La vaccination contre la grippe appelée à se réinventer

Jusqu'en avril, les pharmaciens sont autorisés à délivrer le vaccin contre le grippe aux plus de 50 ans, sans prescription préalable. Est-ce la première étape vers la vaccination par le pharmacien ? Certains pays sont déjà très avancés dans cette voie. Martine Versonne
" La vaccination par le pharmacien est l'un des moyens dont on peut discuter avec les autorités et les autres prestataires de soins, mais ce n'est pas le seul, estime Nicolas Echement (AUP). Il y a par exemple aussi le fait de pouvoir délivrer les vaccins sans ordonnance, comme on nous l'autorise aujourd'hui, et l'information et l'éducation de la population à la vaccination. Mais c'est effectivement une des pistes que l'on peut envisager, dans le respect d'une structure et d'une formation que le pharmacien aurait suivie et réussie ".
" Avec le coronavirus, tout évolue très vite et si on a besoin de nous pour vacciner, nous sommes prêts à nous former et à nous y préparer. Nous avons le réseau, la disponibilité, etc. pour apporter une réponse efficace et rapide à ce genre de problème ".
Possibilités élargies
L'étau vaccinal se resserre autour de la Belgique : les exemples de pays où les pharmaciens sont autorisés à vacciner se multiplient. Les associations internationales font un travail de lobbying pour inciter les pays qui ne le font pas encore à se lancer et, sous le spectre de la pandémie, cette pression se fait plus intense.
" Nous ne pouvons pas encore arrêter le coronavirus, mais nous pouvons atténuer les effets néfastes d'une combinaison de Covid-19 et de grippe saisonnière sur les systèmes de santé dans les prochains mois. Nous encourageons vivement les gouvernements nationaux à utiliser le réseau largement accessible des pharmacies à travers l'Europe pour contribuer à des stratégies de vaccination efficaces et élargir les possibilités de vaccination ", encourage Duarte Santos, président du Groupement pharmaceutique de l'Union européenne (GPUE).
La Fédération internationale pharmaceutique (FIP) s'est quant à elle lancée dans un long travail de sensibilisation via son programme " Transforming Vaccination Globally and Regionally " qui devrait aboutir à la signature en décembre d'un engagement historique de la FIP et de ses organisations membres à transformer la vaccination au niveau mondial et régional. Les leviers mis en avant sont multiples : formation à la vaccination au cours des études et lors des formations continues, lutte contre l'anti-science, la désinformation et l'hésitation vaccinale... Vaste menu.

Grippe et Covid : la double peine
L'un des critères qui a motivé l'adoption de cet arrêté royal est bien sûr de limiter l'impact d'une co-infection influenza/Covid-19. A ce propos, le BMJ a relayé une étude menée par l'agence de santé britannique et prépubliée sur la plateforme medRxiv, qui montre une augmentation du risque de décès en cas de co-infection.
Ces chercheurs ont analysé les données de près de 20.000 personnes testées pour la grippe et le SRAS-CoV2 entre janvier et avril 2020. Première question : l'infection grippale favorise-t-elle le Covid ? " Le risque de test positif pour le SRAS-CoV2 était réduit de 58% parmi les cas positifs pour la grippe, ce qui suggère une possible compétition pathogène entre les deux virus. Néanmoins, en cas de co-infection, le risque de décès était presque 6 fois plus élevé comparé aux personnes n'ayant ni grippe ni Covid et plus que doublé par rapport aux personnes atteintes par le SARS-CoV2 seul ".
D'où l'hypothèse d'un effet synergique possible entre les deux virus, même si le nombre de co-infections semble limité par la concurrence entre ces virus. " Il existe maintenant des preuves émergentes qui suggèrent clairement que la co-infection pour la grippe et le Covid-19 est de mauvais pronostic. L'une de ces maladies est actuellement évitable par la vaccination, et c'est le point vraiment important ", estime l'un des auteurs, Jonathan Van-Tam. - BMJ 2020; 370:m3720