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Un besoin de directives claires

Il semble qu'environ la moitié des patients qui souffrent de plaintes nasales chroniques utilisent un spray décongestionnant pendant plus d'un an, même lorsqu'ils savent que c'est déconseillé : de leur propre aveu, ils ne peuvent tout simplement pas s'en passer.

2 juin 2020

Cette conclusion du projet de stage qui a débouché sur la thèse de doctorat de Sophie Scheire (lire en p. 1) montre bien combien l'impact d'un nez bouché peut être important. Il ressort même des entretiens approfondis avec des patients qui abusent de sprays nasaux décongestionnants qu'ils ne voient souvent pas d'autre solution : sans ces produits, ils ont du mal à dormir et ont l'impression de manquer d'air ou de ne pas respirer librement. Ils ont tendance à conserver des sprays à plusieurs endroits (dans la voiture, dans leur sac à main, à côté du lit...) et vont même parfois jusqu'à solliciter le pharmacien de garde lorsqu'ils se retrouvent à court.

Le généraliste dans l'ignorance

" Bien souvent, le médecin de famille n'est absolument pas conscient du problème, parce que la personne a honte, qu'elle ne veut pas que cela figure dans son dossier médical ou qu'elle suppose tout simplement qu'il n'a pas besoin d'en être informé, puisqu'elle peut se procurer son spray à la pharmacie sans prescription ", souligne Sophie Scheire.

Le projet de stage a clairement révélé que les pharmaciens d'officine ont besoin de directives explicites.

" Notre première action a été de réclamer auprès des autorités un accès sans prescription aux corticostéroïdes intranasaux ", enchaîne le Pr Koen Boussery. " Bien souvent, les patients concernés souffrent d'une rhinosinusite allergique ou chronique, et un corticostéroïde intranasal représente une solution adéquate et beaucoup plus sûre qu'un décongestionnant. "

La seconde étape a été de lancer ce projet doctoral, qui doit déboucher sur une intervention à l'officine. Les investigateurs commenceront cet été à recruter des surconsommateurs de sprays nasaux dans le cadre de l'une des études qui s'inscrivent dans ce trajet.

Accompagner et motiver

Le message adressé aux pharmaciens est clair : " Avant tout, essayez d'éviter que les patients ne rentrent dans un cercle vicieux en soulignant systématiquement que les sprays décongestionnants sont des produits destinés à un usage limité dans le temps ", explique Sophie Scheire. " Ce sont d'excellents traitements de confort lorsqu'on est enrhumé, mais il ne faut pas les utiliser plus de cinq jours. Deuxièmement, soyez vigilants lorsque votre instinct vous dit qu'il n'est pas question d'un rhume banal. Face à un patient qui se présente avec pour principales plaintes un nez bouché et des symptômes allergiques, proposez un corticostéroïde intranasal plutôt qu'un spray décongestionnant - avec les conseils ad hoc sur l'importance d'une bonne compliance, puisque ces produits ne fonctionnent de manière optimale qu'après 10 à 14 jours de prise quotidienne scrupuleuse. "

À plus long terme, la pharmacienne espère que viendra s'y ajouter en guise de troisième étape l'intervention de sevrage qui devrait découler de ses travaux. " Le tout sera d'arriver à motiver suffisamment les patients à tenir le coup, car leurs plaintes vont inévitablement s'intensifier dans un premier temps, même avec les médicaments que nous pouvons leur proposer. Nous voulons essayer de gérer le plus possible cette période difficile à l'aide d'une série d'outils, afin que les patients sachent quand ils peuvent espérer une amélioration et quel est l'objectif final. "

Sur prescription, alors ?

Vous objecterez peut-être que, au vu des fréquents problèmes de surconsommation, il pourrait être préférable de soumettre les sprays décongestionnants à prescription médicale. " Ce n'est pas notre objectif, et je pense que ce ne serait un cadeau ni pour le patient ni pour son médecin ", réplique Sophie Scheire. " Faudrait-il aller voir le généraliste au moindre rhume ? Ce n'est pas réaliste. " " Ce qu'il faut, c'est un système pour identifier les signaux d'alarme ", ajoute le Pr Boussery. " Le jugement du pharmacien, donc, qui pourra si nécessaire référer le patient à son médecin. "

Cette fonction de signal se perd évidemment complètement en cas de vente en ligne. " Les sprays nasaux décongestionnants sont l'exemple-type d'un produit qui ne devrait pas être disponible sur internet sans les conseils et le suivi d'un vrai pharmacien ", ajoute le Pr Boussery. " Aujourd'hui, tous les médicaments en vente libre peuvent être proposés en ligne, avec tous les risques qui en découlent. C'est sur ce plan qu'il faudrait intervenir, éventuellement en première instance pour les produits qui posent régulièrement problème. J'espère qu'il sera possible de développer des idées plus concrètes en ce sens dans le futur. "

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