La peau, première victime du cancer

Chaque année, le nombre de diagnostics de cancer de la peau augmente. Actuellement, il représente environ 40% de tous les cancers détectés or, la majorité peuvent être évités en se protégeant du soleil.
En Belgique, en 2018, on a enregistré plus de 70.000 nouveaux cas de cancers, dont 3500 mélanomes, seuls cancers de la peau enregistrés dans le Registre belge du cancer. 92% des cancers de la peau (carcinomes basocellulaires et spinocellulaires) ne sont donc pas repris dans ce registre national, soit plus de 40.000 nouveaux cas en 2018. Par conséquent, l'ensemble des cancers de la peau sont les cancers les plus fréquents: ils représentent 40% de ceux diagnostiqués en Belgique contre 10% pour les cancers du sein, 9% pour la prostate, 8% pour le poumon et 7% pour le côlon.
Drapeau rouge
Globalement, on estime qu'une personne sur cinq aura un cancer de la peau avant ses 75 ans. Le vieillissement de la population, la pratique fréquente d'activités en extérieur et la culture du bronzage font partie des facteurs qui expliquent pourquoi ce cancer est en pleine expansion. Sans oublier que le changement climatique nous exposera plus souvent aux rayons ultraviolets (10 jours de soleil en plus en 2020) et de façon plus intensive (amincissement de la couche d'ozone).
"La problématique des mélanomes est inquiétante parce qu'elle touche des personnes plus jeunes que la plupart des autres cancers. Si la Fondation contre le cancer s'y intéresse tellement, c'est parce que les tendances ne sont pas bonnes et on prévoit que cette augmentation va se poursuivre dans les années à venir", précise la Dr Anne Boucquiau, porte-parole de la Fondation contre le cancer. Entre 2004 et 2018, le nombre de cancers de la peau a été multiplié par 4 et les estimations tablent sur un doublement dans les dix prochaines années.
"Il est temps de freiner le tsunami qui se dirige vers nous, car la majorité des cancers de la peau peuvent être évités en se protégeant correctement du soleil, indique la Fondation. La prévention doit renverser la vapeur mais, à court terme, elle ne suffit pas à réduire le nombre de diagnostics, la pression sur les soins et les coûts des traitements". Voilà pourquoi elle invite le gouvernement à se joindre à elle dans une grande campagne de prévention à long terme du cancer de la peau.
Un oeil sur l'indice UV
"Notre comportement face au soleil a énormément changé au cours des 50 dernières années, le bronzage est devenu un idéal de beauté et ceci se reflète aujourd'hui dans le nombre de cancers de la peau. Une peau rouge, mais aussi une peau brune, est un signe que la peau est endommagée par les rayons UV. Là aussi, un changement de mentalité s'impose!", explique Brigitte Boonen, experte UV et Changement de comportement à la Fondation contre le cancer.
L'accent est donc mis sur l'importance d'une bonne protection UV et ce, dès le plus jeune âge. Il faut ainsi apprendre à jeter un oeil sur l'indice UV pour savoir s'il faut prendre des précautions supplémentaires et ce, de mi-mars à fin septembre. "Avec un indice UV 3 et plus, il est important de rechercher l'ombre (surtout entre 12 h et 15h), de porter des vêtements de protection et d'utiliser une crème solaire d'un facteur 30 ou plus. A partir d'un indice UV 3 (certains disent même pour un UV<3), les phototypes 1 et 2 devraient se protéger et mettre de la crème solaire le matin comme ils se brossent les dents, cela devrait devenir un réflexe quotidien. Il y a encore beaucoup de possibilités d'amélioration. On supporte aussi des initiatives qui consistent à placer des distributeurs de crème solaire dans des clubs de sport, par exemple. Cela existe déjà au Canada, en Australie, et dans des crèches aux Pays-Bas", ajoute-t-elle.
Une personne sur cinq aura un cancer de la peau avant ses 75 ans.
La spécialiste attire aussi l'attention sur le prix des produits solaires et le taux de TVA appliqué: "Beaucoup de pays l'ont diminué, certains pays demandent qu'ils soient gratuits. Il faut les considérer comme des 'médicaments' parce qu'on doit les utiliser pour se protéger".
Auto-examen et dermato
"Aller chez le dermatologue chaque année pour faire contrôler sa peau est à la fois peu pratique et inutile. Il est beaucoup plus important de sensibiliser les gens à la nécessité de se protéger contre le soleil", insiste Brigitte Boonen. Ainsi, il est important de surveiller sa peau 2 à 3 fois par an et de consulter un dermatologue si une tache change rapidement de forme, de couleur, d'épaisseur, ou commence à démanger ou à saigner.
Outre sa mission d'information et de sensibilisation de la population aux dangers du soleil, la Fondation fait du lobbying pour interdire les bancs solaires à usage commercial, elle milite en faveur d'une protection spécifique pour les personnes exposées professionnellement aux UV et elle prépare en ce moment un Plan national cancer de la peau (prévention, dépistage précoce, traitement)
Le travail de lobbying se fait aussi au niveau européen pour que le Plan européen contre le cancer prenne mieux en compte la question urgente du cancer de la peau, le plus fréquent et celui à la croissance la plus inquiétante actuellement..
Trois types de cancers de la peau
Le mélanome est le cancer de la peau le plus fréquent: une personne sur 75 en développera un au cours de la vie, il peut donner des métastases et est responsable de 80% des décès liés au cancer de la peau. Les bancs solaires augmentent le risque d'en développer de 75%.
Le carcinome basocellulaire (CBC) est le cancer le plus fréquent dans le monde: plus de 6 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, une personne sur 3 à 6 en développera un dans la vie. Il apparaît plutôt après 50 ans et est souvent localisé sur le visage. Il est en général de bon pronostic si on s'y prend à temps et donne rarement des métastases.
Le carcinome spinocellulaire (CSC) (1/10 en développera un au cours de la vie) apparaît au niveau des parties exposées au soleil (visage, avant-bras, dos des mains) chez les personnes âgées, chez les patients immunodéprimés, en cas d'exposition chronique au soleil (agriculteurs, bâtiment...). Il peut donner lieu à des métastases.