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L'hésitation vaccinale n'est pas l'antivaccinalisme radical

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Cette année, le Groupe interuniversitaire d'experts en vaccinologie (GIEV) a organisé son deuxième symposium Saint-Valentin sur le thème de l'immunité de groupe. Le sociologue Jeremy Ward (université d'Aix-Marseille) s'est attaché à décrypter les mécanismes à l'oeuvre dans l'hésitation vaccinale.

23 février 2020

"Il est très difficile de faire le diagnostic d'une montée actuelle de l'hésitation vaccinale dans le monde parce qu'on a très peu de données datant d'avant les années 2000. Les résistances vis-à-vis de la vaccination ont toujours existé. Le concept d'hésitation vaccinale s'est imposé dans la littérature depuis un peu moins de 10 ans. Il désigne des comportements et attitudes comme le fait de refuser de faire certains vaccins, de faire vacciner son enfant plus tard que ne le précise le calendrier vaccinal, ou d'avoir des doutes mais de se faire vacciner quand même ", précise Jeremy Ward qui insiste pour qu'on ne raisonne pas en termes de refus de vaccination. " Il faut s'intéresser à toute la palette complexe des différentes attitudes auxquelles on fait face. Il très important de distinguer l'antivaccinalisme radical (très marginal, 2%) de l'hésitation vaccinale (plus répandue) ".

Aujourd'hui, l'essentiel des débats médiatiques met en scène des acteurs 'réformistes' dont les critiques sont ciblées sur certains vaccins

Chère confiance

Pourquoi certaines personnes développent-elles des doutes vis-à-vis des vaccins ? " L'explication est toujours multifactorielle et mêle des facteurs structurels (transformation sociale...) et conjoncturels (surgissement d'un débat dans les médias...) ", poursuit-il en mettant en garde contre une des explications souvent retrouvées dans le milieu médical qui ramène ces doutes à un manque de connaissances ou de compréhension de la vaccination. " Cela occulte complètement le fait que beaucoup de patients ont des doutes parce qu'ils sont partis à la recherche d'information et que ce n'est pas une question de savoir mais avant tout de confiance accordée aux acteurs impliqués dans la longue chaîne de la vaccination (production, certification...). "

Pour le sociologue français, comprendre les doutes vis-à-vis des vaccins implique de les replacer dans le contexte général des relations entre les patients et le système médical. Parmi les facteurs qui contribuent à ces doutes, on trouve les biais cognitifs : " Il y a les biais d'omission (peur des conséquences négatives de nos actes plutôt que de celles de nos 'non-actes'), biais de surestimation des faibles probabilités (d'effets secondaires), biais de confusion entre causalité et coïncidence et biais de 'saillance' de la menace (focalisation sur les risques les plus manifestes et occultation des risques cachés). L'idée c'est que la vaccination serait victime de son succès : puisqu'on ne voit plus les gens tomber malades, on a l'impression qu'on ne doit plus se faire vacciner. Alors que c'est précisément parce qu'on se fait vacciner qu'on ne tombe pas malade. C'est le paradoxe de la prévention. "

Mais le pouvoir explicatif des biais cognitifs est limité parce qu'ils sont théoriquement universels. Les vaccins devraient donc être victimes de leur succès depuis longtemps et non pas seulement depuis une vingtaine d'années.

Désenchantement

Deuxième explication : la perte de confiance dans les institutions et experts. " On vivrait dans un désenchantement démocratique qui affecterait tous les aspects de l'intervention de l'État, y compris dans le domaine de la santé. On ne ferait plus confiance en la science, ni aux experts. Or les personnes hésitantes ne rejettent pas la science, elles attendent plutôt une science qui serait indépendante de toute forme d'intérêt autre que l'intérêt général. C'est une critique de la science telle qu'elle existe, au nom de la science telle qu'elle devrait exister. C'est donc plus compliqué qu'un simple éloignement de la science au profit des médecines alternatives ", souligne-t-il.

Par ailleurs, depuis 40 ans, il y a un mouvement de transfert de la responsabilité vers les patients. Dès lors, la confiance en leur médecin s'appuie sur la capacité de ce dernier à les intégrer au processus de diagnostic et à mettre en scène ce partenariat thérapeutique.

Mais, pourquoi le doute a-t-il surgi sur les vaccins et pas sur toutes les recommandations de santé publique ? La troisième explication est celle du renouveau du mouvement antivaccin, largement aidé par le développement d'Internet.

" Deux facteurs essentiels sont souvent oubliés, rappelle Jeremy Ward : le rôle des médias traditionnels encore très influents (et relayés par les médias sociaux) et les doutes des médecins eux-mêmes sur l'efficacité ou la sécurité de certains vaccins ou parce qu'ils ne se sentent pas à l'aise pour discuter de la sécurité des adjuvants tels que l'aluminium, par exemple ".

Radicaux vs réformistes

Aujourd'hui, l'essentiel des débats médiatiques met en scène des acteurs 'réformistes' dont les critiques sont ciblées sur certains vaccins : " Ils viennent de milieux plus légitimes (santé environnementale, droits des patients...) et leurs arguments sont plus susceptibles de convaincre public, médecins et journalistes. Alors que les antivaccinistes radicaux sont généralement plus proches des milieux conspirationnistes, de l'écologie radicale voire de l'extrême droite. Il est très important de faire cette distinction entre rejet de toute forme de vaccination et doutes ciblés sur certains vaccins ".

A l'issue de cette démonstration, le sociologue reconnaît manquer de solutions à proposer : " La recherche sur les modèles pour lutter contre l'hésitation vaccinale est beaucoup moins développée que celle sur ses causes, on ne sait pas encore ce qui marche. Pour l'instant, la seule certitude c'est l'importance de la relation de confiance entre le personnel de santé et le patient. Il faut donc prendre au sérieux leurs doutes et ne pas les traiter avec condescendance ".

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