explique Eurotox. Le gaz hilarant est souvent consommé après l'avoir transféré dans un ballon de baudruche. Cette manoeuvre permet de réchauffer le gaz, conservé à basse température dans les petites bombonnes. " S'il est consommé directement sur la cartouche, il existe un risque d'engelure et d'embolie pulmonaire ". Et ce n'est pas tout : " Les personnes consommant le gaz hilarant peuvent perdre conscience sur une courte durée ", ajoute le Dr Matthieu Clanet. " Il existe alors un risque de chute grave. " Ce danger peut être " amplifié si le gaz est consommé en parallèle avec de l'alcool ". À cela s'ajoute un autre danger. " Le protoxyde d'azote présent dans les bombonnes achetées en magasin est pur ", affirme le médecin. Il n'est pas mélangé avec de l'oxygène. " Il existe alors un risque d'hypoxie. "

Néfaste pour le système nerveux

Le gaz hilarant présente également des risques chroniques s'il est consommé de manière répétée. Maux de têtes, vertiges et troubles du rythme cardiaque peuvent apparaître. Plusieurs études scientifiques ont également mis en évidence un rôle néfaste du protoxyde d'azote sur le système nerveux. " Ce gaz a pour effet d'inactiver la vitamine B12 via l'oxydation de ses ions cobalt. Cette inactivation empêche cette vitamine de se lier à l'enzyme méthionine synthétase. En cascade, ce phénomène aboutit à une démyélinisation de la gaine de myéline et à une sclérose combinée de la moelle osseuse ", détaille le Dr Clanet. C'est ce processus biologique qui explique l'engourdissement et la perte de sensibilité des membres de plusieurs patients ayant consommé une grande quantité de gaz hilarant. Le développement d'une anémie mégaloblastique est un autre problème lié à cette inactivation de la vitamine B12 : les globules rouges sont trop gros et trop peu nombreux. Résultat, l'organisme a des difficultés à approvisionner ses cellules en oxygène.

Plusieurs patients ayant connu une perte de sensibilité au niveau des membres suite à une consommation répétée de gaz hilarant ont pu être soignés via une administration régulière de vitamine B12. " Cette perte de sensibilité peut être irréversible si le patient n'est pas traité à temps ", prévient le Dr Matthieu Clanet.

Les origines du gaz hilarant

Gaz découvert par le chimiste britannique Joseph Priestley en 1773, ses propriétés euphorisantes sont rapidement mises en évidence. Une caractéristique qui fera de ce gaz une attraction prisée dans les foires. Ce n'est que plus tard, au début du 19e siècle, que les caractéristiques anesthésiantes du protoxyde d'azote sont découvertes par le dentiste Horace Wells. Il faudra cependant attendre le 20e siècle pour que son utilisation soit généralisée dans le cadre médical.

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