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Usage chronique des somnifères et sédatifs: dépasser la honte

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Benzonet, une étude menée par l'Université de Gand chez des utilisateurs chroniques de somnifères et de sédatifs, montre que les campagnes et mesures de prévention actuelles ne touchent pas suffisamment ce groupe cible et que la honte souvent ressentie par ces patients les empêche de rechercher une aide appropriée.

Martine Versonne - 6 juillet 2021

La Belgique caracole toujours en tête des pays européens en ce qui concerne la consommation à long terme des somnifères et sédatifs: 12% des adultes prennent des benzodiazépines et des "Z drogues" et 1/3 depuis plus de 8 ans. Chez les plus de 65 ans, la consommation chronique de benzodiazépines est 3 fois supérieure à la moyenne de l'OCDE. Une situation qui s'est accentuée en raison de la crise sanitaire, comme l'a montré l'enquête de Sciensano qui souligne que toutes les tranches d'âge sont concernées.

L'étude Benzonet de l'Université de Gand (groupe de recherche Hedera et Institut de pharmacologie Heymans), financé par BELSPO, avait pour objectif de mieux comprendre le vécu des utilisateurs chroniqes de somnifères et sédatifs. 30 personnes, consommatrices depuis longtemps ou ex-consommatrices (durée moyenne de 11 ans), ont été interrogées entre juillet 2019 et février 2021. "Il est intéressant de noter qu'aucune d'entre elles ne se souvient que son médecin généraliste ou un autre prescripteur ait proposé des alternatives pour traiter les causes sous-jacentes. À l'exception d'un avertissement sporadique sur la dépendance, la majorité a reçu peu d'informations sur les effets à long terme, la date d'arrêt recommandée ou l'arrêt pur et simple du traitement. Les utilisateurs sont généralement conscients des risques d'une utilisation à long terme, cependant, pour beaucoup, les avantages de ces médicaments l'emportent sur les inconvénients", font remarquer Mélissa Ceuterick et al., les auteurs de l'étude.

Stigmatisation, honte

L'image négative que la société a des somnifères et des sédatifs et la stigmatisation dont ces consommateurs font l'objet est un des éléments qui ressortent de cette enquête: "De nombreux utilisateurs à long terme éprouvent un sentiment de honte à l'égard de leur consommation. Ils n'en discutent pratiquement jamais avec d'autres, sauf avec d'autres utilisateurs. Dans certains cas, cette stigmatisation les incite également à ne pas parler des effets secondaires, de la mauvaise utilisation ou même du désir d'arrêter avec le médecin prescripteur. Cette image généralement négative contraste fortement avec les chiffres élevés et l'apparente normalisation de la consommation dans certains groupes d'âge. Il est également frappant de constater que les deux dernières campagnes fédérales de prévention ont été vécues comme agressives dans leur ton, comme condamnant et même stigmatisant les utilisateurs de longue date. Ceux-ci ne se reconnaissent pas dans le message diffusé et se sentent incompris", soulignent-ils.

D'où l'importance des forums en ligne, notamment pour ceux qui souhaitent réduire leur consommation, où ils peuvent puiser des exemples positifs et des récits de renoncement comme autant de sources d'inspiration et d'espoir.

Trèfle à 5 feuilles

Pour les auteurs, leurs résultats soulignent "le besoin de poursuivre la prévention à long terme, d'autant plus que l'utilisation de ces médicaments est en constante augmentation depuis le début de la pandémie de Covid-19. Cela peut se faire en accordant une attention renouvelée aux lignes directrices existantes et en soutenant davantage des initiatives alternatives, comme la formation des médecins généralistes et une brochure adaptée pour les patients. Les fabricants peuvent également jouer un rôle en mettant sur le marché de plus petits conditionnements, ce qui a déjà été fait par le passé avec l'une des benzodiazépines les plus controversées, le flunitrazépam".

Les chercheurs ont ainsi développé un modèle en forme de trèfle où chaque feuille représente un facteur de soutien à l'abandon: le respect du rythme d'arrêt du patient, les groupes de soutien, la psycho-éducation et la présence d'un réseau personnel offrant soutien, reconnaissance et critique si nécessaire. Le tout dans un environnement non stigmatisant. "Ce dernier objectif ne pourra être atteint qu'en continuant à sensibiliser les médecins et en incluant le point de vue des utilisateurs dans l'élaboration des futures campagnes, initiatives et recherches sur les benzodiazépines et les 'Z drogues'", concluent les auteurs.

Signalons que l'Université de Gand poursuit ce projet de recherche en collaboration avec l'Université de Liège. Elles viennent de lancer Benzocare qui va étudier l'accessibilité des soins de santé mentale pour les consommateurs de benzodiazépines et 'Z drogues'.

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