Vous êtes les maillons forts de la vaccination!

Se faire vacciner ou pas? Comment accompagner les patients dans leur choix? La CMP Bruxelles a organisé un séminaire online de sensibilisation à la vaccination et donné quelques outils utiles au pharmacien pour remplir cette mission particulièrement cruciale en ce moment.
"La campagne de vaccination contre le Covid-19 est un véritable challenge, autant sur le plan opérationnel et politique que sur le plan de l'information et de la sensibilisation", a reconnu Alain Maron en introduction de cette soirée de concertation médicopharmaceutique coorganisée par Brusano, l'UPB et Huis voor Gezondheid. Le ministre bruxellois de la Santé s'est focalisé sur la façon d'aider la population à se positionner de manière éclairée et sur l'importance de la littératie en santé. Il a présenté des outils que l'on peut utiliser avec les patients pour les motiver, expliquer, lutter contre les fakenews et apporter un soutien psychologique. Par exemple, le site officiel de la Région bruxelloise, coronavirus.brussels, disponible en français, néerlandais et anglais, centralise les infos sur le sujet, pour le grand public et les professionnels. Ou encore les sites généraux sur la vaccination: jemevaccine.be, laatjevaccineren.be.
Les médecins et les pharmaciens sont les personnes en qui les gens ont le plus confiance pour les informer sur la vaccination.
La force est en vous
"C'est la première fois que les pouvoirs publics organisent cela à une si large échelle, avec autant de vaccins différents et dans une telle urgence, c'est une véritable gageure. Au début de la pandémie, la cellule hygiène de la Cocom n'était composée que de 4 personnes pour gérer la vaccination, le testing et le tracing. Elle a été fameusement renforcée au fil des mois".
Le ministre a indiqué à quel point il est important voire indispensable de travailler ensemble, son cabinet, les administrations et les professionnels de terrain, en bonne intelligence, avec les secteurs de première ligne, "condition sine qua non pour que la campagne de vaccination soit une réussite".
Dans cet objectif, il insiste sur l'importance des acteurs relais comme les pharmaciens: "Vous êtes les meilleurs porteurs de ces informations parce que les gens ont confiance en vous, bien avant les politiques ou l'information désincarnée. La puissance de vos messages est décuplée! Et il est important qu'il y ait des personnes pour répondre aux questions du public et, là aussi, on compte sur vous et nous sommes là pour vous aider".
Que faire en première ligne?
La pharmacienne Valérie Lacour et la Dr Marleen Finoulst ont expliqué comment accompagner les hésitants et le rôle central des médecins et des pharmaciens vu l'important capital confiance dont ils jouissent, sans oublier l'indispensable collaboration entre eux.
Premier conseil: rester soi-même informé via les webinaires et les sites professionnels (covid-19.sciensano, CBIP, APB, CSS, Prescrire, vaxinfopro.be...)
Second point: informer correctement les patients. "La décision doit être partagée avec eux, il faut éviter les attitudes autoritaires ou paternalistes, mais prendre le temps de comprendre leurs doutes, leurs peurs, leurs questions... Quand on comprend ce qui les perturbe, on trouve les moyens pour apporter des informations objectives, factuelles, et les orienter vers des sources fiables (vaccination-info.be, coronavirus.brussels, info-coronavirus.be, jemevaccine.be...). Enfin, il faut trouver les mots adéquats pour chaque patient, quels que soient sa langue, sa culture ou son niveau d'éducation", a souligné Valérie Lacour.
On peut aussi diriger les patients vers le site "Infosanté.be", développé par le Centre belge pour l'Evidence-Based Medicine (CEBAM), qui propose une information fiable et accessible. La version néerlandophone est plus complète, on y trouve notamment des réponses à des questions comme 'les vaccins sont-ils kasher, halal, vegan', 'contiennent-ils de l'aluminium', 'le vaccin ARN rend-il stérile'...
Valérie Lacour a également mis en avant l'outil du Centre de recherche épidémiologique et statistique de l'université de Paris (cress-umr1153. fr/covid_vaccines/) qui permet de discuter dans un langage compréhensible des avantages et inconvénients des vaccins contre le Covid-19.
www.cmp-mfo.brussels, le 4 mars 2021
Ne pas tomber dans les bras des antivax
" L'hésitation vaccinale (retard ou refus de se faire vacciner) ne doit pas être confondue avec l'antivaccinalisme ou l'opposition au vaccin, a rappelé le psychologue Olivier Klein. La raison la plus commune est la crainte d'effets indésirables graves, due à un manque ou une mauvaise information. L'information est un élément important mais ce ne sont pas les moins informés ou diplômés qui sont les plus résistants aux vaccins. Les justifications sont souvent des sortes de rationalisation par rapport à des ressentis ".
Une autre raison est à trouver dans les biais cognitifs: " Pour justifier sa méfiance, on cite des cas extrêmement rares par exemple. La façon dont les décisions sont prises est un autre biais: elles sont souvent basées sur des raisonnements assez simples, des oppositions binaires entre se sentir bien ou ne pas se sentir bien. Enfin, un élément fondamental est la dimension collective: pour être efficace, une info doit provenir d'une source à laquelle on s'identifie. Dans ce contexte, la prolifération de sites et de communautés discutant de vaccination sur internet permet aux hésitants de s'affilier à des groupes qui se conforment à leurs croyances. Les antivax sont plus motivés et actifs dans la diffusion de l'information que les autorités ou les personnes favorables à la vaccination pour qui c'est une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée, ce qui crée une asymétrie informationnelle susceptible d'influencer particulièrement des gens qui n'ont pas d'opinion claire sur la question ".
D'où l'importance des médecins et des pharmaciens qui sont les personnes en qui les gens ont le plus confiance pour les messages sur la vaccination. " Ce qui montre que les attitudes d'hésitation ne reflètent pas une opposition à la science ".
Quelle attitude adopter? Pour le psychologue, il ne faut surtout pas diaboliser les hésitants, ni les stigmatiser, au risque de les envoyer dans les bras des antivax. " En les informant sans jugement via les canaux auxquels ils peuvent s'identifier, le MG et le pharmacien sont des vecteurs fondamentaux. De même, en faisant le pari du consentement, on peut mener les individus à s'approprier vraiment le choix de la vaccination, à ne pas le faire par obligation ce qui favoriserait la réactance ".